Ce n'est pas le moment d'avoir le vertige: on a passé la journée-type d'un grutier, lors de l'installation d'une grue à la Cloche d'or à Luxembourg.

Ok, les grues poussent comme des champignons au Luxembourg. Mais sait-on seulement comment elles "poussent"?

L'installation d'une grue est en effet "un chantier dans le chantier", qui va mobiliser d'importants moyens sur un temps très court: deux jours plus tard, une grue pourra déjà déplacer des tonnes de matériaux!

Nous nous sommes rendus à la Cloche d'Or à Luxembourg, rue Charles Darwin, où des grues ont été installées pour construire deux bâtiments (qui accueilleront des bureaux et des administrations). Hélas, nous n'avons pas eu la possibilité de filmer l'intégralité du montage d'une grue, ce qui aurait permis de vous montrer les différentes étapes. À la place, voici un exemple de timelapse qui vous donnera une idée de ce processus:

UNE GRUE POUR CONSTRUIRE UNE AUTRE GRUE

Guillaume Galleron, chef de projets de l’association Costantini-Bam Lux, nous accueille donc au pied de la grue en construction, que des ouvriers se chargent de river au sol.

Car il s'agit d'une grue à tour, autrement dit une grue fixe car elle est solidement arrimée au sol. "Pour cette grue, il aura fallu bâtir un fût scellé et faire un ferraillage pour qu'elle soit maintenue au sol comme il faut." Pour la seconde grue qui sera installée plus tard sur le chantier, "ce sera différent car elle sera posée sur la dalle d'un futur parking, et elle sera seulement maintenue au sol sur châssis avec des poids."

À côté de nous, une grue mobile (qui se déplace sur pneumatiques ou chenilles) se charge d'apporter les différents éléments de la future grue.

QUELQUES DÉTAILS TECHNIQUES

Boris Monaille, conducteur travaux de l’association Costantini-Bam Lux, nous donne quelques précisions techniques: "Cette grue va faire 55 mètres de haut environ, pour une cinquantaine de tonnes... Elle pourra ensuite porter une dizaine de tonnes". Sa construction mobilise une dizaine de personnes à temps plein, pendant deux jours. Le coût d'une telle grue avoisine les 700.000 euros. Quant au salaire du grutier, un professionnel nous affirme qu'il se situe aux environs de "3500€ brut par mois, soit environ 20€ brut par heure travaillée" (ce n'est évidemment que son avis). Ce qui est sûr, c'est que ce job est très demandé et requière souvent d'aller chercher la main d'oeuvre au-delà de nos frontières.

Le chantier a débuté début janvier. Mais il a été retardé: "on n'a pas eu d'intempéries de type gel, mais on a subi des tempêtes, donc on a dû décaler le montage". La grue est censée servir jusqu'à octobre/novembre, estime-t-il.

Dans certains pays, comme la France, des grues avec ascenseur sont imposées au delà d'une certaine hauteur. "Mais ce n'est pas encore arrivé jusqu'au Luxembourg". Bref, pour cette grue (qui n'est pas la plus haute du pays) il faudra grimper à pied! Ça tombe bien, c'est ce qu'on voulait faire.

GRIMPER DANS UNE GRUE: CHECK!

Un jouet incroyable installé au milieu d'un bac à sable: les grues ont fait rêver des générations de gamins... moi y compris. Je nourrissais donc depuis longtemps l'espoir d'aller voir ce qui se passe là-haut.

Monter les escaliers n'est pas compliqué: il faut emprunter des échelles et des plateformes, qui sont toutes les deux sécurisées. L'ascension m'a pris un peu plus de trois minutes, en profitant au passage du paysage. On arrive ensuite sur la dernière plateforme, au niveau du pivot de la grue. Cette partie assure la rotation de toute la partie supérieure (la cabine et la flèche). Une fois à l'intérieur de ce pivot, il ne reste qu'à ouvrir une trappe sous la cabine pour y entrer.

Là, c'est plus spacieux qu'on ne pourrait le penser. Avec le cameraman et le grutier, on tiens à trois sans trop se marcher dessus. La cabine est spartiate: le grutier y a amené un thermos et quelques affaires, mais le reste est composé d'instruments de mesures et de contrôles de la grue.

GARE AU MAL DE L'AIR... ET AUX ENVIES PRESSANTES

Evidemment, si vous avez le vertige, vous risquez de passer un sale quart d'heure. Mais finalement, c'est plutôt le tangage qui s'avère désagréable. Dès que cela souffle un peu ou que la grue porte une charge, la cabine tangue comme un navire et cela pourrait presque provoquer un "mal de l'air". Mais j'imagine qu'on s'y habitue.

À savoir que les grues se mettent en sécurité à partir d'un vent supérieur à 70km/h, nous explique Américo Martins Da Costa, le grutier que nous avons rencontré. De même, la grue est toujours laissée en "girouette" lorsque le grutier n'est pas dedans, afin que la flèche puisse tourner librement avec le vent et donc ne pas opposer une résistance (et provoquer une catastrophe!).

Le grutier ne peut pas trop nous parler, car son travail requiert de la concentration. Il s'agit tout de même de soulever des montages au milieu de fourmis ouvrières!  Mais on aura néanmoins le temps de discuter du fonctionnement basique de la grue, du rythme de travail, et de problèmes plus "pratiques" (il n'y a pas de WC dans la cabine et le grutier et censé y rester toute la journée, donc mieux vaut avoir une hygiène alimentaire irréprochable... et pour le reste, on vous laisse imaginer!).

Et puis, évidemment, de son plaisir d'être grutier. "Je préfère travailler ici qu'être en bas" sourit-il en montrant l'horizon. Qui d'autres peut en effet se targuer d'avoir une telle vue depuis son bureau?