Ou comment se faire renvoyer sa fiche de paie trop bien remplie en plein visage.

Ah qu'il a bon dos, le salaire luxembourgeois. Hautement convoité, le revenu de l'employé au Grand-Duché est à la fois source d'envie, de jalousie... Et d'une bonne dose de fantasmes. En particulier dans les pays voisins, où le frontalier fait parfois office de "riche" à côté de ceux qui ne changent pas de pays pour aller gagner leur croûte. "Mais toi t'es riche, tu bosses au Luxembourg" s'entendra-t-on presque reprocher.

Qu'importe donc qu'il gagne un salaire plus ou moins décent, qu'il accomplisse ses 40 heures par semaine, parle plusieurs langues, soit titulaire d'un beau diplôme ou qu'il parcoure plus de 60 km par jour (au bas mot), le frontalier a le porte-feuille - pardon, le profil - pour être étiqueté comme "riche" une fois revenu au bercail. Ce qui ne manquera pas de faire sauter au plafond les spécialistes de l'OCDE, qui font la différence entre revenus (l'argent que vous recevez chaque mois) et richesses (la valeur cumulée de vos biens). Après tout, on peut être un frontalier très bien rémunéré et flamber chaque mois, ou être un employé touchant peu mais possédant quelques "richesses", comme une voiture et un logement par exemple.

Oui, il a bon dos le frontalier et son supposé mirobolant trésor de guerre. Mais pourquoi? Probablement car, lorsque nous abordons l'épineux sujet des revenus, les chiffres en bas de la fiche de paie font souvent oublier l'effort produit pour les mériter. En particulier quand le salaire est gonflé par une législation plus généreuse que celle des voisins.

Reste que si l'on peut souhaiter à tout le monde la richesse - qu'elle soit économique, culturelle ou sociale - rappelons-nous aussi que le jour où tout le monde sera "riche", plus personne ne le sera.