Les SUV rencontrent un succès fou. Mais s'ils ne manquent pas d'atouts, ces véhicules tentent aussi de cacher de vilains défauts sous leur carrosserie XXL.

SUV qui peut! Aujourd’hui, on ne va pas se faire des amis. Car critiquer le "Sport Utility Vehicle”, c'est s'attaquer à un best-seller qui s'est largement démocratisé: de 19% de part de marché en 2013 en Europe, il est passé à 45,5% en 2021. Preuve de ce succès, c'est un SUV (le Toyota RAV4) qui pour la première fois est devenu le véhicule le plus vendu dans le monde l'année dernière.

Un plébiscite qui s'appuie sur plusieurs atouts: l'habilité, une conduite surélevée, une impression de sécurité, un volume de chargement... Plus confortable que le 4x4, plus moderne que le monospace, plus bling-bling que le break, le SUV coche de nombreuses cases. Sans oublier qu'une voiture est souvent achetée pour afficher sa position sociale. Or, le SUV flatte notre ego, car à son bord, on est "surélevé", au sens propre comme figuré.

Mais il faut aussi admettre que le SUV traine plusieurs boulets. Car ce véhicule taillé pour tracter des remorques à chevaux est souvent utilisé, dans la réalité, pour accomplir les mêmes tâches qu'une berline ou une citadine... et c'est loin d'être son seul défaut.

1- UN VÉHICULE PLUS GROS ET MOINS AÉRODYNAMIQUE

Par rapport à une voiture standard, un SUV, c'est en moyenne 200 kg, 25 cm de long, et 10 cm de large en plus. Bien sûr, un petit Dacia Duster ne joue pas dans la même catégorie qu'un imposant Audi Q7. Mais ils participent à ce phénomène d'obésité automobile, qui ne cesse d'augmenter ces dernières décennies: en cinquante ans, les véhicules ont pris près de 400 kg.

Autre défaut récurrent, l'aérodynamisme. Avec leurs lignes carrées et leurs calandres menaçantes, les SUV ne sont pas vraiment taillés pour fendre l'air.

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Malgré les efforts des constructeurs, les SUV pâtissent d'un manque d'aérodynamisme qui se répercute à la pompe... / © Stellantis

Ces mensurations généreuses pèsent sur la consommation de carburant. On estime en moyenne que les SUV consomment près de 10% de plus qu'une berline équivalente. Ce qui veut dire aussi davantage de CO2 à la sortie du pot d'échappement (pour les SUV thermiques, en tout cas!). Les SUV font passer les voyants au rouge à une époque où la lutte contre la pollution impose au contraire une cure d'amaigrissement.

Sans oublier que la taille des SUV pose aussi de nombreux problèmes au quotidien, dans les rues étroites et parkings qui n'ont pas été conçus pour accueillir autant de "chars d'assaut"...

2. DES ROUES GIGANTESQUES QUI POLLUENT ÉNORMÉMENT

Il n'y a pas qu'au niveau de la carrosserie que l'automobile ne tourne plus rond: les roues aussi deviennent surdimensionnées. Un exemple vaut mieux qu'un long discours: depuis 1997, l'évolution du Renault Scénic est passé de jantes 14 pouces à des jantes... 20 pouces! Aussi grosses que celles de certains bus.

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À ce sujet, les SUV plaident logiquement coupables, car leur taille les oblige à chausser large... Or, comme le rappelle Guillaume Devauchelle, le directeur technique de l'équipementier Valeo, "Si on revenait aux roues des années 2000, on gagnerait 100 kilos et on pourrait économiser 10% de consommation, c’est énorme."

Et savez-vous que les pneus sont une source majeure de particules polluantes? "Aujourd'hui, plus de la moitié des particules sont émises au niveau de la liaison au sol, bref, la friction des pneumatiques et des freins" nous rappelait récemment un expert.

