"Notre dernier trail était un 13km, alors celui-là, ça va passer tout seul!" se disait-on. Verdict: on a souffert comme jamais au trail des crêtes d'Entrange!

On va l'avouer tout de suite: courir un trail n'est pas dans nos habitudes. Mais après avoir participé au DKV Urban Trail il y a quelques mois au Luxembourg, l'envie de retenter l'expérience nous a titillé et on s'est laissé tenter par une nouvelle épreuve, en France cette fois.

Cette épreuve, c’était le trail des Crêtes d’Entrange qui s’est déroulé un dimanche fin septembre, à une dizaine de kilomètres de la frontière luxembourgeoise.

«Pensez à vous faire plaisir avant tout!» Cette phrase a sonné comme un dernier encouragement avant une épreuve qui s’annonçait très éprouvante pour nous de toute façon. Comme un équivalent d’un «allez, ce n’est pas si terrible que ça, vous verrez!».

AVANT LE DÉPART, L'HEURE EST AUX BLAGUES

Il est alors 9h50 et on est frais comme un gardon, ou presque. L’heure est encore aux blagues de circonstance. «Tu veux que je te donne le secret pour terminer un trail?» On ne relaiera pas la réponse ici mais on vous laisse l’imaginer (c’est plus drôle).

Entre celui qui a emmené son casque audio mais ne capte pas internet pour faire tourner sa playlist, et nous, qui étions à deux doigts de courir avec nos clés de voitures et notre téléphone en main faute d’avoir pensé à emmener notre ceinture de rangement (qu’on prend soin de toujours laisser dans notre armoire...), notre petit groupe ressemble plutôt un groupe de touristes qu’à un groupe de sportifs. Ça tombe bien, en dépit de nos heures de sport dans une salle de la région, on est avant tout venu courir le 11 km pour nous amuser.

Surtout ne pas se tromper, nous, c'est à gauche ! / © CAP Entrange

"ON A DÉJÀ FAIT COMBIEN DE KM, LÀ?"

On s’est amusé cinq minutes. Le temps de prendre le départ et d’entrer dans la forêt, puis de commencer à monter doucement, tous ensemble. «On a déjà fait combien de kilomètres là?» «500 mètres!» Oui, à ce moment-là, on arrivait encore à faire des blagues.

Peu à peu, le chemin se rétrécit et on court presque tous en file indienne. Des petits groupes se créent. Notre collègue «qui n’a pas l’habitude de courir» est déjà loin devant. On ne le reverra plus avant l’arrivée. A la sortie de la forêt, on se retrouve sur un large chemin caillouteux. «On va enfin pouvoir récupérer un peu!» se dit-on, naïf.

Evidemment, en bon touriste, on n’avait pas pris la peine d’examiner le parcours. La joie de la découverte. On aurait su, sinon, que le plus dur ne faisait que commencer.

"C'EST DE L'ALPINISME OU DE LA COURSE?"

A travers le brouillard, notre chemin semble s’élever jusque dans les cieux (on aime exagérer). C’est ce qu’on appelle «un mur». Traduction : la souffrance ne fait que commencer ! Notre fierté nous pousse à courir, toujours, mais il faut se rendre à l’évidence : on ne sera pas moins rapide en marchant.

Ce très long chemin nous mène à l’entrée d’un autre bout de forêt… où la montée –dans la boue- s’annonce encore plus abrupte. «C’est de l’alpinisme ou de la course, ce qu’on fait?» «Ah ben, ça va être comme ça tout le temps!» me glisse ma compagne de galère, qui a déjà participé à la première édition.

Ces cordes étaient les bienvenues pour ne pas chuter sur plusieurs mètres dans la descente ! / © CAP Entrange

À MI-PARCOURS, ON NE MAITRISE PLUS GRAND CHOSE

Notre état se dégrade très vite, notre fierté n’existe plus. On se fait doubler par les coureurs du 24 km, qui empruntent par moment les mêmes sentiers que nous. On a l’impression d’être une Fiat 500 dans une course de formule 1. Eux ont l’air encore frais, à 13 km de l’arrivée.

Pour nous, il en reste désormais cinq mais on ne maîtrise plus grand-chose. Nos bras se balancent dans tous les sens, nos jambes sont en feu. Notre foulée ne ressemble plus à rien, si tant est qu’elle ait ressemblé à quelque chose à un moment donné. Peut-être que le bol de céréales avalé ce matin était légèrement trop... généreux.

On ne fait même plus l’effort de faire bonne figure devant les photographes, qui ont visiblement conspiré contre nous en se postant aux pires endroits possibles, histoire d’être bien sûr d’immortaliser notre état lamentable!

LE KILOMÈTRE LE PLUS LONG

«Le plus dur est fait!» entend t-on. On gère les descentes, bien raides, comme on peut: en freinant pas mal, de peur de nous étaler sur les cailloux.

«Allez, plus qu’un kilomètre, c’est bientôt fini! Bravo!» L’avantage des encouragements des membres de l’organisation, c’est qu’ils nous donnent l’impression qu’on est en train d’accomplir quelque chose d’incroyable. On s'imagine en super-héros. Et ça fait vraiment plaisir. Mais ce kilomètre a été le plus long de la course.

Dans notre tête, c’est le grand n’importe quoi. «S’il est prouvé qu’un ballon de foot va plus vite sur une pelouse humide, est-ce que je vais courir plus vite si je glisse sur l’herbe?» se demande t-on. Il était temps que ça se termine.

Arrivé sur le bitume, on «déboule» au milieu des quelques spectateurs restés le long des barrières. Evidemment, on accélère dans le dernier virage pour faire croire qu'on est encore frais, avant de franchir la ligne d’arrivée quelques bonnes minutes après nos amis. Mais le classement confirmera ce qu’on savait déjà: on était même plus proche de la 2CV que de la Fiat 500.

Le meilleur moment de la course / © CAP Entrange