L'Iran a nié catégoriquement vendredi la thèse selon laquelle le Boeing 737 qui s'est écrasé mercredi près de Téhéran aurait été touché par un missile, piste privilégiée par plusieurs pays, notamment le Canada dont nombre de citoyens ont péri dans le crash.

Citant une "source informée", l'agence de presse iranienne Fars a indiqué vendredi soir que "la cause du crash de l'avion ukrainien (serait) annoncée" samedi après une réunion de la commission d'enquête "en présence des parties (iraniennes) et étrangères".

Toute spéculation avant cette "annonce officielle" n'est "pas crédible", souligne-t-elle.

La catastrophe, qui a entraîné la mort de 176 personnes --essentiellement des Irano-Canadiens, mais aussi des Afghans, des Britanniques, des Suédois et des Ukrainiens--, est survenue avant l'aube, quelques heures après des tirs de missiles par Téhéran sur des bases utilisées par l'armée américaine en Irak.

Vendredi soir, le Canada a revu à la baisse, de 63 à 57, le nombre de ses ressortissants ayant péri dans le crash.

Londres et Ottawa ont affirmé que l'aéronef avait sans doute été abattu par un missile iranien, probablement par erreur, et des vidéos difficiles à authentifier circulent sur internet à l'appui de cette thèse.

"Une chose est sûre, cet avion n'a pas été touché par un missile", a affirmé le président de l'Organisation de l'aviation civile iranienne (CAO), Ali Abedzadeh, à la presse.

Sur Twitter, un conseiller du président Hassan Rohani, Hesamodin Ashena, a exhorté les médias travaillant en persan à l'étranger de ne "pas participer à la guerre psychologique" contre l'Iran dans cette affaire.

- Promesse de transparence -

Le vol PS752 de la compagnie Ukraine Airlines International (UAI) s'est écrasé à l'ouest de Téhéran, très vite après son décollage.

Une vidéo d'une vingtaine de secondes, qui montrerait le moment où un missile frappe l'appareil, a été largement diffusée sur les réseaux sociaux. On peut y voir un objet lumineux grimpant rapidement vers le ciel et frappant ce qui semble être un avion.

"Nous avons vu certaines vidéos", a déclaré M. Abedzadeh. "Nous confirmons que l'avion a été en feu pendant 60 à 70 secondes", mais dire "qu'il a été touché par quelque chose ne peut pas être correct sur le plan scientifique".

Alors que les appels à faire la vérité se multiplient, l'Iran promet une enquête "transparente" et de tout faire pour faciliter la tâche des pays comptant des ressortissants dans les victimes, dont l'Ukraine.

Kiev a annoncé que les experts ukrainiens envoyés en Iran avaient obtenu l'accès aux boîtes noires retrouvées mercredi peu après le crash.

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères Vadym Prystaïko a souligné que les enquêteurs ukrainiens bénéficiaient de la "coopération entière" de Téhéran.

"Nous prévoyons de commencer prochainement la reconstruction des conversations" qui sont enregistrées dans les boîtes noires, a-t-il annoncé.

Téhéran --avec qui Ottawa a rompu ses relations en 2012-- a dit aussi attendre l'arrivée d'une équipe canadienne chargée de "s'occuper des affaires relatives aux victimes canadiennes".

Mais le chef de la diplomatie canadienne a annoncé que l'Iran avait délivré seulement deux visas à la douzaine de représentants canadiens attendus sur son territoire, précisant avoir "espoir qu'on pourra rapidement résoudre le cas des dix autres visas".

François-Philippe Champagne a également annoncé la création par le Canada d'un groupe de coordination avec l'Ukraine, la Suède, l'Afghanistan et le Royaume-Uni qui parlera "d'une seule voix" en faveur d'une enquête "complète et transparente" sur les causes du crash.

L'Iran a par ailleurs invité Boeing, le constructeur américain de l'avion, à participer à l'enquête, ainsi que les Américains, les Canadiens, les Français et les Suédois à observer les méthodes de travail suivies par les Iraniens dans cette affaire.

Paris peut participer à l'enquête en tant que pays du constructeur des moteurs de l'avion.

Capture écran d'une vidéo fournie par Iran Press news agency montrant Ali Abedzadeh président de l'Organisation de l'aviation civile iranienne, lors d'une conférence de presse à Téhéran, le 10 janvier 2020 / © IRAN PRESS/AFP

L'agence américaine en charge de la sécurité des transports (NTSB) a annoncé que Washington allait aussi y participer, comme son homologue au Canada.

- "Peut-être pas intentionnel" -

"La thèse d'un missile frappant l'avion n'est pas exclue, mais elle n'est pas confirmée non plus", a affirmé le président ukrainien Volodymyr Zelensky avant que Kiev ne remercie Washington pour les "informations importantes" reçues des Etats-Unis sur la catastrophe, sans donner plus de détails.

Les Etats-Unis estiment également que l'appareil a "probablement" été abattu par un missile iranien, a indiqué le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo.

"Nous avons des informations de sources multiples" qui "indiquent que l'avion a été abattu par un missile sol-air iranien", avait déclaré jeudi le Premier ministre canadien Justin Trudeau. "Ce n'était peut-être pas intentionnel."

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau lors d'une conférence de presse à Ottawa, le 9 janvier 2020 / © AFP

Invoquant un "manque de clarté", les autorités suédoises ont suspendu vendredi les vols directs entre la Suède et l'Iran. Le groupe allemand Lufthansa a également annoncé l'annulation de ses vols quotidiens vers Téhéran jusqu'au 20 janvier.

Cette catastrophe est la pire connue par l'aviation civile en Iran depuis le drame de l'Airbus d'Iran Air (290 morts) que l'armée américaine avait assuré avoir abattu par erreur en 1988.