Cinq bouteilles, trois amateurs plus ou moins spécialistes: c'est la recette d'une soirée pleine de surprises.

Dans la série "on fait un métier difficile" (sic), il nous a été donné de faire connaissance avec quelques bonnes bouteilles de whisky, dans le cadre du Festival que proposent les supermarchés Delhaize.

Et comme on est partageur, on a invité des amis pour connaître leur opinion sur ces flacons. À ma droite, Pedro qui a longtemps bu des whiskies en long drink sans trop d'intérêt et qui s'est mis depuis peu à la dégustation avec beaucoup de sérieux.

À ma gauche Valentin, jeune barman fraîchement débarqué au Luxembourg après avoir fait ses armes dans les bars londoniens. Sa formation académique nous sera utile.

QUELQUES RÈGLES DE BASE

Pour déguster un whisky, il y a quelques règles à connaître.

Le verre: une petite quantité (entre 1,5 et 3 centilitres) versée dans un verre de dégustation suffit. Il s'agit de déguster, pas de rouler sous la table.

Les glaçons: une bonne fois pour toutes, la réponse est non! On ne met pas de glaçons dans le whisky. La glace lui ferait certes gagner en fraîcheur mais perdre en expressivité, en diluant et en neutralisant ses arômes.

L'eau: on ne met pas d'eau dans le whisky, sauf une ou deux gouttes, une fois le premier nez révélé. Cela permet d'ouvrir les arômes en écartant l'huile. Un verre d'eau permet aussi de rincer la bouche entre deux whiskies différents.

L'ordre: Pour savourer pleinement plusieurs whiskies, il faut veiller à l’ordre dans lequel s’effectue la dégustation: on garde les plus tourbés pour la fin pour éviter de marquer la bouche.

Ces règles respectées, on peut se lancer.

GLENLIVET FOUNDER'S RESERVE

Sa couleur dorée est assez séduisante au premier regard. Mais son nez très puissant en alcool repousse d'abord Valentin.

On mettra du temps à le humer pour trouver le fruit auquel il nous fait penser. Je penche d'abord pour la poire avant que Pedro s'exclame "banane". Impossible dès lors de sentir autre chose.

En bouche, l'alcool est très présent (43°), mais n'empêche pas un côté crémeux un peu gras assez agréable. Valentin découvre un rappel de zeste d'orange.

Conclusion: Ce sigle malt écossais est un whisky qui peut plaire à tout le monde. Il s’accommodera d'un dessert au chocolat (par son côté banane) ou de zakouski vinaigrés (pour contrecarrer le côté gras).

Prix: 36,58 pour 2 bouteilles*

GLEN MORAY ELGIN CLASSIC

Sa couleur très claire incite à une certaine méfiance: "il n'a pas vieilli longtemps", estime Valentin. Recherches faites, ce Speyside a 7 ans, ce qui n'est pas si jeune.

Je m'étonne d'un nez doux où l'alcool se fait très discret. Valentin lui trouve un coté épicé. Tirant pourtant à un honorable 40°, ce whisky s'avère léger à boire, en effet épicé et laisse une belle rondeur en bouche.

Pedro nous fait remarquer les arômes céréaliers d'orge maltée, puis de noix ou de caramel. C'est le côté torréfié et sucré que retiendra Valentin qui veut à tout prix l'associer à un dessert.

Perdo et moi penchons plutôt pour un accord avec un fromage, de préférence un bleu pas trop fort comme un gorgonzola ou une Fourme d'Ambert. Le débat sera animé entre les tenants des deux accords.

Conclusion: un single malt agréable, précis dans sa conception qui convient à un public large, y compris de non spécialistes.

Prix: 14,69 par bouteille*.

FUJIMI 

Ce whisky japonais est un blended dont la marque est un hommage aux Samouraïs et à leurs sept vertus du courage, de l'intégrité, de l'honnêteté, de la loyauté, du respect, de la compassion et de l'honneur.

Sa couleur est assez claire, tirant légèrement vers le vert, son nez herbacé vient confirmer ce visuel. Je lui trouve des notes florales très agréables.

À la dégustation, Pedro parle d'abord d'un côté onctueux, comme des noyaux broyés. Valentin lui emboîte le pas en insistant sur l'aspect huileux en bouche.

Peu alcooleux (40°), peu puissant, le Fujimi révèle une touche de fumée.

Conclusion: gros coup de cœur collectif pour ce flacon que Vincent voit bien en cocktail, sour par exemple et que Pedro adopte comme "un whisky qui peut tenir pour toute une nuit à discuter".

Prix: 25,49 pour une bouteille*.

BENROMACH PEAT SMOKE

Encore un écossais, encore un Speyside, encore un sigle malt. Cela prouve la diversité des approches menées dans cette région pour donner des whiskies très différents.

Une couleur très clair nous étonne par rapport à un nez fumé et où l'alcool est très présent (46°).

La bouche donne des notes d'agrumes et de poivre, avant de tourner vers un côté chloré assez désagréable. Comme son nom l'indique, le côté fumé est bien présent, mais semble bizarrement ajouté, comme un arôme peu naturel.

En ajoutant une ou deux gouttes d'eau, l'aspect fumé artificiel s'estompe pour révéler les notes tourbées.

Conclusion: tout en reconnaissant la complexité du produit, nous sommes unanimes pour être déçus par cette bouteille, pourtant encensée sur les sites spécialisés. Il faudra peut-être y retourner dans d'autres circonstances.

Prix: 39,39 la bouteille*.

HARLEY DAVIDSON

Le flacon nous laisse dubitatif car on pense plutôt à un pot de miel. Il s'avère d'ailleurs difficile à servir sans en renverser. "C'est un whisky à mettre sur un bar et à servir avec une pipette", considère le barman de la bande.

La lecture de l'étiquette nous apprend qu'il s'agit d'un "moonshine", c'est-à-dire un alcool de grain qui ne passe pas dans un fût. Le vieillissement n'est donc que de quelques mois.

Avec 51,5°, pas étonnant que la première chose que l'on sente c'est l'alcool. Un côté sucré, caramélisé vient ensuite.

À la dégustation, Pedro regrette un produit "facile, formaté pour plaire", même si les notes de vanille, de miel et de toffee sont en effet plaisantes.

Conclusion: on sent que c'est un produit marketté, fait sur mesure pour la grande distribution. Ce n'est pas totalement désagréable, mais ce n'est pas vraiment un whisky.

Prix: 19,99 le bocal (500ml)*

CONCLUSIONS

C'est clairement le Fujimi qui a les faveurs de notre petit panel de dégustateurs. Nous avons bien évidemment eu envie de suivre la bonne idée de Pedro: en boire toute le nuit. Mais la raison a été plus forte et un seul verre a été resservi pour permettre à l'auteur de ces lignes de ne pas être obligée d'évoquer une gueule de bois dans cet article...

Les vapeurs d'alcool ont bien persisté quelque peu le lendemain, mais la qualité des flacons dégustés nous a évité le pire.

* Tous les prix sont ceux affichés pendant le festival des whiskies de Delhaize, jusqu'au 10 avril.