Dans le procès du détournement de fonds publics à Hesperange, les plaidoiries des avocats des deux principaux accusés ont eu lieu mardi.

Au dernier jour du procès pour détournement de fonds et corruption à la mairie de Hesperange, la parole était à la défense mardi. Et en ce qui concerne le volet civil de l’affaire, celle-ci y a vu une certaine responsabilité de la part de la commune et de ses représentants.

Il s’agit concrètement de la question des dommages et intérêts que les accusés devraient payer. Les parties civiles, à savoir la commune et son Syndicat d’initiative, ont demandé environ 5,5 millions d’euros. Mais, explique Marc Lentz, l’avocat du principal accusé:"Une victime ne doit pas contribuer elle-même à son propre préjudice, avoir commis une négligence ou une faute, pour qu’il ait pu avoir lieu."

Jean-Paul Noesen, l’avocat de l‘ex-technicien de la commune de Hesperange, estime que la culture à la mairie de Hesperange aurait simplifié aux accusés les détournements d’argent: "Il s’agissait d’un contrôle purement formel, sans aller sur le fond. Et jusqu’en 2009, les méthodes de contrôle modernes, qui sont aujourd’hui courantes dans toutes les entreprises, n’étaient malheureusement pas présentes à la mairie, ce qui a rendu cette affaire possible."

Les prévenus avaient émis de fausses factures à l’adresse de la mairie via le Syndicat d’initiative. Et Marc Lentz pense que certaines choses auraient simplement dû être remarquées: "Quand pendant plus de 20 ans sont payées des factures d’un Syndicat, par exemple, qui comme je l’ai dit, était un talent polyvalent, car [elles recouvrent] aussi bien des plaques d’égout que des lampadaires ou des systèmes de gicleurs etc. Qu’on ne se pose pas de questions, qu’est-ce que ce Syndicat, que facture-t-il là?"

Les libellés sur ces factures auraient été complètement absurdes, a dit mardi Maître Noesen à l’audience. Au point que son client, l’ex-technicien, aurait un jour demandé à l’accusé principal pourquoi il faisait cela ainsi. Celui-ci lui aurait alors répondu qu’on devait faire ainsi parce que quand c’était particulièrement absurde, personne n’osait poser une question par crainte de se couvrir de ridicule.

Son client ne serait de toute façon pas un esprit créatif, mais un citoyen tranquille avec une très faible énergie criminelle. Le parquet aurait été tout à fait excessif dans son réquisitoire. Son client travaillerait à nouveau et il devrait obtenir une peine avec sursis intégral. Jean-Paul Noesen a encore indiqué à la Cour que l’adresse d’une des sociétés écrans utilisées par les accusés pour établir des fausses factures, était le 1, Rue du Fort Thüngen au Kirchberg, là où siège le tribunal administratif. Cela aussi aurait dû attirer l’attention, considère la défense.

Marc Lentz a parlé d’une certaine négligence qui aurait régné à Hesperange sous les prédécesseurs du bourgmestre Marc Lies (CSV). Entre autres choses, son client encaissait sur son compte des subsides publics destinés à la commune ou au Syndicat d’initiative. Il lui aurait seulement été possible de faire cela parce que la mairie n’aurait pas demandé elle-même ces subsides alors que la bourgmestre Marie-Thérèse Gantenbein était en fonction."Les demandes étaient fondées, sinon elles n’auraient pas été payées", a déclaré Marc Lentz à l’audience, "il y avait juste un problème avec le numéro de compte." Le collège des bourgmestre et échevins aurait dû remarquer que les recettes de la commune n’étaient pas correctes. Il devrait veiller à ce que ses services fonctionnent, selon l’avocat. Et cela ne serait jamais arrivé.

Maître Goerges Pierret, qui représente la mairie de Hesperange et le Syndicat d’initiative en tant que parties civiles, ne partage pas cette analyse. "Dans ce dossier, il était quasiment impossible que la commune, les dirigeants communaux, les responsables de la gestion, le collège échevinal puissent remarquer cela. C’était fait de manière si détaillée et si précise par des gens qui était complètement du métier à la mairie." C’est pourquoi il considère qu’aucune faute ou négligence de la commune ne peut être retenue.

Maître Pierret a également une opinion sans équivoque sur les deux accusés: "Ce sont des criminels très convenables pour réussir ainsi à arnaquer sans scrupules pendant 20 ans une commune, c’est très grave. Nous sommes ici en présence de criminels très convenables. Ce n’est pas comme si quelqu’un vole une pomme au Cactus. Nous sommes ici face à de la criminalité de haut niveau."

Le verdict est attendu le 16 mars.

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