L'Agence Spatiale Européenne a levé le voile sur sa nouvelle promotion d'astronautes. L'un des lauréats, Raphaël Liégeois, a la double nationalité Belge et Luxembourgeoise, même s'il sera considéré comme un astronaute belge.

L’ESA a reçu plus de 22.500 candidatures, en provenance des États membres pour rejoindre le Corps des astronautes européens pour des missions à destination de la Station spatiale internationale ou au-delà. Parmi elles, 64 candidatures provenaient du Luxembourg.

Et parmi ces plus de 22.500 candidats, seuls cinq personnes ont été choisies, deux femmes et trois hommes, au terme d'un long processus de sélection (tests médicaux, psychologiques, entretiens...). Cinq candidats ont été sélectionnés en tant qu’astronautes actifs, dont Raphaël Liégeois, 11 en tant qu’astronautes de réserve, et 1 astronaute pour le projet de faisabilité "parastronaute". L'ESA a en effet présenté en parallèle un astronaute porteur d'un handicap physique, avec lesquels sera menée une "étude de faisabilité" sur un séjour dans l'espace. Une première.

Officiellement, il n'y a pas de Luxembourgeois parmi les heureux élus. Et pourtant Raphaël Liégeois, le futur astronaute belge a obtenu la nationalité luxembourgeoise en 2018. Le Grand-Duché est son deuxième pays de cœur.

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© ESA

Né en Belgique, ses parents ont déménagé à Differdange au début des années 2000. Ses parents y résident toujours, son père travaille d'ailleurs au Liser. Marié et père de deux enfants, Raphaël Liégeois est chercheur à l'Université de Genève et à l'école polytechnique de Lausanne. Il a étudié à l'université de Liège.

Mais sa candidature a bien été portée par la Belgique, qui va investir dans sa formation. Si Raphaël Liégeois s'envole pour une mission spatiale, il arborera un drapeau belge sur sa combinaison spatiale. La Belgique est le cinquième contributeur en valeur absolue à l’ESA, il était donc logique qu'un de ses candidats fasse partie des lauréats appelés à voler en orbite, dans la Station spatiale internationale (ISS) dans un premier temps - les quelques places pour les futures missions lunaires seront réservées à la génération précédente déjà rodée aux séjours en orbite basse.

Pour lui et les autres nouveaux venus, les entraînements commenceront en avril 2023 au Centre européen des astronautes situé à Cologne, en Allemagne. Après une formation de base de 12 mois, les nouveaux astronautes seront prêts à commencer la phase suivante, la formation à la Station spatiale internationale. Une fois affectés à une mission, leur formation sera adaptée aux tâches spécifiques de la mission.

"Je souhaite tout le meilleur à Raphaël, qui volera sous les couleurs belges, et grâce à qui un petit bout du Luxembourg sera également présent dans l’espace" déclare Marc Serres, CEO de l’Agence spatiale luxembourgeoise.

Notons que la Sophie Adenot devient la première Française astronaute depuis Claudie Haigneré.

L'EUROPE, TOUJOURS UN GÉANT DE L'ESPACE ?

L'autre grand enjeu de cette réunion du Conseil de l'ESA au niveau ministériel est d'ordre financier. En clair, on va parler argent pour savoir si l'Europe va rester un géant de l'espace. L'Agence spatiale européenne va voter un budget décisif pour rester dans la course.

Les 22 pays membres de l'ESA, dont les ministres chargés du spatial sont réunis à Paris depuis mardi, doivent décider de leurs programmes et financements pour les trois prochaines années. Franz Fayot, ministre de l’Économie, représente le Luxembourg. L’occasion de réaffirmer l’engagement du Luxembourg dans l’ESA, et le soutien du gouvernement au secteur spatial de manière générale.

L’engagement financier du Luxembourg dans les différents programmes de l’ESA à hauteur de 127 millions d’euros pour la période 2023 à 2027 soutient le développement de l’écosystème spatial luxembourgeois. L'ESA fonctionne en effet sur la base d'un "retour géographique", ce qui signifie que l’Agence européenne investit au Luxembourg, sous forme de contrats attribués à l’industrie luxembourgeoise, un montant à peu près équivalent à la contribution du Grand-Duché à l’ESA.

Les moyens investis dans les programmes de l’ESA permettent ainsi aux entreprises basées au Luxembourg d’accéder à des programmes de support européens, et de développer ainsi leurs technologies et des solutions de produits et services qui pourront être commercialisés dans les années à venir, générant ainsi une valeur ajoutée pour l’économie luxembourgeoise.

L'Agence spatiale européenne a adopté mercredi un budget de 17 milliards d'euros pour les trois prochaines années, en nette hausse mais en-deçà des 18,5 milliards demandés par son directeur général.

Au terme d'âpres négociations, les 22 Etats membres, rassemblés pendant deux jours à Paris, ont décidé d'une enveloppe en hausse de 17% par rapport aux trois dernières années. Cette contribution est destinée à financer les programmes d'exploration spatiale, d'observation de la Terre ou encore de lanceurs.

L'effort demandé en pleine crise économique est "immense", mais nécessaire si "nous ne voulons pas sortir de la course", plaide son directeur général, Josef Aschbacher, arguant que les budgets spatiaux augmentent partout dans le monde.

Le Vieux Continent ne veut pas se laisser trop distancer par les États-Unis et la Chine, qui investissent massivement dans le spatial et notamment l'exploration. Et maintenir son rang sur un échiquier où la compétition fait rage en pleine révolution du "New Space", qui voit les acteurs privés se multiplier, le groupe américain SpaceX en tête.

L'ESPACE S'OUVRE AU SECTEUR PRIVÉ

"Nous devons accélérer la commercialisation de l'espace" pour rattraper le retard européen sur les investissements privés, exhorte Josef Aschbacher, insistant sur les retombées économiques massives de ces budgets.

Ces investissements, auxquels chaque Etat abonde à sa guise, concernent notamment l'observation de la Terre, qui permet de mesurer l'impact du réchauffement climatique (3 milliards d'euros demandés), le transport spatial, notamment pour le lanceur Ariane 6 (3,3 milliards) ou encore l'exploration humaine et robotique de l'espace (3 milliards).

Presque toutes les lignes budgétaires demandées par l'ESA sont en nette progression, à l'exception des contributions demandées pour les programmes scientifiques (3 milliards d'euros) qui ne font que s'ajuster à l'inflation.

NÉGOCIATIONS CRUCIALES SUR LES LANCEURS

Les négociations s'annonçaient ardues sur les lanceurs, sujet crucial pour un accès autonome à l'espace. La souveraineté européenne est fragilisée par les retards d'Ariane 6 -considérée comme la riposte à Space X- et la guerre en Ukraine, qui a privé l'Europe des lanceurs russes Soyouz. L'ESA a, par exemple, été contrainte de recourir aux services de la société d'Elon Musk pour lancer deux missions scientifiques.

Le dossier des lanceurs est régulièrement une source de "tiraillements" entre la France, l'Allemagne et l'Italie, reconnaît Philippe Baptiste, président du CNES, l'agence spatiale française.

Pour apaiser les tensions, ces trois principaux pays contributeurs de l'ESA se sont accordés dès mardi pour garantir l'exploitation future de la fusée Ariane 6 et de sa petite sœur Vega-C, et permettre aux micro et mini-lanceurs d'être envoyés pour le compte de l'ESA.