Elle revendique "une réduction généralisée du temps de travail sans perte de salaire". Nora Back représente 570.000 salariés et retraités au Luxembourg. En ce début de "super année électorale", la présidente de la Chambre des salariés, liste les priorités et réformes nécessaires.

Question: Vous dites qu'actuellement "la période est plus que tendue" au Luxembourg. Pourquoi?

Réponse: "Je pense que 2023 s'ouvre -et nous sommes tous d'accord pour le dire- sur beaucoup d'incertitudes. Nous ne savons donc pas encore exactement dans quelle direction nous emmènera cette année, mais ce qui est sûr c'est que pour l'instant nous n'avons pas encore de récession, les résultats des entreprises sont encore positifs, mais les salariés et les retraités subissent. Ils font face à une énorme perte en pouvoir et les inégalités et le risque de pauvreté montent en flèche au Luxembourg. C'est pourquoi j'ai lancé un appel au gouvernement d'agir contre ces inégalités".

Q.: Les solutions de la tripartite de fin septembre sont-elles dépassées?

R.: "Cette tripartite était importante car elle a permis de trouver un consensus sur le plafonnement de l'énergie et d'agir sur l'inflation. Des mesures aussi bien valables pour les salariés que les entreprises et qui ont abaissé l'inflation. Mais ces mesures ne suffisent pas vu le contexte actuel. Il faut continuer à agir politiquement en faveur du pouvoir d'achat des gens. Il est donc nécessaire d'agir sur les prestations familiales, les salaires, les conditions de travail, les conventions de travail, etc."

Q.: Vous avez insisté sur les allocations familiales...

R.: "Dans le "tableau de bord social" établi par la Commission européenne, un indicateur positionne le pays riche qu'est le Luxembourg, dans les valeurs les plus négatives de toute l'Union européenne! C'est celui de la pauvreté et de l'exclusion sociale des enfants. Imaginez vous ça!

Raison pour laquelle la Chambre des salariés demande d'augmenter les prestations familiales qui avaient été désindexées, ce qui a mené à une perte d'à peu près 10%, sans oublier qu'avec la réforme de 2015, le montant pour chaque enfant né après la réforme, est diminué. Donc il faut augmenter de façon substantielle les allocations familiales.

RTL

Nora Back, présidente de la Chambre des salariés (CSL), lundi soir après son discours de Nouvel An au Cercle-Cité à Luxembourg: "Nous revendiquons une réduction généralisée du temps de travail sans perte de salaire" / © Maurice Fick / RTL

Q.: 2023 est une "super année électorale" est il y a des sujets que vous jugez inévitables. Lesquels en priorité?

R.: "Le premier est évidemment le logement! Malheureusement l'actuel gouvernement n'a pas réussi à freiner la crise du logement au Luxembourg. Comme les gouvernements précédents. Il faut maintenant une politique du logement plus sérieuse: offrir plus de logement à prix abordable, agir contre la spéculation et freiner le prix des loyers en introduisant une vraie loi de plafonnement des loyers.

Suit toute la question du code du travail. Il y a évidemment les salaires! Comme il y a une perte de revenu des classes sociales inférieures et moyennes -même la Commission européenne le dit- il faut agir sur le salaire social minimum et sur les conventions collectives. C'est inscrit dans le programme de coalition, mais rien n'est fait!

Des réformes sont absolument nécessaires comme la loi sur les plans sociaux, la loi sur les faillites, la loi sur le plan de maintien dans l'emploi. Tous les salariés sont concernés par le risque de perdre leur emploi du fait de problèmes économiques de leur société. Les lois ne sont pas suffisantes pour vraiment protéger le salarié.

Important par les temps qui courent, tout le volet formation continue. Rien n'est fait! Nous n'avons ni un compte individuel de formation au Luxembourg, ni un congé pour suivre plus de formations alors que tout le monde est d'accord pour dire qu'il y a pénurie de main d'œuvre, qu'il faut qualifier les gens".

Q.: Que dit en ce début 2023 la Chambre des salariés sur la réduction du temps de travail au Luxembourg?

R.: "Nous revendiquons une réduction généralisée du temps de travail sans perte de salaire. C'est-à-dire que nous voulons travailler moins, pour gagner la même chose, dans l'intérêt d'une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie privée. Il est grand temps d'agir car l'intensité dans le mode de travail a augmenté ces dernières décennies et les maladies psychosomatiques augmentent.

On le constate à chaque fois lors de notre enquête Quality of work: le risque de burn-out et le risque de maladie augmentent drastiquement. Réduction du temps de travail ne veut pas dire travailler le même nombre d'heures, mais en moins de jours -avec plus de stress encore- mais vraiment travailler moins d'heures.

Q.: Combien d'heures devrons nous travailler au Luxembourg selon vous?

R.: "Nous avons toujours revendiqué une semaine de 36 heures. Mais, nous savons aussi qu'on ne peut pas généraliser. Donc il faudra une loi qui dise globalement que le temps de travail sera réduit et la manière dont ce sera décliné dans l'entreprise doit être négociée dans une convention collective de travail.

Par exemple dans un hôpital ce sera différent que dans une entreprise industrielle, un commerce ou dans le tertiaire. Une entreprise pourra réduire le temps de travail dans la semaine, une autre par mois, une autre encore pourra offrir plus de congés dans l'année."

Q.: Votre message sur l'index?

R.: "Le mécanisme d'indexation a été rétabli de manière normale lors de la dernière tripartite. Et nous disons qu'il ne faut pas toucher au système d'indexation. Il y aura une tranche en ce début d'année, une tranche en avril, qui correspond à celle reportée l'année passée, et il y aura, selon les prévisions du Statec, probablement encore une tranche à la fin de l'année."