Donald Trump a beau accuser la Chine de ne pas avoir partagé assez tôt des informations cruciales, les faits sont implacables: l’Organisation Mondiale de la Santé avait lancé un appel à la communauté internationale pour que chaque pays prenne des mesures afin d’endiguer l’épidémie de coronavirus. Cela dès le 30 janvier.

30 JANVIER: "URGENCE DE PORTÉE INTERNATIONALE"

Nous sommes le 30 janvier. Une quinzaine de jours plus tôt, le 13, l’Organisation mondiale de la Santé confirmait un cas d’infection par un nouveau coronavirus en Thaïlande. La personne infectée voyageait en provenance de Wuhan en Chine. À l’occasion d’une mission de deux jours en Chine entamée le 28 janvier, l’OMS publie un communiqué qui ne laisse pas la place au doute. En voici un extrait:

Le Comité est d’avis qu’il est encore possible d’interrompre la propagation du virus, pour autant que les pays prennent des mesures fortes pour détecter rapidement la maladie, isoler et traiter les cas, rechercher les contacts et réduire les contacts sociaux dans une mesure adaptée au risque [...] Le Comité est convenu que la flambée épidémique remplit désormais les critères d’une USPPI (urgence de santé publique de portée internationale) et a proposé que les conseils suivants soient communiqués en tant que recommandations temporaires.

On peut s’attendre dans n’importe quel pays à l’apparition de nouveaux cas exportés de Chine. Par conséquent, tous les pays doivent être prêts à prendre des mesures pour endiguer l’épidémie, notamment par une surveillance active, un dépistage précoce, l’isolement et la prise en charge des cas, la recherche des contacts et la prévention de la poursuite de la propagation de l’infection par le 2019-nCoV, et à communiquer l’ensemble des données à l’OMS.

RTL 5Minutes a sollicité l'organisation basée à Genève pour connaître son avis sur la réponse apportée par les pays européens. Catherine Smallwood, Senior Emergency Officer à l'OMS, nous a répondu que "les mesures mises en œuvre varient d'un pays à l'autre [...] Les décisions sur les mesures à prendre doivent être fondées sur une évaluation de la situation et du contexte culturel, parallèlement aux conseils de l'OMS."

© OMS

28 FÉVRIER: "MENACE TRÈS ÉLEVÉE"

C'est à cette date que l'Organisation mondiale de la santé porte à "très élevé", son degré le plus haut, le niveau de menace. À ce stade, le nouveau coronavirus a contaminé quelque 79.000 personnes en Chine et plus de 5.000 dans le reste du monde.

3 MARS: "LES SOIGNANTS ONT BESOIN DE CES ÉQUIPEMENTS"

En France par exemple, la pénurie de masques de protection (en particulier les masques FFP2) a fait débat ces derniers jours. Le 3 mars, l'OMS avait pourtant alerté l'opinion dans un communiqué dont sont extraites les phrases suivantes:

L’Organisation mondiale de la Santé souligne que les problèmes croissants d’approvisionnement en équipements de protection individuelle [...] mettent des vies en danger face au nouveau coronavirus et à d’autres maladies infectieuses. Les soignants ont besoin de ces équipements pour se protéger eux-mêmes et éviter que leurs patients soient infectés ou infectent autrui.

Or, en raison de la pénurie, les médecins, le personnel infirmier et les autres agents de santé en première ligne sont dangereusement sous-équipés pour soigner les patients atteints de COVID-19, du fait de leur accès limité aux gants, masques médicaux, respirateurs, lunettes de protection, écrans faciaux, blouses et autres tabliers.

5 MARS: "C'EST LE MOMENT D'Y ALLER À FOND"

Le 5 mars, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, monte d'un cran dans une prise de parole, déplorant qu’une "longue liste de pays" n’aient pas encore mobilisé l’ensemble de leur gouvernement.

"Ce n’est pas un exercice. Ce n’est pas le moment d’abandonner, ce n’est pas le moment de trouver des excuses, c’est le moment d’y aller à fond [...] Nous sommes préoccupés par le fait que dans certains pays, le niveau d’engagement politique et les actions qui démontrent cet engagement ne correspondent pas au niveau de la menace à laquelle nous sommes tous confrontés", a-t-il ajouté, sans nommer ces pays.

7 MARS: "CHAQUE GOUVERNEMENT DOIT ABSOLUMENT MAÎTRISER LA PROPAGATION"

Dans la foulée de ces déclarations, l'OMS publie un nouveau communiqué le 7 mars, dans lequel les recommandations sont claires:

Chaque gouvernement doit absolument maîtriser la propagation, faute de quoi ses citoyens en pâtiront et les autres pays aussi [...] Chacun peut apporter sa contribution, se protéger, protéger les autres, chez soi, dans les communautés, dans le système de soins, au travail ou dans les transports.

Les dirigeants à tous les niveaux et dans tous les domaines d’activité doivent aller de l’avant pour relayer cet engagement dans toute la société.

Lorsque nous avons demandé à Catherine Smallwood ce que l'OMS pensait du maintien des élections municipales en France le 15 mars, sa réponse fut des plus laconiques: "La décision de tenir une élection appartient aux autorités françaises."

 

LA GRANDE RÉGION: UNE ZONE À RISQUE?

RTL 5Minutes a également évoqué la situation particulière du Luxembourg avec la spécialiste de l'OMS, afin de savoir si le flux important de travailleurs frontaliers en faisait une zone à risque. "Il y a une énorme quantité de mouvements à travers les frontières, a réagi Catherine Smallwood, on peut le constater en de nombreux endroits. Le Règlement sanitaire international de 2005 a justement été créé pour gérer ce genre de situation en fournissant un cadre pour la coordination et la coopération face aux menaces internationales pour la santé. Il vise à contrôler les maladies à leur source tout en minimisant tout impact sur les voyages et le commerce."

A l'issue de cette crise, certains gouvernements devront sans doute répondre de leurs décisions. Cependant l'heure n'est pas à la polémique mais à l'urgence sanitaire.

L’OMS a vu le jour avec l'entrée en vigueur de sa Constitution le 7 avril 1948 (date que nous célébrons maintenant chaque année en tant que Journée mondiale de la Santé) signée pour la France par le Nancéien Jacques Parisot. Plus de 7000 personnes travaillent dans 150 bureaux de pays, dans six bureaux régionaux et au Siège à Genève.