Le respect de la propriété intellectuelle est un enjeu majeur pour l'Europe. Hélas, le culte de la gratuité gagne du terrain, y compris dans la culture...

La Fondation Robert Schuman a publié un article très intéressant de Jean-Noël Tronc sous la rubrique "Question d'Europe" n°507. D'autant plus intéressant qu'au vu du résultat des élections du 26 mai, l'ouvrage de l'auteur publié aux éditions du Seuil en mars 2019 gagne toute son actualité. L'auteur, qui dirige depuis 2012 la SACEM (société des auteurs et compositeurs de musique) s'en prend en effet à la construction européenne dès le début et la perspicacité de ses remarques vaut une lecture approfondie de ses thèses.

Publié le 18 mars, avant l'adoption de la Directive sur la Réforme du Droit d'auteur le 26 mars au Parlement Européen, le texte fait un appel vibrant aux dirigeants de respecter la propriété intellectuelle des auteurs et des compositeurs, des brevets, qui sont " le fondement des entreprises technologiques", et de bannir la contrefaçon.

Et son plaidoyer remonte dans le temps: "le droit d'auteur instauré au XVIIIe siècle est également un droit d'avant-garde, puisqu'il protège depuis toujours l'oeuvre immatérielle, détachée de tout support physique."

© Archives RTL

SAUVONS LES CRÉATEURS

L'ouverture de "la boîte de Pandore" a eu lieu, l'ancien Parlement a adopté le Projet de Directive par 348 voix contre 274 et 36 abstentions. Et si c'était à refaire, aurait-elle encore une majorité par les nouveaux élus?

Reste à voir si la transposition en droit national par les pays membres se fait sans égards pour les revendications des auteurs et compositeurs, ainsi que des éditeurs et de la presse. D'ici 2021  la Directive devra être transposée, aux gouvernements de voir quel est le plus grand intérêt. Et il y va de la survie et de l'indépendance des créateurs, face à leur exploitation par les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon).

L'évolution technologique qui planche en Europe ne devrait pas devenir le maillon faible de notre économie. Ne faut-il pas constater que le retard dans l'industrie du numérique fait de nos atouts dans les domaines de la culture des proies faciles pour les vautours d'Outre-Atlantique?

Le consumérisme idéologique affaiblit la puissance de l'Europe et la réduit au grand supermarché où la gratuité semble devenir l'appât pour attirer les masses.

Le respect pour les travailleurs intellectuels et leur produit mérite bien un engagement sans faille pour nos valeurs intrinsèques.