Ils économisent le chauffage et l'électricité. Mais font aussi une croix sur les sorties resto et les vacances. Les difficultés financières liées à l'inflation préoccupent beaucoup de ménages au Luxembourg.

Si la grande majorité des Luxembourgeois (79%) estime que leur situation financière est actuellement bonne, plus d'un tiers de la population (37%) avoue que cette situation s'est dégradée, voire nettement dégradée, au cours des six derniers mois.

Après les sujets qui préoccupent le plus les électeurs luxembourgeois, ce deuxième volet du nouveau sondage Politmonitor réalisé par Ilres pour RTL et le Luxemburger Wort est accès sur les difficultés financières redoutées, les restrictions qu'ils s'imposent déjà, les mesures qu'ils verraient bien mises en place pour passer la crise et la confiance donnée aux acteurs politiques.

Le sondage révèle que six électeurs sur dix ont des craintes de glisser vers une plus grande urgence financière à cause de l'évolution récente des prix au Luxembourg. Des 59% de Luxembourgeois qui ont peur de ne pas parvenir à boucler leur fin de mois, 14% se disent "très inquiets".

Sur ces 59% d'électeurs qui se font du souci, la très grande majorité reconnaissent avoir souvent des difficultés financières en fin de mois pour payer les factures, mais 44% n'ont normalement pas ce genre de souci. Ce sont les plus jeunes, à savoir les 18-34 ans, qui reconnaissent avoir le plus de difficultés pour payer leurs factures.

ILS SE SERRENT DÉJÀ LA CEINTURE

Malgré toutes les aides décidées en tripartite fin septembre pour lutter contre l'envolée des prix (retour de l'index, gel du prix de l'électricité, plafonnement du prix du gaz...) les foyers luxembourgeois sont inquiets. Pas tous, mais 43% des sondés disent devoir dès à présent se restreindre à cause de la forte inflation qui dure.

Ils ont décidé de limiter leurs dépenses et ciblent prioritairement trois postes: les vacances, les sorties au restaurant et la consommation de chauffage et d'électricité. Mais ils dépensent aussi moins pour s'habiller, se déplacer et même pour se nourrir.

POUR OU CONTRE DE NOUVELLES MESURES ?

De façon générale, "les gens soutiennent évidemment les mesures auxquelles d'autres doivent contribuer, davantage que lorsqu'il s'agit d'un effort supplémentaire pour les particuliers. Le "oui" de l'électorat est par exemple très clair pour des mesures comme une taxe sur les superprofits des producteurs d'énergies (71% sont pour) ou l'adaptation du barème fiscal à l'inflation (70% sont pour)", note Tommy Klein.

En résumé "tout ce qui donne le sentiment aux gens d'avoir plus d'argent en poche à la fin du mois, bénéficie" de l'avis clairement favorable des électeurs".

Quelle que soit la mesure concrète choisie à l'avenir, "les gens partent du principe que la bonne mesuresera  celle qui permettra aux moins bien lotis de conserver plus d'argent, et qui demandera à ceux qui sont mieux lotis financièrement, de contribuer davantage", retient le directeur général d'ILRES.

De manière générale, Tommy Klein lit dans les réponses aux différentes propositions liées à une adaptation de la fiscalité pour faire face à la crise que le sentiment des électeurs converge vers un même principe: "Le Luxembourg a besoin de mesures qui permettront de créer plus d'équité fiscale".

Le dénominateur commun de tous les électorats de base des partis est qu'"en principe les gens sont pour des mesures qui leur permettront de mieux s'en sortir financièrement au bout du compte", résume Tommy Klein. Mais il existe de vrais décalages entre les électorats et entre les partis politiques qui se positionnent différemment sur les sujets.

Le LSAP s'est par exemple positionné clairement contre un plafonnement de l'index, alors que son électorat est clairement pour (58%). Même chose pour l'impôt de crise unique de 15% pour les ménages qui gagnent plus de 12.500€ brut par mois. Une proposition de mesure plébiscité par les électeurs du CSV (64%).

SYNDICATS ET GOUVERNEMENT GAGNENT EN CONFIANCE

Retour sur les traces laissées par la tripartite de fin septembre, signée cette fois par tous les partenaires sociaux. La question sur la confiance accordée aux institutions montre que "les syndicats sortent renforcés de ces négociations tripartites. La confiance dans les syndicats a beaucoup grimpé" (de 39 à 52% en six mois), résume Tommy Klein, directeur général de L'Institut luxembourgeois de recherches sociales (Ilres).

Le gouvernement DP-LSAP-déi Gréng, qui a déjà validé toute une série de mesures, sort renforcé de sa gestion de la crise des énergies et bénéficie de 55% de confiance des électeurs (+4% en six mois). Par contre ça pêche toujours du côté de l'opposition (CSV, Piraten, adr...) qui gagne en capital confiance (+4%), mais ne séduit toujours qu'un tiers des électeurs potentiels alors que les élections législatives se dérouleront dans un peu plus de dix mois à peine.

Si plus d'un Luxembourgeois sur deux juge que le gouvernement a fait du bon boulot, 45% jugent durement l'opposition et disent qu'elle a plutôt fait un mauvais travail.

Pour Tommy Klein, cette chute nette dans l'évaluation du travail de l'opposition s'explique en partie par le fait que "les électeurs de la majorité gouvernementale disent d'ordinaire que l'opposition ne fait pas un bon job". Mais il rappelle aussi que "traditionnellement un quart des électeurs des partis d'opposition disent que l'opposition ne fait pas du bon travail".

Les gens trouvent que lors de cette tripartite "les intérêts des différents acteurs ont été mieux représentés  et que plus a peut-être été fait dans leur intérêt personnel".
La troisième partie de notre sondage Politmonitor paraîtra sur notre site jeudi soir à 18h00.

Méthodologie du sondage:
Le Politmonitor est une étude réalisée par ILRES pour RTL et le Luxemburger Wort. Au total, 1.072 résidents âgés de 18 ans et plus, représentatif de la population luxembourgeoise, ont été interrogés par téléphone et sur internet entre le 7 et le 15 novembre 2022.

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