A deux jours du Brexit, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo arrive mercredi à Londres pour tenter d'aplanir les divergences avec son allié historique, Huawei en tête, avant de s'atteler à former une nouvelle union commerciale.

Cette visite intervient au lendemain de la présentation du plan de paix pour le Proche-Orient du président américain Donald Trump, que le Royaume-Uni est l'un des rares pays à avoir accueilli positivement.

"Il s'agit clairement d'une proposition sérieuse" ayant nécessité "beaucoup de temps et d'efforts", a salué mardi le ministre britannique des Affaires étrangères Dominic Raab, des déclarations qui participeront à adoucir les relations entre les deux pays.

Car même assorti de garde-fous, le feu vert du Royaume-Uni à une participation du groupe télécom chinois Huawei à son réseau 5G vient défier des avertissements répétés de Washington.

Il vient allonger la liste des sujets qui fâchent devant être abordés pour la première étape de la tournée du secrétaire d'Etat américain en Europe et en Asie, qui le conduira aussi à Kiev en plein procès en destitution de Donald Trump dans l'affaire ukrainienne.

A Londres, M. Pompeo doit "réaffirmer la relation spéciale" américano-britannique et "discuter de la manière d'élargir et approfondir les liens commerciaux" après la sortie historique du Royaume-Uni de l'Union européenne le 31 janvier, selon le département d'Etat américain.

Il s'entretiendra mercredi soir avec son homologue britannique Dominic Raab, puis avec le Premier ministre Boris Johnson le lendemain à Downing Street, a précisé le gouvernement britannique.

Le président des Etats-Unis Donald Trump soutient avec ferveur le Brexit mis en oeuvre par le chef de gouvernement conservateur, et lui a promis un accord commercial bilatéral "énorme" et "magnifique".

Mais les négociations s'annoncent ardues: malgré la proximité affichée par les deux dirigeants, les discussions risquent d'être brouillées par une série de dissensions.

A la veille de la visite de Mike Pompeo, Londres a donné son accord à une participation limitée du géant chinois des télécoms au réseau 5G au Royaume-Uni, faisait fi des pressions de Washington qui invoquait sa proximité avec le gouvernement chinois et des risques d'espionnage.

Les Britanniques n'ont autorisé Huawei que dans les infrastructures non stratégiques comme les antennes-relais. Le groupe ne pourra pas prendre part au "coeur" du réseau, notamment les serveurs où transitent les données des utilisateurs, ni être présent dans des zones géographiques sensibles comme les bases militaires.

Devant les députés, Dominic Raab a assuré que cette décision préservait la capacité de son pays à "partager des renseignements très sensibles via des réseaux très sécurisés".

- "Menaces" -

Insatisfaisant pour les Etats-Unis, qui se sont dits "déçus".

"Les Américains avaient menacé de conséquences sur la coopération en matière de renseignement" si Londres travaillait avec Huawei, a indiqué à l'AFP Ian Bond, du centre de réflexion Centre for European Reform. "Les Britanniques n'ont pas pris ces menaces très au sérieux et nous allons maintenant savoir s'ils auraient dû les prendre plus au sérieux ou non".

Un stand Huawei dans un magasin de Londres, en avril 2019 / © AFP/Archives

Ce dossier sensible s'ajoute à d'autres pommes de discorde entre les deux alliés, dont la "relation spéciale" a été mise à rude épreuve sous l'administration Trump: il y a le projet britannique de taxe sur les géants du numérique, mais aussi les divergences sur le dossier nucléaire iranien et encore refus des Etats-Unis d'extrader une femme de diplomate américain impliquée dans un accident de la route mortel en Angleterre.

Après Londres, Mike Pompeo se rendra à Kiev, où il s'entretiendra avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky "pour souligner le soutien américain à la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Ukraine", selon le département d'Etat.

Cette visite aura lieu pendant le procès en destitution qui s'est ouvert au Sénat américain contre le président des Etats-Unis, accusé d'avoir gelé une aide militaire cruciale à Kiev pour obtenir de son homologue ukrainien qu'il annonce des enquêtes sur le démocrate Joe Biden, bien placé pour l'affronter en novembre prochain dans la course à la Maison Blanche.

Après Kiev, Mike Pompeo se rendra en Belarus, au Kazakhstan et en Ouzbékistan.