Les ronds-points sont partout et sont généralement perçus comme plus pratiques et plus sécurisants qu’un carrefour à feux tricolores. Problème : personne ne sait s’en servir.

Personne, personne… Bon ok, il s’agit d’un raccourci volontairement grotesque mais qui illustre bien tout l’énervement que peut susciter ce manège désordonné de voitures que sont devenus les ronds-points. Au Luxembourg, le premier rond-point "aménagé" date de 1988. C’était à Foetz. Et même si je n’avais le droit à cette époque QUE de conduire des tutures en plastique, je pense que je m’y serais déjà arraché les cheveux : les véhicules engagés dans de tels ronds-points devaient laisser la priorité à droite. Imaginez le cirque.

C’est le moment idéal pour ouvrir une petite parenthèse: en France, c’est d’ailleurs ça, un rond-point. Lorsque les véhicules tournent autour de l’anneau sans devoir céder la priorité à ceux qui veulent s’y insérer, on parle de "carrefour à sens giratoire". Ce que tous les Français appellent -à tort- un "rond-point".

En Belgique, on se casse moins la tête: un rond-point est un rond-point. Point. Bref, c’est assez amusant de constater à quel point ces aménagements routiers génèrent de la confusion jusque dans leur appellation. Comment voulez-vous qu’il n’y ait pas de dérapages?! L’exemple le plus connu de "vrai" rond-point -bien bordélique- est celui de la place de l’Étoile à Paris… Une sorte d’enfer pour automobilistes.

Pour en revenir au Luxembourg, ce n’est qu’à partir de 1995 que la priorité à droite dans les ronds-points a disparu, selon le ministère de la mobilité et des travaux publics. En 2016, le pays en comptait 130 sur les routes nationales, les autoroutes et les chemins repris (tous gérés par les Ponts et Chaussées). C’est sans compter ceux qui garnissent, donc, les routes communales et qui sont gérés par les communes elles-mêmes.

Ailleurs, les chiffres ne sont pas prêts d’apaiser les souffrances des nombreux automobilistes: chaque année, environs 500 nouvelles façons de s’énerver ronds-points sont mis en place par les agglomérations françaises. Il y en aurait entre 40.000 et 50.000 en France, laquelle n’est donc pas que championne du monde de football (eh oui, c'est la France qui a créée le rond-point). Selon un article du Figaro.fr remontant à la fin de l’année 2017, c’est quatre fois plus qu’en Allemagne et dix fois plus qu’aux États-Unis. Cocoricoooooo ! En Belgique, les ronds-points poussent comme des champignons à tel point qu’il est difficile d’obtenir des chiffres plus ou moins précis. En revanche, la sécurité routière belge estimait en 2017 à 500 le nombre d’accidents et accrochages liés à la méconnaissance des règles de circulation dans les ronds-points.

On dit merci à la gendarmerie de la Moselle pour ce rappel!

Car oui, le problème n’est pas tant les ronds-points, qui ont l'avantage de fluidifier le trafic, que (certains) automobilistes qui s’y engagent. Lorsqu’il s’agit de respecter des règles non imposées par des feux tricolores, chacun a tendance à rouler un peu à sa façon. Et c'est la que le manège devient infernal. Entre ceux qui ont l'air de considérer leurs clignotants comme une option et les autres qui serrent à droite sur les trois-quarts du rond-point pour être bien sûr d'en sortir sans faire d'effort, il y a de quoi s'énerver.

Tant pis si je bloque ceux qui l'ont pris correctement, c'est-à-dire à l'intérieur et tant pis si d'autres s'arrêtent pour rien car j'ai omis d'indiquer ma direction. Rien n'est assez puissant pour vaincre ma flemme, ma peur ou mon petit ego de cow-boy de la route.

En quelque sorte, le rond-point fait ressortir les travers de notre société du "moi-je", où tournent et s’entremêlent comme dans une essoreuse à salade la couardise, la fainéantise, ou à l’inverse l’arrogance voire les comportements hyper dangereux.

Ce que disent tous ces comportements, même lorsque que ça ne débouche pas sur un accident, c’est qu'on ne prend pas du tout les autres en considération. Quand cet égoïsme est récurrent, cela fini par être insupportable.