Le Grand-Duché n'a pas encore été atteint par les ravages de la crise climatique. Mais Selma Vincent, membre de Youth For Climate Luxembourg (YCL), tire déjà la sonnette d'alarme.

Nous les avons tous lu, voir même partagés ces dernières semaines: "#Prayforamazonia", "#Prayforsouthafrica", "#prayfortheclimate"… Les tendances sur Twitter, Instagram et Facebook n’en finissent pas, et avec elles les bonnes volontés des internautes qui font parvenir spirituellement leur énergie à la bonne cause.

Mais trop souvent, la conscience climatique ne dépasse pas les partages, les prières et les paroles. Dans une région comme le Luxembourg, un pays du Nord qui n’a pas encore été atteint par les ravages de la crise climatique, il est courant de se sentir déconnecté et donc de considérer les issues environnementales comme des sujets trop vastes pour pouvoir espérer s'y faire entendre. Mais l'inaction politique des dirigeants qui se perpétue jour après jour, et ce malgré les rapports toujours plus nombreux et alarmants du GIEC nous confirmant qu’il ne reste que 10 ans pour éliminer nos émissions de gaz à effet de serre avant le point de non-retour, sont des rappels constants que désormais, nous ne pouvons plus compter que sur nous-même pour vaincre une telle crise. Il va donc de notre survie de remettre en question tout le système qui nous amène vers cette fin agonisante. La responsabilité retombe alors sur nous, pays paisibles et pourtant si habitués à considérer nos prières comme des action suffisantes, d’agir.

SI LE MONDE CONSOMMAIT COMME LE LUXEMBOURG...

La manifestation des jeunes pour le climat, le 24 mai dernier au Kirchberg. / © Archives RTL

En effet, si le monde consommait comme le Luxembourg, l’humanité aurait entamé autant de ressources naturelles que ce que la Terre peut renouveler durant l’année entière dès le 12 février 2019. D'autre part, il faudrait huit planètes pour subvenir à nos besoins si nous vivions tous comme il est courant de le faire dans notre pays. Ainsi, j’inclue tout lecteur de cet article, lorsque j’écris que nous devons apprendre à nous adapter à cette période fragile où les actions d’aujourd’hui déterminent la viabilité des années à venir. Cela signifie dépasser notre confort, notre privilège, et plus concrètement, contester un gouvernement totalement inactif en exerçant notre droit de contestation politique par des assemblées civiles, des manifestations et le boycotte des institutions les plus destructives.

D’ailleurs, cette destruction, bien qu’elle nous paraisse lointaine, est d’actualité partout dans le monde, en plus d'être causée en grande partie par des régions occidentales comme la nôtre. En effet, en juillet 2019 la déforestation amazonienne aurait progressé de 278% par rapport au même mois selon l’INPE, soit l’équivalent d’un terrain de foot chaque 7 secondes. Cela signifie la disparition de centaines d’espèces en danger (végétales comme animales), l’anéantissement du puits de CO2 le plus important de la planète, et la destruction de l’habitat de milliers d’autochtones. Cet écocide, dû à l'agriculture animale croissante, n’est qu’une conséquence de la demande globale pour des produits issus de l’exploitation animale comme la viande. Cette industrie, pourtant poussée par nos gouvernements, est responsable pour 91% de la déforestation amazonienne, le gaspillage d’un tiers de notre eau potable, la destruction de 110 espèces par jour, la création de 51% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, et bien plus. Le subventionnement ainsi que le soutien gouvernemental d’une telle industrie sont des preuves directes du changement nécessaire au sein de notre système politique et de son processus de priorisation écologique. Soutenir des corporations aussi influentes et riches ne devrait jamais être considéré plus important que le libre accès à nos ressources les plus indispensables telles qu’une eau potable et un air sain.

RENDEZ-VOUS LE 20 SEPTEMBRE

Mais ce n’est qu’un seul exemple de notre activité néfaste, car les catastrophes sont de plus en plus fréquentes partout dans l’hémisphère sud, en passant par les sécheresses meurtrières touchant l’Afrique subsaharienne jusqu’au Moyen-Orient. En bref, les conséquences de la crise climatique se font violemment ressentir, et nos tweets ne pourront les arrêter. Afin de lutter contre ce problème mondial, les changements personnels les plus importants, tels qu’une alimentation végane divisant l'empreinte carbone de chaque individu en deux, sont bien évidemment à adapter. Mais le problème émane du système non durable qui permet de tels écocides; il faut donc agir localement afin d’impacter globalement. Cela signifie intégrer la rébellion internationale qui se manifeste depuis janvier 2019, auprès de groupes tels que Extinction Rébellion, Youth For Climate, Fridays For Future, Rise For Climate, la liste n’en finit (heureusement) pas. Rejoindre un tel mouvement ne fera que rendre davantage audible la voix revendiquant la justice climatique avant qu’il ne soit trop tard.

Tenir les gouvernements à une neutralité carbone dès 2030, au respect des rapports scientifiques du GIEC ainsi qu’à l’instauration d’un système basé sur les principes d’égalité et de solidarité entre tous peuples et nations est essentiel si nous voulons vaincre la crise certaine qui nous attend alternativement. Notre maison est en feu; à présent nos actions valent bien plus que nos prières. La Semaine pour le Future, commençant par la grève étudiante du 20 Septembre, qui sera finalement conclue par une manifestation incluant tout adulte lors de la United For Climate Protest le 27 Septembre, sera l’opportunité idéale pour agir au nom de notre survie.

Selma Vincent, membre de YCL

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