Questions et constatations autour de la fermeture du Ca(fe)sino.

Une initiale... Est-ce vraiment tout ce qui les unit, les lieux d’exposition et leur endroit de récré, pourrait-on se demander? Cette lettre initiale qui est aussi celle de "convivialité", qualité qui pourtant semble devenir de plus en plus rare dans nos temples culturels? La fermeture récente du Ca(fe)sino en est un exemple flagrant. État des lieux (vides).

Il y a quelques semaines, dans l’hebdomadaire Lëtzebuerger Land, Josée Hansen n’hésita pas à titrer son article "Ghosthouse", suite à la décision subite du gérant du Ca(fé)sino de jeter l’éponge et d’arrêter l’exploitation de la brasserie dans la rue Notre-Dame. Ce n’est pas sans raison qu’elle se demandait quelle était de nos jours la fonction de cette maison qui fit jadis les beaux jours de l’art contemporain lorsque le tandem Enrico Lunghi/Jo Kox était en charge de son fonctionnement.

Il est vrai que l’espace d’exposition y a été réduit, que la communication sur celui-ci en est au minimum et qu’on est en droit de se demander si le budget alloué de 2,56 millions d’euros sert désormais principalement à faire plaisir à une petite élite "inhouse"? Aucune position officielle n’a été prise jusqu'à présent du côté de la direction quant à la fermeture de ce joyau architectural qu’était cette brasserie, et à l’heure où cette carte blanche est rédigée on ne s’est même pas donné la peine de communiquer la fermeture du café sur le site internet maison.

S’il y a eu des divergences d’opinion entre la direction du Casino et l’exploitant de la brasserie, cela aurait pu se régler par des discussions et compromis, mais il est vrai que, dès l’ouverture du lieu, on ne sentait pas d’énergie collaborative, et l’équipe se montrait rarement dans ce qui aurait pu lui servir de cantine et de lieu de communication. Hormis certains jeudis soirs, où un artiste qui exposait organisait une table. Celui qu’on rencontra le plus au Ca(fe)sino, ironie de la situation, fut Jo Kox, l’ancien manager, qui y organisa ses déjeuners d’affaires. À part cela, on avait l’impression que les deux lettres entre parenthèses dans le nom Ca(fe)sino étaient enfermées hermétiquement.

De là, on peut se poser la question si l’art contemporain se veut toujours aussi élitaire qu’élitiste et si se mélanger au peuple est, pour ses acteurs, considéré comme un crime de lèse-majesté? On était en droit de croire que le look décontracté des responsables d'aujourd’hui amènerait des changements à ce niveau. Mais il est évident que si le responsable principal d'une maison ne se montre pas ouvert à la foule, il aura du mal à la faire venir à lui.

La comparaison qui a été faite dans le Land entre le Casino et les Rotondes ne me semble pas vraiment justifiée, cet autre endroit étant plutôt consacré à l’événementiel culturel ponctuel, ce qui lui garantit une fréquentation plus massive surtout du fait que des concerts rock, électro ou autres assurent toujours un assez bon fonctionnement d’une maison culturelle. Néanmoins pourrait-on en tirer une leçon: dans un espace où on vient principalement pour la bibine et la musique, on se déplace aussi vers les salles d’exposition quand il y a lieu. Il n’y a donc aucune raison que le contraire ne fonctionne pas aussi. A moins que l'entente entre les organisateurs et le responsable du bar soit morte. Ce qui semblait être le cas au Casino. Il serait pourtant essentiel que pour la rentrée d’octobre une déclaration soit faite quant à l’avenir de ce bel intérieur et qu’il ne devienne pas lui aussi une espèce de morgue culturelle.

Lorsqu'on se tourne vers le Mudam comme vers une bouée de sauvetage, en se disant que sa cafétéria au moins continuera à s’ouvrir à de nouvelles cibles en organisant des mercredis soirs gratuits, on déchante aussi illico. Selon les dernières infos, oui, le lieu restera ouvert le mercredi jusqu'à 22h, mais non, il n’y aura plus de deejay. Mais il y en aura sans nul doute  un pendant les soirées de privatisation de l'endroit. Tout est question de budget et donc de classe sociale. Qu’on ne se leurre donc pas à ce niveau là: l’art, contemporain ou pas, reste avant tout une question d’élites: internes ou externes. En tous cas pour ceux qui en tirent les ficelles.