Le Girondin, qui était parti du sud du Portugal, n'avait plus donné signe de vie depuis la nuit de jeudi à vendredi.

Le "corps de Jean-Jacques a été retrouvé sans vie à l'intérieur de la cabine de son canot l'Audacieux", a annoncé dans un communiqué à l'AFP l'équipe de bénévoles qui suivaient l'aventurier septuagénaire, parti le 1er janvier du Portugal.

La "sécurité maritime portugaise avait localisé hier (vendredi) le bateau malheureusement retourné au large des Açores. Un plongeur a pu descendre et visiter l'embarcation ce samedi", précise le texte soulignant que "l'océan a cette fois-ci été plus fort que notre ami, lui qui aimait tant la navigation et la mer".

L’équipe indique aussi qu’elle ne connaît "pas encore les circonstances exactes du drame".

Le navigateur, qui s'était fait connaître en traversant l'Atlantique dans un tonneau en 2019, poussé par les vents et les courants, suscitait depuis vendredi matin l'inquiétude de ses proches.

"Malheureusement, depuis 00H34 hier matin (vendredi), nous n’avons plus aucun contact ni aucune manifestation de sa part", disaient samedi matin à l'AFP des membres de son équipe. Selon eux, il avait déclenché ses deux balises de détresse, "indiquant être +en grande difficulté+".

Lors des derniers contacts, Jean-Jacques Savin se trouvait au nord de Madère, au large, et faisait route vers la petite île de Ponta Delgada, dans l'archipel des Açores, pour réparer.

Car peu après son départ de Sagres (sud du Portugal) le 1er janvier, ce grand sportif, "aventurier dans l'âme", avait été vite dérouté en raison de mauvais vents. Son parcours initial avait ainsi été rallongé de 900 km puis il devait rencontrer de graves problèmes d'énergie et de communication.

"PAS EN DANGER"

Mercredi, sur sa page Facebook, Jean-Jacques Savin mentionnait la "forte houle et la force de vent", ajoutant qu'il était obligé d’"utiliser (son) désalinisateur manuel". "Cela me coûte de l’énergie physique. Rassurez-vous, je ne suis pas en danger !", écrivait-il.

Habitant d'Arès, sur le bassin d'Arcachon, il entendait traverser l'Atlantique à la rame et devenir "le doyen de l'Atlantique", "une façon de narguer la vieillesse".

"C'était un homme extraordinaire, atypique", se souvient le maire d'Arès, Xavier Daney, qui parle aussi d'un "baroudeur hors norme, un personnage bien frappé, avec du caractère, comme on peut l'être sur le bassin d'Arcachon. On est des paysans de la mer, un peu terrien et un peu marin. C'était un Arésien pur souche, son père était ostréiculteur."

"Il n'y pas lieu de penser que c'était l'aventure de trop", assure-t-il, exprimant une "pensée très forte pour sa fille Manon, sa compagne Jackie et toute l'équipe de bénévoles".

Jean-Jacques Savin avait fêté ses 75 ans le 14 janvier à bord de son canot de huit mètres de long, 1,70 m de large et équipé de deux cabines et d'un poste de rame.

A son bord, 300 kg d'équipements, dont de la nourriture lyophilisée, un point de chauffage, un fusil-harpon pour pêcher, un désalinisateur électrique et un manuel, sa mandoline, du Champagne, du Sauternes et du foie gras pour fêter son anniversaire.

"Je pars en vacances vers le grand large, je prends trois mois de vacances", s'amusait-il peu avant son départ.

En 2019, cet ancien militaire parachutiste, mince et musclé, avait passé plus de quatre mois dans un bateau en forme de tonneau de trois mètres de long et 2,10 m de diamètre. Il avait ainsi traversé l'Atlantique en solitaire, poussé par les vents et les courants.

Cet ancien pilote privé et conservateur de parc national en Afrique avait ainsi rallié les Antilles, qu'il espérait à nouveau rejoindre à la rame.

Il avait signé un livre, "127 jours à la dérive, l'Atlantique en tonneau", sur son aventure qui avait également été suivie par 23.000 personnes sur Facebook.

"Je vais ramer huit heures par jour, et quand ça soufflera fort, je m'enferme", avait-il dit avant d'entamer son périple.