De nombreuses vidéos montrant de petits fils noirs sur les masques circulent depuis quelques jours sur les réseaux sociaux dans plusieurs langues.

"C'est trop dégueu. C'est des trucs qu'on met toute la journée sur notre tête à l'école et à l'intérieur il y a des bactéries vivantes qui se collent à notre peau !", selon un jeune Youtubeur qui a publié l'une de ces vidéos, vue plus de 5.000 fois.

Selon lui, un fil noir que l'on voit dans les images à travers un microscope pointé sur son masque chirurgical est un parasite.

RTL

© youtube

Ce n'est qu'un exemple de l'une des nombreuses vidéos circulant dans le monde depuis le début du mois qui montrent des personnes utilisant téléphones et microscopes pour zoomer sur le tissu des masques.

L'AFP a dénombré au moins une quinzaine de vidéos différentes, dont beaucoup sont en serbe, mais aussi en allemand, grec, tchèque, bulgare…

On peut également retrouver des exemples de publications sur Facebook relayant de simples photos de filaments identiques :


(Capture d'écran réalisée sur Facebook le 9 avril)

Il est en fait possible de trouver ce type de filaments dans de nombreux autres objets, comme une balle pour un animal de compagnie, un cahier, un manteau... car ce ne sont pas des parasites, ni des nanoparticules, mais des fibres inoffensives qui se déplacent à cause de l'air ou de l'eau.

PAS UNIQUEMENT SUR LES MASQUES

Pour de nombreux internautes, ces expériences à domicile sont la preuve que les masques sont dangereux pour la santé ou servent à contrôler la population, des théories largement répandues sur les réseaux sociaux.

Mais en utilisant le zoom du téléphone sur divers objets du quotidien, il est possible de constater que des fils noirs peuvent également s'y trouver, comme le prouve cette série de photos réalisées par une journaliste de l'AFP :

FIBRES INOFFENSIVES

Plusieurs scientifiques interrogés par l'AFP nous ont affirmé, après avoir regardé les photos et les vidéos, que ces fibres étaient inoffensives.

"Ce sont probablement des morceaux de tissu - soit des vêtements portés par la personne qui filme, soit des rideaux ou des tapis dans la pièce. L'air est plein de ces fragments de différents tissus qui flottent, comme par exemple le pollen, les moisissures ou des morceaux microscopiques de terre..." a expliqué le 31 mars à l'AFP Jana Nebesarova, professeur-assistante de biologie à l'Académie tchèque des sciences.

"Cela signifie que le masque peut contenir des fils qui s'y sont posés pendant le processus de production ou pendant la manipulation juste avant d'être utilisés. En tout cas, ce n'est pas dangereux pour une personne en bonne santé, ce sont des choses que nous respirons tous les jours et notre appareil respiratoire sait très bien comment gérer ces particules microscopiques", a-t-elle ajouté.

Jeffrey Marlow, professeur adjoint de biologie à l'Université de Boston, a accepté de reproduire une expérience identique à la demande de l'AFP. "Lorsque j'ai sorti un masque neuf de l'emballage et que je l'ai regardé sous un microscope avec un grossissement de 80, j'ai vu un groupement de fils clairs et transparents. Environ une ou deux fois par centimètre carré, il y avait des fils plus foncés qui étaient courts et souvent tordus. Pendant dix minutes d'observation en laboratoire, pas une seule fibre du masque n'a bougé", a-t-il déclaré le 5 avril 2021, dans un mail transmis à l'AFP.

"Les masques avec une bonne efficacité de filtrage bactérienne ont une charge électrostatique particulièrement élevée" qui leur permet d'attirer et de capturer les petites particules sur le tissu, a expliqué Christian Scarlach, un porte-parole du fabricant allemand D / Masks, dans un mail à l'AFP.

Il a ajouté que les impuretés telles que des fibres peuvent adhérer aux masques lors de l'emballage, notamment parce que "les masques sont chargés en électricité statique".

Il en va de même pour l'environnement dans lequel le masque est stocké. "La charge électrostatique attire et filtre les fibres. Par exemple, si vous portez un masque dans votre poche, les fibres se fixeront automatiquement au masque", a-t-il détaillé.

L'EAU OU L'AIR FONT BOUGER LES FILS

Beaucoup d'internautes sont convaincus que les fibres sont des organismes vivants parce qu'elles "bougent". Mais il y a aussi une raison. Ces fibres sont si légères qu'elles sont transportées par des courants d'air que nous ne ressentons peut-être pas.

Comme nous l'avons déjà vu plus haut, l'électricité statique peut être une autre explication à ce mouvement.

Dans certaines de ces vidéos, les auteurs mettent les masques sous l'eau, en affirmant que cela fait réagir les "parasites".

"Lorsque vous essayez d'attraper un objet dans la piscine, il s'éloigne d'abord légèrement parce que vous avez créé une vague avec votre main. De même, lorsque vous approchez du fil avec la pointe d'une pince à épiler, cela crée une petite vague et le fil bouge. Cependant, cela ne prouve en aucun cas que la particule est vivante ou qu'elle peut se déplacer d'elle-même", a expliqué Jana Nebesarova.

Dans toutes les vidéos que nous avons vues, les gens touchent le masque à mains nues ou avec un objet, le font bouillir, le mettent sur la table de la cuisine, dans l'évier... Il existe de nombreuses possibilités de créer un mouvement et donc une illusion de "vie".

LES "MORGELLONS" NE SONT PAS DES PARASITES

L'auteur de la vidéo Youtube affirme que les filaments sont des "morgellons", nom donné à une maladie controversée qui consiste à ressentir des filaments sous la peau et que certains scientifiques qualifient de délire psychotique.

"La maladie de Morgellon est une affection cutanée controversée et inexpliquée", écrit ainsi sur son site la Mayo Clinic, un centre médical universitaire basé à Rochester, dans le Minnesota (Etats-Unis).

Une étude menée par l'Agence américaine de contrôle des maladies (CDC) sur 115 patients entre 2006 et 2008 a relevé qu '"aucun parasite ou microbactérie n'a été détecté" après des prélèvements sur la peau.

"La plupart des matériaux collectés sur les peaux des participants étaient constitués de cellulose, probablement d'origine coton", est-il précisé.

D'autres études considèrent la maladie de "maladie de Morgellon" comme l'expression d'une "parasitose délirante" (la conviction d'être infesté par des parasites, NDLR).

"Ce phénomène a été appelé 'maladie de Morgellon' par les patients eux-mêmes, bien qu'il y ait un manque de preuves médicales de son existence", lit-on ainsi dans un article publié en 2010 par la Société allemande de dermatologie.