Plusieurs études scientifiques montrent que la proportion de fumeurs est faible parmi les patients hospitalisés pour une infection au coronavirus.

UN FAIBLE TAUX DE FUMEURS PARMI LES MALADES

Les chiffres ont de quoi surprendre! Plusieurs études scientifiques, en France, aux États-Unis et en Chine arrivent à une conclusion pour le moins étonnante. Les fumeurs seraient moins atteints que les autres par le virus.

L'étude révélée par France-Inter ce matin, menée par une équipe de l'hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris et par le neurobiologiste mondialement reconnu, Jean-Pierre Changeux, révèle que le taux de fumeurs parmi les patients infectés était d’environ 5%. Et cela alors qu'ils représentent 25,4 % de la population en France.

Une autre étude, chinoise cette fois, publiée fin mars dans le New England Journal of Medicine et portant sur plus de 1000 personnes infectées a montré que la proportion de fumeurs était de 12,6 %. Là encore, elle est bien inférieure à la proportion de fumeurs en Chine (28 %).

UNE VERTU DE LA NICOTINE?

Ce ne serait pas le tabac, mais la nicotine qui aurait des vertus préventives contre le Covid-19. Elle pourrait empêcher le virus de pénétrer dans les cellules. Des chercheurs français suggèrent que l’infection par le SARS-CoV-2 fait intervenir le récepteur nicotinique de l’acétylcholine.

Jean-Pierre Changeux, membre de l’Académie des Sciences, pense savoir que la nicotine empêcherait le Covid-19 de pénétrer dans les cellules des fumeurs. "L'idée est que la nicotine interfèrerait avec l'attachement du coronavirus sur le récepteur de la nicotine, et puisse donc s'opposer à la propagation du virus", avance-t-il. L'hypothèse de la nicotine reste toutefois à prouver. D'où l'importance des essais cliniques. Mais compte-tenu de l’urgence sanitaire, des études cliniques sont en cours pour évaluer rapidement l’impact thérapeutique des agents modulateurs du récepteur nicotinique.

Dès le feu vert final obtenu, des patchs nicotiniques vont être administrés à des dosages différents dans trois essais, à l'hôpital de La Pitié-Salpêtrière à Paris: en préventif à des soignants, pour voir si cela les protège; en thérapeutique à des patients hospitalisés en médecine, pour tenter de diminuer leurs symptômes; et enfin à des patients graves en réanimation, détaille le Pr Amoura.

La nicotine pourrait amoindrir l'hyper-inflammation, les "orages de cytokine", qui semblent jouer un rôle clé dans les cas graves de Covid-19 et laissent la médecine relativement démunie.

LE TABAC RESTE UN POISON

Pas question pour autant de se mettre tous à fumer. Ces études ne doivent pas inciter la population à se ruer sur les cigarettes et les patchs. Fumer altère les poumons et ce n'est pas bon pour la santé (cancers, accidents cardiaques, bronchites chroniques graves...), rappellent les médecins. Fumer reste un fléau qui fait beaucoup plus de victimes que le Coronavirus. Les spécialistes estiment que le tabac fait 7 millions de morts dans le monde chaque année.