Les nouvelles fiches infographiques présentant le Luxembourg prêtent le flanc à la critique.

Une sardine pour les Portugais, une baguette pour les Français, une Bouneschlupp pour les Luxembourgeois... Voilà comment les différentes nationalités sont représentées sur les nouvelles "fiches sur le Grand-Duché de Luxembourg" éditées par le Service information et presse du gouvernement, en collaboration avec le Statec.

C'est une nouvelle version de ces infographies proposées régulièrement et mises à jour depuis 2015. Les éditions précédentes utilisaient l'illustration pour mettre en évidence les différents aspects du Luxembourg, autour des lettres formant le nom du pays ou autour du X du nation branding.

Cette fois, l'agence Graphisterie générale qui a remporté l'appel d'offre a opté pour l'utilisation de photos pour illustrer les différents thèmes (population, histoire, économie, culture...).

Graphiquement, ce choix est judicieux pour marquer les esprits et aborder un nouveau style. Il s'agit, selon les dires de l'agence de "dédramatiser la froideur des chiffres en suscitant un sourire, une émotion, un souvenir".

Mais sur le fond, la sélection d'images est une marée de clichés brassant des stéréotypes éculés. Avec la volonté de jouer "la carte de l’inconscient collectif" cette communication perpétue en fait des images d'un autre temps et des poncifs usés.

Dans le chef des graphistes, il n'est évidemment aucune intention d'offenser. "Nous avons tous eu l'impression d'avoir dépassé ce premier degré". L'absence d'intention n'empêche pas le résultat qui n'est pas tant offensant que simpliste et enfantin. C'est aussi basique que de mettre un rouge à lèvre pour symboliser les femmes et une clé à molette pour les hommes - statistiques auxquelles on a échappé. Un travail iconographique plus approfondi échapperait aux limites des banques d'images.

Un téléphone à cadran ("indicatif +352"), un modem ("internet: .lu"), des lunettes d'opéra en écailles ("Grand Théâtre de la Ville") , une machine à coudre ancestrale ("artisanat")... Le choix des images, s'il est assumé par l'équipe de graphistes, donne l'impression d'un Luxembourg qui n'est pas encore entré dans le 21e siècle alors que le reste de la communication du gouvernement tente plutôt de faire le forcing inverse. D'autant que le côté "vintage" ou "rétro" ne va pas vraiment au bout de l'idée, avec certains objets actuels comme les sacs à dos d'écolier.

On s'étonnera aussi de voir une représentation d'une oeuvre de Jeff Koons, l'emblématique chien en ballon, pour symboliser le Mudam. Une oeuvre qui n'est pas (et a peu de risque d'être un jour) dans les collections du musée qui se défend, justement, de mettre en avant un art contemporain spectaculaire et commercial comme celui de l'artiste américain, fût-il reconnaissable par tous. Pas plus d'ailleurs que le Musée nationale d'histoire et d'art ne possède de buste grec antique tel que représenté sur les fiches.

On ne s'étonnera donc finalement pas que le panneau d'affichage d'aéroport pour illustrer le Findel n'affiche que des vols retardés ou annulés en direction de Toronto, Syndey ou New York!

À force de vouloir utiliser des symboles compréhensibles par tous et de chercher "une représentation universelle", on vide le discours de son sens, voire on se trompe. Une fausse bonne idée qui aurait mérité d'être remise sur l'ouvrage et d'être poussée plus loin dans la recherche.