La fiancée turque du journaliste et dissident saoudien assassiné Jamal Khashoggi a appelé mardi à l'ouverture d'une enquête internationale sur ce meurtre "prémédité" dans lequel seraient impliqués de hauts responsables saoudiens.

M. Khashoggi, qui travaillait pour le Washington Post et résidait aux Etats-Unis, a été tué en octobre 2018 par des agents saoudiens à l'intérieur du consulat d'Arabie saoudite d'Istanbul où il était venu chercher des documents en vue de son mariage avec sa fiancée Hatice Cengiz.

"Il y a un besoin urgent d'une enquête internationale sur ce meurtre", a dit Mme Cengiz lors d'une table ronde en marge de la réunion du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU à Genève.

A l'issue d'une enquête de six mois, la rapporteure spéciale des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, Agnès Callamard, a publié la semaine dernière un rapport accablant contre l'Arabie saoudite, en parlant de "preuves crédibles" justifiant l'ouverture d'une enquête sur les liens du prince héritier Mohammed ben Salmane avec ce crime.

L'experte française a appelé le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, à lancer une telle enquête.

"Je ne pense pas que le monde puisse se permettre de fermer les yeux ou de tourner la page sur un meurtre comme celui de M. Khashoggi", a dit Mme Callamard, qui prenait part à cette table ronde.

Après avoir dans un premier temps nié le meurtre, Ryad avait avancé plusieurs versions contradictoires et soutient désormais que le journaliste a été tué lors d'une opération d'agents non autorisée par le pouvoir. La justice saoudienne a innocenté le prince héritier et inculpé 11 personnes, réclamant la peine de mort contre cinq d'entre elles.

"L'enquête menée par l'Arabie saoudite n'est pas légitime", a affirmé Mme Cengiz, en saluant "l'importance" du rapport de Mme Callamard qui a permis de ne pas "balayer (ce crime) sous le tapis".

"Un pays est accusé de meurtre (...) C'est vraiment un scandale énorme", a-t-elle ajouté.

"J'ai été témoin d'un meurtre horrible, d'un meurtre politique", a rappelé Mme Cengiz, qui attendait devant le consulat ce 2 octobre alors que son fiancé était en train de se faire tuer.

Elle a confié qu'elle n'avait pas encore surmonté ce drame, en rappelant que le corps de son fiancé, qui a été démembré, n'a toujours pas été retrouvé.

"Nous ne parlons pas d'une affaire personnelle. Nous parlons d'un massacre, d'un assassinat" avec des implications internationales, a-t-elle martelé.

"Je ne veux pas que cette affaire reste sur un bout de papier", a-t-elle poursuivi en référence au rapport de Mme Callamard. Le lancement d'une enquête internationale serait "la reconfirmation de la légitimité des Nations unies".