Nichée près de l'ancienne voie ferrée, la grotte diaclase d'Audun-le-Tiche est une des principales cavités de la région. Nous y sommes descendus pour découvrir le secret qu'elle renferme: la "Dame Blanche".

Juste après l'espace, le sous-sol est le deuxième rêve de conquête de l'Homme. Sans nous être enfoncés aussi profondément que les personnages de Jules Verne, ni avoir creusé aussi loin que les Russes à Kola, nous rêvons, nous aussi, d'une grande Aventure (avec un grand A, évidemment).

Notre premier pas dans cette conquête du monde d'en-bas nous emmène à Audun-le-Tiche, juste derrière la frontière, où l'on trouve une grotte naturelle. "C'est une des plus belles de la région et la seule de ce genre en Moselle", nous confie Didier Thon, président du comité départemental de spéléologie de Moselle et notre guide vers les profondeurs.

L'entrée de la grotte est habituellement fermée à clé, pour éviter aux petits malins d'aller jouer les casse-cou. Seuls les clubs locaux et frontaliers peuvent y pénétrer. / © Thomas Toussaint / RTL

VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE... ENFIN PRESQUE

Formée il y a des milliers d'années quand la roche s'est écartée, la grotte diaclase s'est révélée aux Hommes lorsqu'ils ont créé d'une ligne de chemin de fer dans les années 50. D'abord ignorée, elle a finalement été explorée pour la première fois par le club de spéléologie de Metz, en 1958. "Elle mesure 442 m pour 15 m de dénivelé, ça paraît peu dit comme ça, mais il nous faudra pas loin de deux heures pour faire l'aller-retour au fond" nous précise Didier, nous annonçant que cette initiation à l'exploration souterraine allait mettre à l'épreuve notre forme physique et notre mental.

Après avoir ouvert la grille d'entrée de la grotte et pris soin d'allumer l'indispensable lampe frontale de notre casque, Didier nous entraîne dans un méandre de roches. La grotte se révèle être un vrai labyrinthe, dévoilant de nombreux passages, certains minuscules, d'autres perchés à plusieurs mètres de haut. Après être descendus de quelques mètres, voilà qu'il faut remonter, ramper, se faufiler, pour atteindre une main-courante de cordes et continuer la progression. Si la grotte n'est pas inondée, contrairement à de nombreux autres sites, la roche est humide et nos vêtements se retrouvent vite mouillés.

Les sections les plus larges de la grotte sont très appréciées, surtout après avoir rampé sur plusieurs mètres. / © Thomas Toussaint / RTL

LE SECRET DE LA GROTTE D'AUDUN

Les passages étroits, à peine assez grands pour un homme, et les couloirs larges d'un mètre s'enchaînent à un rythme étrange: sans lumière du jour ni autre bruit que celui de nos pas, impossible d'estimer le temps qui passe ou le chemin déjà parcouru. Didier nous fait découvrir de nombreuses concrétions et calcites (des structures formées par le dépôt de minéraux) tout au long du parcours et nous explique que si la caverne n'avait pas été découverte, elle aurait fini par se boucher naturellement, au bout de quelques milliers d'années.

Un exemple de calcite, ici blanche au centre mais couleur ocre sur les parois, dont la formation a pris plusieurs milliers d'années. / © Thomas Toussaint / RTL

Si l'on vous parle de concrétion et de calcite, c'est parce que la grotte renferme un secret: une calcite appelée "Dame Blanche", d'environ quatre mètres haut, cachée non loin du fond de la cavité. "Il faut environ un siècle pour un centimètre de formation, je vous laisse donc imaginer son âge" nous glisse-t-il, toujours aussi emballé par sa beauté, même après trente ans de visites.

"Maintenant que l'on est devant, éteignez votre lampe, on va rester là une minute, en silence." Nous nous exécutons et nous plongeons dans l'obscurité. Au coeur de la roche, seules les gouttes d'eau qui tombent résonnent sur les parois. On se sent léger et à la fois excité, un peu perdu, hors du temps, presque en apesanteur. C'est ce sentiment qui devait habiter les premiers explorateurs de la grotte.

La "Dame Blanche" est la plus spectaculaire formation de la grotte. / © Thomas Toussaint / RTL

Preuve de mon voyage au coeur de la grotte, je pose fièrement devant la "Dame Blanche", que j'espère revoir un jour. / © Photo prise par Didier Thon

RETOUR VERS LA SURFACE

Le temps passe et nous faisons machine arrière. Didier nous guide sur un court itinéraire alternatif, nous offrant une séance de descente sur corde. De nouveaux passages étroits nous obligent à nous contorsionner avant de devoir franchir une crevasse, profonde de plusieurs mètres, le dos contre la paroi et les jambes poussant autant que possible sur le mur opposé. "Mais vous ne craignez rien, nous lance-t-il. Pas si vous avez fait attention à bien vous assurer avec les longes", ces deux cordes de notre harnais que l'on accroche à chaque main-courante pour sécuriser les passages difficiles.

Après une dernière montée, la lumière se fait au bout du tunnel et nous retrouvons la surface. Deux heures ont passé depuis notre entrée dans la grotte diaclase. Une visite éprouvante pour le corps et l'esprit mais ô combien gratifiante.

Pour visiter la grotte (par groupe de huit maximum), contactez Didier Thon par téléphone ou par mail: +33 (0)6 01 46 29 71 ou didierthon@yahoo.fr. Une petite cotisation vous sera demandée pour les frais d'assurance de la visite et le matériel. Il vous est recommandé de porter de vieux vêtements ainsi qu'une bonne paire de chaussures.