Est-ce "l'effet Lenert"? Si les Luxembourgeois votaient ce dimanche, le LSAP se taillerait la part du lion, le parti pirate ferait un formidable bond en avant et le CSV serait le grand perdant.

Prix des aliments, de l'énergie, du logement... tous grimpent. Trois électeurs sur cinq craignent de glisser vers une plus grande urgence financière et de ne pas parvenir à boucler leur fin de mois. Et deux Luxembourgeois sur cinq se serrent déjà la ceinture en faisant une croix sur leurs vacances, en chauffant moins leur logement ou en se privant de sorties au resto.

En cette fin 2022, l'inflation "historiquement élevée", et ses conséquences sur le portemonnaie des Luxembourgeois, est dans toutes les têtes. Même si les mesures décidées en tripartite pour contrer le phénomène, ont un impact positif sur l'économie luxembourgeoise, et si le pays s'en sort mieux que bien d'autres, comme l'a laissé entendre lundi Serge Allegrezza, directeur du Statec.

-> Deux Luxembourgeois sur cinq serrent déjà leur ceinture

Les trois indexations de salaires qui pourraient tomber en 2023 changeront-elles le quotidien des ménages luxembourgeois et la donne politique? Cela reste à voir. À dix mois des élections législatives de 2023, ce nouveau sondage dresse un état des lieux des intentions de vote et permet aux partis politiques de mesurer le chemin qu'il leur reste à parcourir.

Selon ce nouveau sondage du dimanche ("Sonndesfro") réalisé par Ilres pour RTL et le Wort, la coalition gouvernementale sortirait renforcée des élections, si elles se déroulaient ce dimanche. DP, LSAP et déi gréng disposeraient de 33 des 60 sièges à la Chambre des députés. Soit deux de plus que lors des élections d'octobre 2018.

Et ceci grâce au score du LSAP. Le parti socialiste serait incontestablement le grand vainqueur. Il gagnerait un siège supplémentaire par rapport à juin. Mais surtout, il apparaîtrait comme le partenaire de la coalition gouvernementale qui tire le mieux son épingle du jeu après une législature émaillée de fortes turbulences comme les vagues Covid, la guerre en Ukraine et l'inflation qui en découle.

Le LSAP disposerait de 13 sièges au parlement, soit trois de plus que lors des élections d'octobre 2018. Et doublerait le DP (12 sièges), son partenaire fort des dernières élections, dont est issu le Premier ministre Xavier Bettel. Première du classement des politiciens préférés des Luxembourgeois, Paulette Lenert (LSAP), Vice-Première ministre et ministre de la Santé, semble booster son parti. Si bien qu'il serait en position de former le prochain gouvernement. Paulette Lenert, commencerait-elle à faire de l'ombre à Xavier Bettel, au point d'inquiéter le DP?

Grands vainqueurs des élections de 2018 (+5% au niveau national), déi gréng, le troisième partenaire de la coalition, rétrograderait en perdant une place à la Chambre des députés. Dans l'impasse, Les Verts (8 sièges) seraient relégués à cinq places des socialistes alors qu'ils les talonnaient il y a quatre ans. Ils perdraient 3% des intentions de vote par rapport à 2018.

Le CSV qui n'a cessé de perdre son poids politique historique au cours des quatre années passées, atteint un point bas. Si on votait dimanche, le principal parti d'opposition emmené par Claude Wiseler, n'obtiendrait plus que 15 sièges. Contre 21 sièges lors des élections de 2018!

Mais le CSV reste, malgré tout, la première force politique du pays. Il cumule 23,3% des intentions de vote et plus de sièges au parlement qu'aucun autre parti. De quoi inquiéter, là aussi le DP, dans la perspective de constitution d'un nouveau gouvernement si le LSAP devait effectivement prendre les commandes.

Ce nouveau sondage matérialise un peu plus encore le phénomène de resserrement des trois plus grands partis historiques de la scène politique luxembourgeoise. CSV, LSAP et DP se tiennent dans un mouchoir de poche. A contrario, les plus petits partis poussent et prennent de plus en plus de place.

À l'image du parti pirate. L'exemple le plus frappant. S'il y avait des élections dimanche, il triplerait son score et passerait de ses deux sièges occupés actuellement au parlement, à six sièges. Les Piraten confirment leur progression et sont les seconds gagnants de ce sondage. En se posant comme le 5e parti le mieux représenté au parlement, il deviendrait surtout un partenaire potentiel pour une nouvelle coalition à trois.

L'ADR apparaît comme le perdant de ce sondage. En un an, le parti réformiste d'alternative démocratique aurait dégringolé de 11,3% à 7,7% des intentions de vote. Les sept sièges que le parti affichait encore en novembre 2021, ne seraient plus que quatre et le parti passerait sous son score (8,6%) obtenu en 2018. Déi Lénk continue de grapiller des intentions de vote (de 5% à 5,8%% en un an) mais conserverait ses deux sièges au parlement. Tandis que le nouveau parti Fokus, ne perce pas, comme aurait pu le laisser sous-entendre son score honorable de juin (2,9 % des intentions de vote). Il n'obtiendrait plus que 1,5 % des voix dimanche.

Cette Sonndesfro est aussi l'occasion d'évaluer le travail du gouvernement, de l'opposition et des partis. Les changements sont minimes cette fois. Les notations du gouvernement, comme de l'opposition, n'ont que peu varié en un an. Le gouvernement garde un avantage certain aux yeux des électeurs, mais à dix mois des élections, l'opposition n'accuse pas de retard. Si les socialistes donnent le plus de satisfaction, le travail de l'ADR en donne le moins.

Pour ce sondage, 1.839 électeurs représentatifs de la population luxembourgeoise ont été interrogés pendant la période du 14 novembre au 28 novembre 2022. Les détails sur la méthodologie et le questionnaire sont disponibles sur Alia.lu

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