Tel est l'avis de Nicola Gess, professeur de langue et littérature allemandes à l'Université de Bâle, qui était jeudi l'invitée de la rédaction de RTL.

Les fake news de Donald Trump, la propagande en faveur du Brexit, les théories du complot à propos du coronavirus et la désinformation pendant la guerre en Ukraine: nous sommes de plus en plus fréquemment confrontés à des manipulations de la réalité. Les demi-vérités sont l'instrument le plus important de la désinformation ciblée. Il s'agit pour la plupart de fausses déclarations, qui sont en partie fondées sur des faits réels et en partie spéculatives, fictives ou exagérées et qui sortent les informations de leur contexte. Les fausses informations sont en plein essor, notamment à cause d'une crise de confiance envers les autorités, explique la professeur de langue et littérature allemandes Nicola Gess*.

Il ne s'agirait cependant pas d'un phénomène nouveau. Par le passé on aurait déjà vu se répandre davantage de désinformation dans la société lors d'une crise de connaissance et de confiance. L'avènement de nouveaux médias, aujourd'hui les médias sociaux, est aussi une raison pour laquelle les demi-vérités se répandent de plus en plus rapidement. Au contraire des médias classiques, dans les médias sociaux, il n'y a pas de "gatekeeper" (gardien), entendez par-là, des journalistes qui filtrent et contrôlent les informations importantes, vérifient si elles sont correctes. De plus, les médias sociaux ne seraient pas tenus responsables du contenu incorrect de leur site.

Les demi-vérités sont dangereuses pour une démocratie, car elles minent la base commune sur laquelle la discussion peut avoir lieu. Pendant la pandémie, par exemple, il aurait d'abord fallu accepter qu'il y a un virus, qu'il est dangereux, et sur cette base on peut alors discuter de différentes mesures.

Les théories du complot ne peuvent pas être combattues simplement avec des vérifications de faits, des "fact check", car de nombreuses personnes resteraient immunisées contre elles, selon la professeur de langue et de littérature allemandes. Par conséquent, on aurait aussi besoin d'une vérification de la fiction. Si les histoires sont trop rondes et "lisses", il faut être particulièrement critique. Après la vérification des faits, il faudrait alors également examiner pourquoi une déclaration était particulièrement crédible et il faudrait découvrir quelles émotions, peurs et désirs ont été conditionnés par la demi-vérité. Pour les médias, il y avait généralement la consigne d'introduire un système, comme l'a fait le Washington Post lors de l'élection présidentielle avec Donald Trump. Ils contrôlaient immédiatement les déclarations de l'ex-Président, mais aussi d'autres politiciens et, en fonction de la gravité des mensonges, ils attribuaient entre 1 et 4 "Pinocchio". Les gens pouvaient ainsi s'orienter, précise Nicola Gess.

*La professeur de littérature allemande de l'Université de Bâle était au Luxembourg à l'invitation del'Institut Pierre Werner pour tenir une conférence sur son livre "Halbwahrheiten: Zur Manipulation von Wirklichkeit"  (Demi-vérités: à propos de la manipulation de la vérité).