Est-ce que le développement de la voiture électrique au Luxembourg ne serait-il pas doublement régressif, se demande l'économiste de la Fondation Idea.

La nécessité de lutter contre le dérèglement climatique est un sujet relativement consensuel au Luxembourg.

Le ministre Jean Asselborn n’a d’ailleurs pas hésité à convoquer la politique commerciale au service de la politique climatique en déclarant que le Luxembourg ne donnerait pas son accord à la signature du traité de libre-échange UE-Mercosur si le Brésil ne respectait pas les obligations qu'il a contractées au titre de l'accord de Paris, à commencer par se préoccuper comme il faut de la forêt amazonienne en feu.

MERCI LES PRIMES À LA MOBILITÉ ÉLECTRIQUE

À côté de sa volonté affichée d’un verdissement des traités commerciaux, un autre moyen mis en œuvre par le Luxembourg en faveur de la réduction de Co2 concerne le développement de la mobilité électrique dans le pays. Les récents chiffres publiés à cet égard révèle que la "mayonnaise" serait (doucement) en train de prendre, grâce notamment aux primes (5.000 et 2.500 euros) pour véhicules à zéro ou à faibles émissions en vigueur depuis le 1er janvier. Sur le premier trimestre 2019, environ 3% des nouvelles immatriculations seraient ainsi des voitures électriques et hybrides.

En vérité, je ne connais/comprends pas grand-chose à l’écologie. J’essaye d’apprendre sur le sujet, puisqu’il le faut bien, et évite d’ânonner. S’agissant du lien entre voitures électriques et écologie, j’ai lu que le passage aux voitures électriques serait d’une importance comparable au passage de la traction animale à l’automobile, j’ai lu qu’il s’agissait d’une panacée écologique, j’ai lu que les terres rares contenues dans les batteries seraient en réalité plutôt abondantes, j’ai lu que la transition de la propulsion thermique à l’électrique modifierait la localisation des émissions polluantes et les déplacerait des routes où circulent les voitures électriques vers les lieux de production de l’énergie utilisée par les véhicules.

Tout cela est sans doute vrai, à moins que ce ne soit faux. En fait je n’en sais rien.

UNE MOBILITÉ PEU TAXÉE... POUR L'INSTANT?

Ce que je sais par contre (en tant qu’économiste) c’est qu’il est légitime de se demander si le développement de la voiture électrique au Luxembourg ne serait pas doublement régressif. Puisque le STATEC indiquait  dans une récente publication consacrée à la gratuité des transports publics qu’un tiers des 20% des ménages les moins aisés ne possédaient pas de voiture et que ce n’est pas prendre trop de risque que d’affirmer que les voitures électriques sont actuellement l’apanage des plus aisés vu les modèles qui ont la côte, l’hypothèse d’effets d’aubaine des primes et avantages fiscaux pour ceux qui roulent é(lectri)co-responsable ne semble pas aberrante.

Par ailleurs, le fonds pour l’emploi (qui indemnise les chômeurs dont le taux de risque de pauvreté est de 54%) est alimenté par un droit d’accise autonome additionnel dénommé "contribution sociale" prélevé sur les achats de carburant… que ne paieront pas ceux qui roulent dans une voiture électrique. Pour l’heure, ce manque à gagner est marginal, mais il pourrait devenir significatif si, comme il est projeté/espéré, l’avenir était à la voiture électrique.  Alors, peut-être que le Ministère des finances considérera l'électricité fournie au travail comme un avantage en nature à fiscaliser, qu’il y aura des taxes kilométriques sur les voitures électriques, et que sera introduit un régime de primes pour ceux qui n’ont pas le permis et qui, à certains égards, sont les plus éco-responsables