Le jour d'après une mobilisation massive: les syndicats opposés à la réforme des retraites, ragaillardis, décident vendredi de la suite du mouvement social, qui va continuer à perturber fortement les transports.

Jeudi, au moins 800.000 personnes, selon le ministère de l'Intérieur, sont descendues dans la rue partout en France, et des secteurs entiers d'activité ont tourné au ralenti en ce jeudi noir de grèves et manifestations contre le futur "système universel" de retraite. La CGT a revendiqué plus d'1,5 million de manifestants dans tout le pays, et y a vu "une première étape réussie". Une mobilisation "d'une ampleur rare, inédite depuis 2010 et 1995", lors de précédentes réformes des retraites, a abondé Force ouvrière.

La gare désertée de Grigny près de Lyon (centre-est) jeudi à l'occasion de la grève des transports contre la réforme des retraites défendue par le gouvernement français / © AFP

Le taux de grévistes au sein de la compagnie ferroviaire SNCF a atteint 55,6% jeudi, du jamais vu depuis 2007. Sept des huit raffineries françaises ont été en grève et les compagnies aériennes ont été priées de réduire de 20% leur programme. Nombre d'écoles sont restées closes. Le ministère de l'Éducation a recensé 51,15% d'enseignants grévistes dans le primaire et 42,32% dans le secondaire. Une partie seront de nouveau en grève vendredi. Grève aussi dans la police: les fonctionnaires ont effectué un service minimum, bloquant certains commissariats. Éboueurs, avocats, retraités, gilets jaunes, syndicats ou transporteurs routiers avaient aussi appelé à l'action.

Un total de 91 personnes ont été placées en garde à vue à Paris jeudi en marge de la manifestation dans la capitale contre la réforme des retraites, a indiqué vendredi le parquet de Paris. Parmi elles, 18 ont été déférées au parquet en vue d'éventuelles poursuites judiciaires, tandis que 19 procédures ont été classées sans suite, a précisé le parquet

Vendredi matin, 54 gardes à vue se poursuivaient.

LES TRANSPORTS CE VENDREDI

Vendredi, les transports devraient rester très perturbés: à la RATP, la reconduction du mouvement a été votée jusqu'à lundi et la direction prévoyait 10 lignes de métro fermées, comme jeudi. A la SNCF, la direction anticipe 90% de TGV et 70% de TER annulés.

Air France a annoncé l'annulation vendredi de 30% de ses vols intérieurs et 10% de ses moyen-courriers, EasyJet, Transavia et Ryanair laissant également des avions au sol.

Si vous comptez vous rendre au Luxembourg, voici le détail des perturbations à la frontière.

Le taux de grévistes mesuré vendredi midi à la SNCF est de 31,8% en moyenne, en recul par rapport à jeudi, avec toutefois une mobilisation plus prononcée des conducteurs et contrôleurs contre la réforme des retraites, a annoncé la direction du groupe ferroviaire.

Parmi les conducteurs, 87,2% étaient en grève vendredi matin, contre 85,7% la veille, tandis que 80% des contrôleurs (contre 73,3%) et 45,3% (contre 57%) des aiguilleurs ont répondu à l'appel à poursuivre le mouvement. Jeudi, le taux de grévistes moyen communiqué par la direction était de 55,6%.

ET CE WEEK-END?

Faut-il s'attendre à un nouveau rendez-vous dès samedi, pour gonfler les actions déjà prévues contre le chômage et la précarité? A une deuxième journée de grèves et manifestations mardi ou jeudi prochain? L'intersyndicale (CGT, FO, Solidaires, FSU...) et les organisations de jeunesse se réunissent vendredi matin au siège de Force ouvrière pour en décider.

Cortège de manifestants contre la réforme des retraites, le 5 décembre 2019 à Paris / © AFP

Regonflés par ce premier succès après des mois de marginalisation, les syndicats vont "proposer d'autres temps forts interprofessionnels, dès la semaine prochaine" afin de pousser le pouvoir à abandonner sa réforme, a prévenu la CGT.

Exhorté à s'exprimer, le Premier ministre Edouard Philippe doit prendre la parole à 15h30 pour "faire un point sur la mobilisation sociale" et détailler le calendrier des prochains jours, selon Matignon.

Tous les partenaires sociaux vont être reçus lundi par la ministre des Solidarités Agnès Buzyn et par le haut-commissaire aux Retraites Jean-Paul Delevoye, a annoncé Mme Buzyn en affirmant que la "colère des Français" a été "entendue".

Il s'agira de "tirer les conclusions" des rencontres avec les différents acteurs, a précisé dans la matinée M. Delevoye, avant de les remettre au Premier ministre, qui doit présenter l'architecture générale de la réforme en milieu de semaine prochaine.

L'intersyndicale CGT, FO, Solidaires, FSU et trois organisations de jeunesse ont appelé vendredi à une grève interprofessionnelle le mardi 10 décembre, avec une nouvelle intersyndicale le soir même pour "décider de la suite". La CFE-CGC préfère de son côté attendre les annonces du gouvernement.

Retraites : mobilisation du 5 décembre / © AFP

À l'origine de la colère: le "système universel" par points censé remplacer à partir de 2025 les 42 régimes de retraites existants (général, des fonctionnaires, privés, spéciaux, autonomes, complémentaires). L'exécutif promet un dispositif "plus juste", quand les opposants redoutent une "précarisation" des retraités.

Des sondages récents ont montré que le mouvement était majoritairement soutenu par les Français.