Le Brésil a franchi jeudi le seuil de 200.000 morts du Covid-19, tandis que l'OMS appelait l'Europe à se mobiliser davantage face à la "situation alarmante" créée par le nouveau variant plus contagieux du coronavirus.

Au Brésil, le virus a fait 200.498 morts, le deuxième bilan le plus lourd après les Etats-Unis (364.691 décès), et les spécialistes s'attendent au pire en ce début d'année.

Mais le dernier bulletin officiel du ministère de la Santé met en évidence d'autres données inquiétantes: un record de nouvelles contaminations (87.843) et pas moins de 1.524 nouveaux décès enregistrés au cours des dernières 24 heures, le deuxième chiffre le plus élevé depuis le début de la pandémie.

Les espoirs de voir la situation s'améliorer en 2021 au Brésil ont été douchés car la campagne de vaccination n'a pas encore débuté, alors que de nombreux pays ont déjà commencé à vacciner leur population, y compris l'Argentine voisine.

Sans compter les dérapages à répétition du président d'extrême droite Jair Bolsonaro qui reste dans le déni absolu, minimisant la gravité d'un virus qu'il avait qualifié de "petite grippe".

Le chef de l'Etat a remis en cause tour à tour le confinement, les masques de protection et à présent les vaccins. Il n'a pas hésité à affirmer d'un ton provocateur que les personnes vaccinées pourraient se transformer en "femmes à barbe" ou en "crocodiles" en raison des effets secondaires.

"J'ai de la peine, nous atteignons aujourd'hui les 200.000 morts", mais "la vie continue, nous le déplorons profondément", a déclaré M. Bolsonaro dans son émission hebdomadaire sur Facebook, réitérant sa critique du confinement.

"Il ne sert à rien de continuer (...) cette vieille histoire de rester à la maison et de s'occuper ensuite de l'économie. Cela ne va pas fonctionner", a-t-il dit. "Nous ne pouvons pas nous transformer en un pays de pauvres, de chômeurs", a-t-il ajouté.

"TROP DE SOUFFRANCE"

Le Brésil est touché de plein fouet par la deuxième vague de contaminations depuis novembre, et les rassemblements liés aux fêtes de fin d'année n'ont fait qu'empirer la situation.

Le nombre de décès causés par le virus a augmenté de 65% en décembre par rapport novembre et la moyenne de morts quotidiennes de cesse d'augmenter. "Je ne sais même pas comment on va survivre au mois de janvier", dit à l'AFP l'épidémiologiste Paulo Lotufo, de l'Université de Sao Paulo.

"Les professionnels de santé sont épuisés, ils ont vu trop de souffrance", poursuit-il. Dans les plus grandes villes du pays, comme Sao Paulo, Rio de Janeiro ou Belo Horizonte, le taux d'occupation des lits de soins intensifs est supérieur à 90%.

A Manaus (nord), les cimetières sont à nouveau débordés, avec une augmentation de 80% des enterrements ces deux dernières semaines. Dans cette métropole nichée au coeur de la forêt amazonienne, on assiste au retour de scènes cauchemardesques d'avril-mai, avec l'installation de chambres frigorifiques de fortune à l'extérieur des hôpitaux pour y entasser les morts.

Aucune date précise n'a encore été fixée pour le début de la campagne nationale de vaccination, et le plan présenté par le gouvernement a fait l'objet de nombreuses critiques, aussi bien de la part de spécialistes que d'opposants politiques.

Jeudi le ministre de la Santé Eduardo Pazuello a estimé que le coup d'envoi pourrait être donné "au mieux le 20 janvier", mais qu'il pourrait être repoussé "à la mi-février ou début mars", selon le délai de l'approbation des vaccins par l'agence régulatrice Anvisa.

La première demande d'autorisation doit être déposée vendredi matin par l'Institut Butantan de Sao Paulo, responsable de la fabrication et de la distribution au Brésil du vaccin CoronaVac, du laboratoire chinois Sinovac.

"BRESIL EN FAILLITE"

"La liste d'erreurs du gouvernement dans la gestion de la pandémie est la plus longue au monde", déplore l'analyste politique Sylvio Costa, fondateur du site Congresso em Foco.

"Bolsonaro est le plus obstiné des coronasceptiques, et c'est une vraie catastrophe pour le Brésil", insiste-t-il. Au-delà des milliers de familles endeuillées, la crise sanitaire a aussi de terribles conséquences sociales.

Le gouvernement a dû mettre fin en janvier au versement des "aides d'urgence" versées aux 68 millions de Brésiliens les plus pauvres, soit un tiers de la population.

Ce programme a permis au président Bolsonaro de bénéficier d'une bonne cote de popularité, mais au prix d'un déficit public jugé insoutenable. "Le Brésil est en faillite, je ne peux rien faire", a soutenu le chef de l'Etat mardi, pointant un "virus amplifié par les médias".