Du Portugal à l'Allemagne, en passant par la Suisse, le Danemark ou l'Autriche, plusieurs pays ont rouvert lundi restaurants, cafés et terrasses, mais ce n'est pas encore le cas au Luxembourg, en France et en Belgique.

En Italie, un des pays les plus endeuillés par la pandémie, et le premier à avoir adopté un confinement total de sa population, l'heure est enfin venue, ce lundi, de déguster un café en terrasse. Mais les passants semblent réticents. Dans le centre historique de Rome, sur la Piazza Navona, tous les cafés sont restés fermés, sauf un, qui arbore un "Good Morning, Welcome for Breakfast" à l'intention des visiteurs étrangers. Les tables sont alignées, mais pas de clients en vue.

A Rome / © AFP

A quelques pas de là, au San Eustachio Il Caffe, un des cafés préférés des touristes, le propriétaire Raimondo Ricci déplore le manque de clients. "Il n'y a personne ici. Que ce soit ouvert ou fermé, c'est du pareil au même", confie-t-il.

LE SECTEUR DE L'HÔTELLERIE-RESTAURATION PLOMBÉ PAR LE VIRUS

Au Luxembourg, le gouvernement a annoncé que les restaurants pourraient "si tout va bien" rouvrir le 1er juin prochain. Les professionnels du secteur Horeca préparent activement cette date et plaident pour l'avancer au week-end de Pentecôte. La Fédération nationale des Hôteliers, Restaurateurs et Cafetiers du Grand-Duché a même élaboré un guide sanitaire pour le secteur en collaboration avec la Chambre de Commerce.

En France, les restaurants pourront rouvrir le 2 juin dans les zones vertes uniquement, mais sous conditions... Les règles de distanciation sociale posent la question de l'aménagement même des établissements. En principe, c'est une personne pour 4 m2 et pas plus de 10 personnes dans une salle, selon le protocole national de déconfinement.

Et la clientèle sera-t-elle au rendez-vous? Les chefs redoutent le monde d'après et beaucoup ont choisi de continuer la vente à emporter, inaugurée pendant leur confinement.

Partout les plus grandes tables anticipent des lendemains difficiles, obscurcis par la peur du virus et la distanciation imposée dans les salles. "Les mois à venir seront compliqués. C'est pourquoi, même rouverts, on va diversifier nos offres", explique Gaëtan Gentil, chef étoilé du restaurant Prairial, au coeur de Lyon.

En Belgique, les professionnels du secteur n'espèrent pas une réouverture avant le 8 juin, et la phase 3 du déconfinement. Et encore, pas pour les bars, a précisé la Première Ministre Sophie Wilmès.

L'AUTRICHE ET L'ALLEMAGNE PARMI LES PREMIERS

Dans certaines zones peu touchées en Allemagne, comme à Berlin, les cafés et restaurants ont été autorisés à rouvrir, mais en respectant scrupuleusement les gestes barrières. Le plus grand Etat allemand en superficie, la Bavière, a annoncé la réouverture des restaurants et hôtels à partir du 25 mai. Les Biergarten, en extérieur ont déjà pu ouvrir, notamment à Munich.

En Autriche aussi, les cafés ont rouvert leurs portes vendredi avec les nouveaux rituels du coronavirus. La liste des nouvelles règles à observer peut d'ailleurs sembler intimidante: pas plus de quatre adultes par table, pas de salière, poivrière, ni de corbeille à pain sur les tables, désinfection des surfaces après le passage de chaque client, fermeture des établissements à 23 heures.

A Vienne / © AFP

MÊME PAS PEUR!

Au Portugal, aussi les restaurants ont ouvert leurs portes aujourd'hui 18 mai, avec des restrictions de capacité d’accueil de 50%.

Au Danemark
, les restaurateurs ont fébrilement rouvert leurs portes après deux mois de fermeture."Faut y aller, faut pas avoir trop peur", résume un cuisinier de Copenhague.

A Copenhague, Eric Poezevara attendait impatiemment les clients aussi bien dehors, où il peut disposer quelques tables, qu'à l'intérieur. "L'ambiance va être un peu bizarre. On va au resto pour passer un bon moment mais là, c'est sûr, les gens vont être un peu tendus, on va se jeter des regards se disant: tu l'as, tu l'as pas?", reconnaissait le restaurateur avant le rush.

Son restaurant, "L'éducation nationale", pourra accueillir deux fois moins de clients afin de respecter les consignes sanitaires, qui recommandent un mètre de distance entre les tables, la mise à disposition de solutions hydroalcooliques et de porter une attention accrue à l'hygiène.

IMPATIENCE

Assise à la terrasse d'un café populaire de Nørrebro, dans la capitale danoise, Cecilia, la quarantaine, qui enseigne le yoga, savoure un début de retour à la normalité.

"J'avais hâte de voir les gens dans la rue, détendus (...), voir les gens sortir, j'étais impatiente de voir ça", résume-t-elle. Mais au Danemark, beaucoup de restaurants et de cafés vont rester portes closes encore quelque temps pour s'organiser.

En Albanie, outre le désinfectant pour les mains en libre-service, les employés des restaurants et des bars portent des gants et des masques et les tables, qui doivent être espacées de trois mètres, ne peuvent chacune accueillir plus de deux personnes.

"Aujourd'hui, avec l'ouverture des bars, la vie à Tirana prend un nouveau souffle après que ses habitants ont été enfermés dans leurs cages pendant plusieurs semaines", explique Sokol Hoti, un trentenaire attablé à la terrasse du Santa bar, dans le centre de la capitale albanaise.

En Espagne, à l'exception de Madrid et de Barcelone, les cafés et les terrasses rouvrent également, au rythme de l'assouplissement des restrictions en vigueur. Dans la capitale du Kazakhstan, Nour-Sultan, les serveurs sont gantés et masqués et les clients doivent faire vérifier leur température à l'entrée des restaurants.

Dans ce pays, des restaurants ont ouvert partout sauf dans la plus grande ville, Almaty, en tête du nombre des cas de nouveau coronavirus.

En Azerbaïdjan, des restaurants et des cafés ont également rouvert mais sont restés largement déserts. Quatre heures après l'ouverture, Natik Aliyev, le gérant d'un café du centre de la capitale Bakou, se lamente de n'avoir eu que deux clients. "Les gens ont toujours peur et évitent l'espace public", explique-t-il.