Au risque de me faire lapider à coup de parapluie, j'ose le dire: vive la pluie! Les averses prévues ce jeudi et vendredi nous offrent une rafraîchissante pause sur la route du réchauffement climatique.

Dans un monde idéal, la météo serait réglée comme une horloge: du beau temps la journée, et de la pluie la nuit. Mais on vit au Luxembourg. Un pays où programmer une activité en plein air est aussi risqué que de se dire "tiens, un accident sur l'A3 ce lundi matin, et si je partais dix minutes plus tard?"

Alors on fait avec. Le Luxembourgeois (comme ses amis frontaliers certainement) a modifié son génome pour être à la fois waterproof et climatisé: il s'adapte à tous les temps. Même si, par coquetterie, il fait encore semblant d'être surpris quand un orage de grêle s'abat en juillet ou que la Moselle prend des airs de Côte d'Azur en février.

Forcément, à force de jouer à la loterie climatique, on finit par toucher le jackpot. Depuis un mois par exemple, le Grand-Duché bronze sous un ciel pratiquement sans nuages. On ne va pas se mentir, ça fait du bien!

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IL FAIT SOIF!

Mais ce jackpot est aussi un cadeau empoisonné. Le "pays des forêts" n'est pas encore fait pour un climat méditerranéen. Résultat, la terre se craquelle, les fleurs se fanent, la pelouse adopte la couleur du soleil et les réserves d'or bleu fondent comme neige au soleil.

Fin mars, le niveau des nappes phréatiques était déjà de 25% inférieur à la moyenne des 40 dernières années. Après une année 2018 exceptionnellement sèche, le Luxembourg n'a pas vraiment besoin d'un bis repetita en 2019.

Nous devons pourtant nous préparer à ce climat 2.0., où les extrêmes d'aujourd'hui deviendront la norme de demain. Rappelons cette étude parue en pleine COP21, qui prédisait pour le Luxembourg une hausse du mercure d'au moins 3 à 4°C d'ici la fin du siècle. Dans le meilleur des cas.

Non, ce n'est pas une forêt tropicale. C'est la forêt du Kirchberg qui soupire de soulagement.

LA NATURE PERD LE NORD

Rappelons aussi les conséquences: davantage de canicules, d'inondations, de tempêtes, de sécheresses et d'incendies. Une faune et une flore qui perdent des plumes, avec des espèces qui n'auront pas le temps de suivre la migration forcée vers le nord. Une agriculture conventionnelle déboussolée et des paysages chamboulés. Des chantiers colossaux en ville (ça nous manquait) pour combattre les îlots de chaleurs urbains. Sans oublier la pollution et l'invasion de maladies tropicales...

On peut se consoler en se disant que tout défi est une opportunité (nous disent les vendeurs de climatisateurs), ou qu'on pourra trouver davantage de Merlot au milieu des Riesling à Remich.

Mais on peut aussi craindre le jour, pas si lointain, où on lèvera les yeux au ciel en prophétisant: "Ne t'inquiète pas, après le beau temps, vient la pluie".