Verra-t-on un jour une pétition contre les pétitions?

Si France Clarinval regrettait en période électorale que "trop d’affiches tuent l’affiche", j’en dirai de même aujourd’hui des pétitions ouvertes aux signatures sur le site de la Chambre des Députés. Jusqu’à la fin du mois de juin de cette année, plus de 1.300 pétitions ont été déposées en tout, brassant tout ce que le résident désire voir changer dans la législation luxembourgeoise. Il y a des mois où une vingtaine de sollicitations se rajoutent à la liste et on se dit que cela fait beaucoup pour le commun des mortels, qui, s’il veut bien suivre le cours des doléances, va devoir rajouter de la lecture supplémentaire à celle de ses réseaux, journaux, blogs, mails, sms, lettres, factures et autres textes en ligne.

Il est vrai que, démocratie oblige, on se voit bien contraint d’accepter que tout ce que le citoyen trouve discutable au niveau des lois votées soit entendu et mis à discussion, tant qu’il y a vraiment nécessité et qu’une nouvelle solution apportée serait bénéfique à la majorité populaire. Mais depuis que l’électeur est invité à ajouter son grain de sel au sujet de tout et de n’importe quoi pour se sentir mieux considéré par les politiciens, on a l’impression que le vase déborde autant au niveau de la publication des pétitions qu’à celui des commentaires  sur les réseaux sociaux et sites internet des médias. Soudain, tout le monde semble devenir adepte du "moi aussi j’ai quelque chose à dire", ce qui amène certains à faire du zèle, d’autres à surtout vouloir flatter leur égo.

Avant de lancer une pétition, il faudrait commencer par estimer les chances qu’on a de gagner l’approbation d’une partie suffisante de la population, car en aura besoin d’elle pour la faire approuver. Et surtout aussi celle de la presse, qui devrait assurer en quelque sorte le "volet marketing" de la requête, en s‘appropriant le sujet et en faisant retentir le pour et le contre dans ses colonnes. Car n’oublions pas que la seule parution d’une pétition sur le site du gouvernement ne sensibilisera  pas à elle seule celles et ceux qui pourraient la signer. Sans communication directe, il y a peu de chances que la requête trouve attention. Et comme bon nombre de pétitions sont lancées sans qu’il y ait de support quelconque, elles restent sur le site comme des mouches écrasées sur un pare-brise et on n’est point étonné de voir que toute une série d’entre elles ne dépassent pas la vingtaine de signatures.

ÉVALUER AVANT DE SE LANCER

Prenons deux exemples pour analyser la demande de pétition et son (in)utilité. La première étant celle d’envisager la suspension du Festival de l’auto. "Non, mais allô, quoi!" a-t-on envie de claironner, lorsqu’on sait que la bagnole est l’"animal" de compagnie préféré du citoyen autochtone, que celui-ci la bichonne un max et qu’il se rend au dit festival comme à un pèlerinage. D’autant plus qu’au niveau économique, vouloir le bannir, c’est aussi s’attaquer à un secteur commercial important et que, "last but not least", les interdits ont toujours conduit à un surplus d’excès, les débits d’alcool suspendus à 23h dans le pays nordiques n’ayant provoqué que des cuites avant l’heure. Conclusion: il est presque certain que la fin d’un festival de l’auto ne mènerait certainement pas à freiner la vente des voitures. Donc, finalement, à quoi bon?

Autre cas problématique: la gratuité d’une carafe d’eau dans les restaurants. Est-ce que vraiment les 3 à 4 euros d’une bouteille de flotte viennent alourdir l’addition dans un pays où on paye au moins dix fois plus pour une bouteille de vin? Et se plaint-on en Italie de payer un supplément pour le pain et les couverts? On pourrait ainsi prolonger la liste avec la défense de la clope aux terrasses ou, mieux encore, le retour du Luxembourg au Grand Prix Eurovision de la Chanson.

Au vu de toutes ces demandes qui ne génèrent au final que quelques signatures, il faudrait vraiment, avant de sortir les crocs en ligne, se demander si ces propositions sont faites par conviction ou si avant tout pour laisser son empreinte voire essayer de nuire au pouvoir en exercice? Apprendre à avoir du recul envers les choses et à considérer leur vraie utilité serait une première démarche. Et évaluer, avant d’aller en besogne, la portée de ses actes, ainsi que l’appui que l’on pourra espérer de la part de ses concitoyens. Sinon, il ne faudra pas s’étonner si un jour quelqu’un finira par déposer une pétition contre les pétitions (abusives).