3. ILS COÛTENT PLUS CHER

Quand c'est plus lourd, c'est généralement plus cher, et la règle se vérifie avec les SUV. Selon Turbo.fr, "comptez en moyenne 2.000 euros supplémentaires" à l'achat par rapport à une berline équivalente. Et ce n'est qu'une moyenne qui cache des écarts bien plus conséquents lorsqu'on monte en gamme.

Un surcoût qui se répercute sur le marché de l'occasion, rendant moins accessible l'achat d'une voiture. Comptez aussi des frais supplémentaires à l'usage, notamment liés aux pneus surdimensionnés qui coûtent plus cher et à la surconsommation de carburant.

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Avoir un SUV peut occasionner des frais supplémentaires, au niveau du carburant, de l'assurance, etc. / © AFP

Sans oublier l'assurance: plus cher à l'achat signifie plus cher à assurer, surtout lorsque ces véhicules sont plus puissants que les berlines classiques. 

4. UNE IMPRESSION DE SÉCURITÉ QUI FAIT DÉBAT

Les SUV sont-ils plus sûrs que les autres véhicules? Aujourd'hui, la question est loin d'être tranchée. Pour l'association WWF, qui milite contre ces véhicules, un conducteur de SUV a 10% de risque en plus d'avoir un accident, tandis qu'un piéton a 2 fois plus de risques d’être tué en cas de collision avec ce véhicule. On peut aussi citer l'assureur Axa Suisse, qui en 2020 avait constaté "que les accidents provoqués par les SUV sont jusqu’à 25% plus nombreux que ceux causés par les autres voitures, et ont souvent de graves conséquences".

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Selon l'association WWF, les SUV sont non seulement plus dangereux pour les piétons, mais aussi pour leurs conducteurs. Une affirmation qui fait néanmoins débat. / © WWF

Mais à l'inverse, on peut citer cette étude menée en Belgique sur la gravité de plus de 63.000 accidents entre 2015 et 2020, qui constate que "le taux de mortalité est de 1,02 % avec une voiture traditionnelle et de… 0,99 % pour les SUV de taille petite et moyenne", tandis que "en cas d’accident entre deux automobiles, les occupants seraient mieux protégés à bord du SUV."

En fait, les SUV ont les défauts de leurs qualités: leur taille surélevée, leur poids et leur carrosserie offrent souvent une sécurité supplémentaire à ses passagers, mais cela rend aussi ce véhicule plus propice aux dérapages, retournements et allongement des distances de freinage, tout en faisant plus de dégâts aux autres usagers des routes.

5. À LA MODE AUJOURD'HUI, INVENDABLE DEMAIN?

Et si la voiture star d'aujourd'hui devenait la voiture invendable de demain? On l'a vu, avec les objectifs écologiques en Europe, les SUV ont clairement une cible dans le dos.

Et certains pays prévoient déjà des malus au poids et aux émissions polluantes qui désavantageront de plus en plus ces véhicules.

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Et si les SUV devenaient impossibles à revendre demain? / © Archives RTL

Yoann Demoli, maitre de conférences en sociologie cité par le média Roole.fr, ne lui prédit pas un avenir radieux : "Les SUV neufs seront les mauvaises occasions de demain. Ils seront lourds et coûteux à entretenir. Dans 10 ou 15 ans, lorsqu’ils auront changé de propriétaire, ces véhicules arriveront aux mains de ménages qui devront faire avec des logiques environnementales de plus en plus contraignantes."

Mais cela reste à prouver, d'abord parce que l'électrification des SUV pourrait leur offrir un sursis. Et surtout l'histoire l'a démontré: en matière automobile, les prédictions s'avèrent souvent hasardeuses. Au début des années 2000, beaucoup assuraient que les citadines et les berlines légères deviendraient la norme. 20 ans plus tard, même la Fiat 500, autrefois emblématique "caisse à savon", existe désormais en format SUV! Bref, n'enterrons pas trop vite les SUV, seul l'avenir dira s'ils sont "Sans Utilité Véritable"...