De plus en plus de vidéos circulent sur des actes de violence et de harcèlement entre jeunes au Luxembourg. Mais est-ce révélateur d'une véritable hausse de la délinquance?

La violence entre jeunes était mercredi à l'ordre du jour d'une commission jointe "Justice, Éducation nationale et Sécurité intérieure".

Cette commission jointe avait été convoquée à la demande de l'ADR au vu de la recrudescence des cas de violences juvéniles constatés ces derniers temps. Un certain nombre de questions parlementaires relatives à cette problématique ont été déposées par le CSV et l'ADR au cours des derniers mois.

Les ministres de l'Education, de la Justice et de la Sécurité intérieure étaient présents à la réunion tout comme des représentants du parquet et de la police, afin d'exposer aux députés la situation sur le terrain.

LE GANG "17"

Et la situation n'est pas évidente. Des vidéos circulent sans cesse sur les réseaux sociaux, montrant des actes de violence, du harcèlement et des bagarres entre adolescents. Plusieurs gangs de jeunes seraient impliqués, en particulier un, qui est considéré comme particulièrement violent et qui est appelé gang "dix-sept".

"Nous avons ici un problème avec un certain nombre de gangs de jeunes de 12-14 ans. Ils font des choses graves, des blessures graves. [...] Où les parents doivent envoyer leurs enfants à l'école à l'étranger: en Belgique, en Allemagne et au Portugal. Plusieurs cas nous ont été racontés. [...] Il n'y a simplement rien pour maîtriser ces personnes. Les représentants de la police, du syndicat de la police et de la justice nous l'ont confirmé. Et l'UNISEC (l'Unité de sécurité de Dreiborn n.d.l.t.) est simplement beaucoup trop petite", déclare le député ADR Fred Keup.

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Roy Reding, député ADR, ajoute que des chiffres ont été demandés à maintes reprises. Combien y a-t-il de ces gangs? Combien de cas? Combien de mineurs sont considérés comme auteurs de violences? Le parquet a fourni des données mercredi.

"Qu'actuellement 2.200 procès-verbaux sont dressés par an. Qu'il y avait 1.469 signalements. Mais là il y a aussi des victimes de maltraitance juvénile. Et Monsieur Sinner nous a informé qu'il y a encore au moins six grands groupements, comme le bloc 17, qui sévissent actuellement."

Personne ne sait combien de membres comptent ces gangs. Sauf pour le bloc 17, où il y aurait une quarantaine d'adolescents. Cela signifie que c'est déjà un phénomène très inquiétant, selon le député ADR.

La criminalité juvénile n'a pas augmenté, elle reste stable. Le nombre des signalements a, lui, bien augmenté, mais c'est une bonne chose, car cela indique qu'il y a une prise de conscience que ces phénomènes doivent être signalés, explique la ministre de la Justice, Sam Tenson.

L'âge des auteurs, qui ont souvent entre 12 et 14 ans, constitue cependant un problème fondamental. Le projet de loi sur l'introduction d'un droit pénal pour mineurs et celui sur la protection des mineurs, qui attendent toujours l'avis du Conseil d'Etat, vont mettre le Luxembourg sur la même voie que l'Autriche, précise la ministre de la Justice.

UN MINEUR N'EST PAS CONDAMNÉ S'IL A MOINS DE 14 ANS

"Par exemple, en Autriche, un mineur n'est pas condamné s'il a moins de 14 ans. Alors ce sont d'autres mesures qui interviennent. Et c'est aussi ce qui est prévu ici. (...) Ce qui n'est pas possible, c'est qu'un mineur, qui est passible de sanction, quel que soit son âge, ne soit pas suivi. Et cela ne se discute absolument pas. Un suivi sera toujours prévu. Que cela relève de la protection des mineurs ou du pénal."

Un autre défi en matière de criminalité juvénile est la question de la responsabilité. Souvent les faits ne se produisent pas à l'école, mais sur le chemin de l'école ou juste à côté du territoire de l'école.

"Je pense qu'ici l'école ne peut pas commencer à enquêter sur ce qui se passe à l'extérieur de l'école. L'école peut seulement retenir ce qu'elle a constaté à l'école. Et le transmettre ensuite aux autorités judiciaires, qui doivent alors faire leur travail et joindre cela à ce qui se passe aussi à l'extérieur de l'école. L'école a ici surtout une tâche préventive", indique le ministre de l'Education, Claude Meisch.

Le ministre de la Sécurité intérieure, Henri Kox, rappelle qu'il est important que les gens signalent à la police tout fait qui se produit. La crainte des victimes, c'est-à-dire l'élève concerné et ses parents, serait souvent d'entreprendre une démarche et d'être ainsi encore plus harcelés. Dénoncer les faits est essentiel, selon le ministre.

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