Une attaque qualifiée de "manifestement terroriste", ce vendredi à Paris près des anciens locaux de Charlie Hebdo, a fait deux blessés. On en sait plus sur l'un des principaux suspects.

Une attaque à l'arme blanche a fait deux blessés vendredi à Paris près des anciens locaux de Charlie Hebdo, en plein procès de l'attentat meurtrier qui avait visé l'hebdomadaire satirique en janvier 2015, et deux suspects ont été interpellés par la police.

Le parquet national antiterroriste (Pnat) a été saisi d'une enquête pour "tentative d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste", confiée à la brigade criminelle et à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

"Manifestement c'est un acte de terrorisme islamiste", a estimé le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin sur France 2, déplorant "une nouvelle attaque sanglante contre notre pays".

UN SEUL ASSAILLANT

Il visait Charlie Hebdo, furieux de la republication des caricatures du prophète Mahomet. Au lendemain de l'attaque au hachoir qui a fait deux blessés devant les anciens locaux du journal satirique ciblés il y a cinq ans, le principal suspect de l'attaque a "assumé son acte" en garde à vue.

En plein procès de l'attentat meurtrier contre "Charlie" en janvier 2015, Hassan A., 18 ans, né à Manddi Bahaudin au Pakistan, "assume son acte qu'il situe dans le contexte de la republication des caricatures qu'il n'a pas supportée", a indiqué une source proche de l'enquête. Le suspect pensait que l'hebdomadaire se trouvait toujours dans les locaux du XIè arrondissement, selon cette source.

"Tout laisse à penser qu'il a agi seul", a précisé une source proche du dossier. Le jeune homme, arrêté vendredi midi près de la place de la Bastille, n'était pas fiché pour radicalisation et parle un peu français, a-t-elle ajouté.

DEUX BLESSÉS

Les deux blessés font partie de l'agence Premières Lignes, dont l'immeuble se situe au 10, rue Nicolas Appert (XIe arrondissement), là où se trouvaient les anciens locaux de Charlie Hebdo. Ils avaient déjà été les témoins impuissants à l'attaque de janvier 2015.

"Cela s'est passé vers 11H45, un homme est arrivé et a attaqué avec un hachoir deux salariés qui fumaient devant l'immeuble, un homme et une femme", a déclaré à l'AFP Paul Moreira, fondateur et co-dirigeant de Premières Lignes. "L'homme et la femme ont été tous les deux très gravement blessés", a-t-il ajouté.

"Toute l'équipe de Charlie apporte son soutien et sa solidarité à ses anciens voisins et confrères" de Première Ligne "et aux personnes touchées par cette odieuse attaque", a indiqué l'hebdomadaire satirique sur Twitter. "On est choqués, très choqués. J'étais là le 7 janvier (2015). C'était au même endroit. J'ai eu l'impression de revivre la scène. Je n'ai pas de mots", a confié à l'AFP un journaliste de Première Ligne.

Un large périmètre de sécurité a été établi autour du lieu de l'attaque. Suspendu jeudi après le malaise d'un accusé, le procès des attentats de janvier 2015 a repris vendredi sans aucune mention par la cour d'assises spéciale de Paris de cette attaque, selon une journaliste de l'AFP.

UN SUSPECT, ÂGÉ DE 18 ANS, SERAIT NÉ AU PAKISTAN

Un "auteur principal" a été interpellé par la police près de la place de la Bastille, a indiqué le procureur national antiterroriste Jean-François Ricard. Le premier suspect, né au Pakistan, est âgé de 18 ans et a été arrêté en juin en possession d'une arme blanche, "un tournevis", selon M. Darmanin. Il était arrivé en France encore mineur, il y a trois ans.

Pris en charge par l'aide sociale à l'enfance dans le Val d'Oise, il ne présentait "aucun signe de radicalisation" jusqu'à sa majorité, en août dernier, a assuré le conseil départemental.

Peu après l'attaque, un Algérien de 33 ans a également été interpellé près des lieux et placé en garde à vue, une mesure levée à 23h30 vendredi, selon une source judiciaire. Selon une source proche du dossier, son récit qui "consiste à dire qu'il a été témoin, a poursuivi l'auteur et a ensuite été menacé, a été corroboré par l'enquête". Sur Twitter, son avocate Me Lucie Simon a évoqué un "jeune homme héroïque qui a tenté d'arrêter l'assaillant".

Deux domiciles présumés du principal suspect, présenté comme "itinérant" de sources concordantes, ont été perquisitionnés vendredi, un hôtel social situé à Cergy (Val-d'Oise) et un à Pantin (Seine-Saint-Denis).

Cinq hommes qui se trouvaient dans ce dernier domicile présumé ont été placés en garde à vue vendredi après-midi et un sixième vendredi dans la soirée, un "ancien colocataire du principal suspect quand il résidait dans l'hôtel social" à Cergy, ce qui portait à sept le nombre de gardes à vue samedi matin.

DES MENACES 

La rédaction de Charlie Hebdo fait l'objet de nouvelles menaces depuis que l'hebdomadaire a republié des caricatures de Mahomet le 2 septembre, à l'occasion de l'ouverture du procès des attentats de janvier 2015, qui doit se tenir jusqu'au 10 novembre.

De l'étranger, le président du Conseil européen Charles Michel et le Premier ministre italien Giuseppe Conte ont exprimé leur "solidarité avec le peuple français".

En revanche, devant les Nations unies, le Premier ministre pakistanais Imran Khan a dénoncé, dans un discours pré-enregistré, "l'islamophobie" dont, selon lui, la re-publication début septembre "des croquis blasphématoires de Charlie Hebdo en sont (un) exemple récent".

Depuis la vague d'attentats jihadistes sans précédent amorcée en 2015 en France et qui a fait 258 morts, plusieurs ont été perpétrés à l'arme blanche, dont les attaques de la préfecture de police de Paris en octobre 2019 ou celle de Romans-sur-Isère en avril dernier.

L'attaque se déroule quelques jours après l'exfiltration de son domicile de la directrice des ressources humaines de Charlie Hebdo, Marika Bret, en raison de menaces jugées sérieuses.

Près d'une centaine de médias (journaux, magazines, chaînes de télévision et radios) ont publié en réaction mercredi une lettre ouverte appelant les Français à se mobiliser en faveur de la liberté d'expression.

"Aujourd'hui, en 2020, certains d'entre vous sont menacés de mort sur les réseaux sociaux quand ils exposent des opinions singulières. Des médias sont ouvertement désignés comme cibles par des organisations terroristes internationales", pouvait-on lire dans cette lettre intitulée "Ensemble, défendons la Liberté".

Le 7 janvier 2015, les frères Kouachi avaient attaqué la rédaction de Charlie Hebdo à l'arme de guerre, y assassinant 12 personnes, dont les dessinateurs historiques Cabu et Wolinski, avant de prendre la fuite.

Leur périple meurtrier avait pris fin dans une imprimerie de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne) où ils s'étaient retranchés avant d'être tués dans un assaut du GIGN.