L'opposition bélarusse a de nouveau manifesté dimanche dans les rues de Minsk pour réclamer le départ du président Alexandre Loukachenko, privilégiant désormais la multiplication de petits rassemblements à l'habituelle grande marche organisée dans le centre de la capitale.

Selon les médias locaux, une vingtaine de rassemblements ont été recensés dimanche dans différents quartiers de Minsk, chacun regroupant quelques centaines ou milliers de manifestants sous un temps hivernal, marqué par des températures proches de 0°C et des chutes de neige.

"Notre objectif: de nouvelles élections libres, la démission de Loukachenko, la libération des prisonniers politiques", a déclaré à l'AFP Dmitri Goloubev, un manifestant de 20 ans tenant un drapeau rouge et blanc de l'opposition dans un quartier du nord de la capitale.

"Nous ne sommes pas des gens mauvais ou des agents de l'étranger, comme nous appellent Loukachenko et (le chef de la diplomatie russe) Lavrov, nous sommes des citoyens bélarusses qui voulons la paix, la tranquillité et le respect des droits de l'Homme", a ajouté le jeune étudiant.

"De grandes colonnes se sont assemblées dans tous les quartiers de Minsk, sans exception. La police de Loukachenko se précipite désespérément de district en district", a commenté la chaîne Telegram NEXTA Live, qui coordonne en partie la mobilisation.

Comme chaque dimanche, le centre-ville de Minsk a été bouclé, plusieurs stations de métro fermées et le réseau internet mobile limité. La police anti-émeutes a, elle, été déployée en nombre, accompagnée de véhicules blindés et de canons à eau.

Des échauffourées ont eu lieu, la police dispersant des petits groupes avec des grenades lacrymogènes. Environ 250 personnes ont été arrêtées, selon la police de Minsk.

"Que chacun sorte dans les rues de son quartier et voie les dizaines, les centaines, les milliers de ses compagnons", a déclaré samedi dans une vidéo la figure de proue de l'opposition, Svetlana Tikhanovskaïa, en exil en Lituanie, au sujet de cette action baptisée "Marche des voisins".

Des policier courent pour disperser des manifestants de l'opposition, le 29 novembre 2020 à Minsk, au Bélarus / © AFP

La réponse répressive des autorités, qui empêchaient les manifestants de se réunir avec à la clef des centaines d'arrestations, avait rendu ces dernières semaines très difficile l'organisation des grandes marches réunissant jusqu'à 100.000 personnes depuis mi-août.

Les Bélarusses protestent contre la réélection d'Alexandre Loukachenko, officiellement vainqueur de l'élection présidentielle du 9 août avec plus de 80% des voix.

Les manifestations hebdomadaires ont réuni jusqu'à plus de 100.000 personnes, un record pour cette ex-république soviétique de 9,5 millions d'habitants, indépendante depuis 1991, mais la mobilisation était en baisse ces dernières semaines alors que le pouvoir écarte toute concession.

Des policiers arrêtent des manifestants de l'opposition, le 29 novembre 2020 à Minsk, au Bélarus / © AFP

Depuis le début de la contestation, au moins quatre personnes sont mortes lors de manifestations ou après leur interpellation, mais d'autres décès suspects laissent présager un bilan plus lourd. De nombreux manifestants arrêtés ont par ailleurs fait état de tortures durant leur détention et les figures de l'opposition sont soit en prison, soit en exil.

Soutenu par Moscou, Alexandre Loukachenko refuse de quitter le pouvoir et n'a évoqué que de vagues réformes constitutionnelles pour tenter de calmer la protestation.