Barbelés, scanners à rayons X et portes magnétiques: sur l'île grecque de Samos, le nouveau camp "fermé" pour migrants, premier d'une "nouvelle génération" inauguré samedi, ressemble à première vue à une prison isolée à un quart d'heure de route de la principale ville.

Sur un terrain de plus de 12.000 m2 bordé d'une double ligne de fils barbelés, plus de 300 demandeurs d'asile y seront transférés à partir de lundi du bidonville de Vathy bientôt démantelé, où ils s'entassaient jusqu'ici aux portes de la ville.

"De Samos, nous envoyons un message à toutes les îles: les images (des camps insalubres) de Moria (à Lesbos) ou de Vathy appartiennent désormais au passé", a déclaré le ministre grec des Migrations, Notis Mitarachi, lors de la cérémonie d'inauguration du camp encore vide.

Répartis en plusieurs "quartiers", les demandeurs d'asile auront accès à des zones de restauration, de sport, de jeux, mais aussi des cuisines partagées. Les conteneurs sont dotés de cinq lits et d'une armoire chacun, donnant sur des WC à la turque et des douches partagées, a constaté une équipe de l'AFP.

La nouvelle installation, critiquée par avance par de nombreuses ONG, a coûté 43 millions d'euros, selon le ministère des Migrations.

- Rétention pour les déboutés du droit d'asile -

En son sein, un centre de rétention a été prévu pour les migrants déboutés du droit d'asile et voués à être renvoyés en Turquie.

De même sur l'île de Léros, où un camp de ce type devrait être terminé le mois prochain et sur celle de Kos, immédiatement après.

A Lesbos, où le camp de Moria a été réduit en cendres l'an dernier, les travaux n'ont pas encore commencé et ne devraient pas être terminés avant l'automne 2022, selon une source gouvernementale.

La Commission européenne s'est engagée à financer à hauteur de 276 millions d'euros cinq nouveaux camps sur les îles de la mer Égée qui reçoivent la plupart des migrants arrivant des côtes turques voisines.

"C'est le premier centre de réception d'une nouvelle génération sur les îles égéennes", a indiqué à Samos Beate Gminder, vice-directrice générale des migrations et de l'intérieur à la Commission européenne.

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Le bidonville de Vathy sur l'île de Samos en grèce, le 18 juin 2019 / © AFP/Archives

A Samos, le bidonville de Vathy abritait près de 7.000 demandeurs d'asile entre 2015 et 2016, pour une capacité initiale de 680 personnes.

Sur les 550 migrants restant sur l'île, quelque 300 vivant dans l'insalubrité ont accepté d'être transférés dans le nouveau camp où ils doivent se présenter lundi.

- Craintes sur l'enfermement des migrants -

Mais ils ne pourront plus sortir que le jour, de 08H00 à 20H00, transportés par bus en ville et contraints de présenter leurs empreintes digitales et un badge électronique au portail magnétique à l'entrée.

Des sanctions disciplinaires sont prévues pour ceux qui ne rentreraient pas avant 20H00.

Ces nouveaux centres "vont empêcher d'identifier de manière efficace les personnes vulnérables", "limiter l'accès des demandeurs d'asile aux services" et "amplifier l'effet néfaste du confinement sur la santé mentale des personnes", ont fustigé une cinquantaine d'ONG, dont Amnesty International.

"Le mot +fermé+ revient souvent", a admis Mireille Girard, la représentante en Grèce du Haut Commissariat aux Réfugiés de l'ONU (HCR). "Cela inquiète les réfugiés qui l'ont entendu. Nous en avons discuté avec les autorités et il nous a été répété ce matin que ce seront des camps ouverts, ce qui est très important", a-t-elle dit à l'AFP après l'inauguration.

Pour elle, "Vathy était le pire camp de tout le pays, donc c'est bien de clore ce chapitre. Ceci dit, il est très important que les gens dans la nouvelle structure puissent bouger librement à l'intérieur et à l'extérieur du camp pour rétablir après leur arrivée un sens de normalité".

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Le centre d'accueil et d'identification des migrants sur l'île de Samos en Grèce, le 18 septembre 2021 / © AFP

Athènes ne cesse de se féliciter de la décongestion significative des camps et de la réduction des arrivées de près de 90% depuis 2019.

Mais les ONG expliquent cette baisse par le refoulement des migrants vers la Turquie, ce que nie le gouvernement conservateur grec.