Décrocher mon téléphone lorsqu'on ne connaît pas le numéro affiché est un risque que je n'ai plus envie de prendre.

"Bonjour monsieur Cerbère, avez-vous pensé à installer des volets roulants?" "Monsieur Ferbé, on vous appelle pour vous proposer de faire des économies d’énergie!" "Et vos surgelés, vous les achetez où monsieur Fédair ?" Voilà ce qui a définitivement tué mon envie de répondre au téléphone. Et, au passage, donné un grand coup de pioche à mon téléphone fixe. Oh, ce n'est pas que je m'en servais encore, le spam téléphonique l'a réduit à l'état de fossile depuis bien longtemps. Comme beaucoup, il m'était d'ailleurs impossible de me souvenir de mon numéro. C'est juste que cette fois, je ne l'entendrais plus gémir sa sonate de Chopin qui, pour moi, ressemblait plutôt à la musique de l'exorciste.

Après avoir tenté d’expliquer à tous ces écorcheurs de noms de famille que j’étais assez grand pour choisir mon pavé de saumon ou pour comparer les prix entre deux fournisseurs d’énergie, j’ai décidé de raccrocher définitivement.

La faute au démarchage téléphonique, au spam, au phoning, appelez-le comme vous voulez ; à tous ces harceleurs qui raccrochent au bout de quelques secondes sans avoir dit un mot. À tous ces marketeux au discours plus ou moins rodés dont le but est de vous convaincre que vous avez absolument besoin de leurs services… dont vous vous êtes pourtant passé sans le moindre problème jusqu’à présent. Allez sur Youtube, c'est effrayant le nombre de vidéos expliquant comment bien vous harponner par téléphone pour décrocher un rendez-vous et vous vendre tout et n'importe quoi.

Oui, ceux-là ont tué mon téléphone qui en moins de dix ans, était devenu un objet de malheur. Je sais, il y avait des signes avant-coureurs; son affichage digital détraqué, sa batterie à bout de souffle, des chutes inexpliquées depuis le canapé... À vrai dire, je crois que mon appareil essayait depuis fort longtemps de me faire passer un message : "Mais débranche-moi bon sang!". C’est enfin chose faite et c’est bien mieux comme ça.

Si l'on a presque tous débranchés nos téléphones fixes à la maison, c'est loin de signer la fin de nos malheurs. Car le marketeux est fourbe et a compris depuis la naissance des forfaits illimités pour les smartphones, que les téléphones du foyer sonnent dans le vide. Le spam est devenu monnaie courante jusque dans les téléphones mobiles.

Alors que faire pour avoir la paix? Éviter autant que possible d’indiquer notre numéro de téléphone, notamment en ligne où les cases à cocher et les astérisques autorisant la prospection sont si nombreux qu’ils en deviennent invisibles.

Il est possible d’inscrire son numéro de téléphone dans des fichiers d’opposition au démarchage, comme Bloctel en France, mais en l’occurrence, son efficacité a été jugé décevante.

Au Luxembourg, on peut demander à avoir un numéro secret qui, comme un numéro inscrit sur la liste rouge en France, ne figure pas dans l'annuaire et n'est pas accessible via les renseignements. POST propose aussi le service payant "Jockeys", qui permet de bloquer pour vous une liste de numéros. Reste la solution que l'on connait: les bloquer nous-mêmes via une manipulation en général assez simple sur notre smartphone, même si cela n'empêche pas de nouveaux appels parasites... Et quand ceux-ci se font vraiment insistants, voire effrayants, il faut les dénoncer en s'adressant à la justice.

Certes, le harcèlement n’est pas le seul fossoyeur de la conversation téléphonique: les mails, les SMS et les réseaux sociaux ont chacun donné leur coup de pelle pour l'enterrer. En 2019, appeler, c’est totalement has been sauf lorsqu’on utilise Viber, WhatsApp ou Messenger, des services pas (encore ?) métastasés par le phoning.

Quoiqu'il en soit, ma stratégie pour éviter cette forme de harcèlement s'est radicalisée: 1. couper le son; 2. couper le lien entre mon rythme cardiaque et la TRÈS agaçante fonction vibreur; 3. ne répondre à aucun appel non identifié, avant d’écouter un éventuel message vocal.

Certes, cela a parfois pour désavantage de manquer des appels plus importants que d’autres… mais c’est le prix à payer pour ne pas se faire piéger dans les filets d’un vendeur de poisson pané.