C'est un rapport qui était attendu avec impatience: l'OCDE a rendu son verdict sur la gestion de la crise covid par le Grand-Duché. Un rapport très flatteur, même si le Luxembourg a aussi montré plusieurs failles.

"Je me sens nerveuse, c'est comme passer un examen" admet dans un sourire la ministre de la Santé, Paulette Lenert. À côté d'elle, le premier ministre Xavier Bettel confie lui aussi que cela lui fait quelque chose de se retrouver devant les journalistes pour parler du Covid, comme il le faisait encore il y a quelques mois lorsque la gestion de la crise monopolisait l'espace médiatique.

Face à eux, plusieurs experts de l'OCDE (L'Organisation de coopération et de développement économiques) sont venus rendre leur verdict, ce mercredi à Luxembourg. En effet, leur rapport (un pavé de 262 pages!) évalue la gestion de la crise sanitaire mise en place par le Luxembourg. Le Grand-Duché, d'ailleurs, est le premier pays de l'OCDE à avoir demandé une telle évaluation et à recevoir ce rapport, "un exemple de transparence" complimente une experte.

Et les ministres luxembourgeois peuvent souffler, car le bilan est globalement très positif, les experts parlant souvent de décisions "remarquables" et "exemplaires"... même si des efforts restent néanmoins à produire dans plusieurs domaines. Voici les principales conclusions.

UN SYSTEME DE GESTION DES CRISES RAPIDEMENT MIS EN PLACE

Le Luxembourg, comme tant d'autres pays, n'avait pas prévu que le coronavirus provoquerait une crise d'une telle ampleur. Néanmoins, "le pays a pu se reposer sur son système de gestion des crises", qui a été activé dès le premier cas sur le territoire, constate Elsa Pilichowski, directrice de la gouvernance publique de l’OCDE, qui loue une "réponse très rapide" du pays. "Le Luxembourg a mis en place un leadership clair", mais il devra néanmoins faire des progrès au niveau de "sa capacité à produire de façon plus robuste des données chiffrées probantes" durant les prochaines crises.

La communication de crise a été globalement efficace, le Luxembourg a notamment su relayer les messages de communication de crise dans les 3 langues du pays mais aussi dans d'autres langues usuelles, comme le portugais.

Le gouvernement a su mettre à disposition des communes des "boîtes à outils" pour faciliter leur travail de gestion de crise, d'ailleurs la majorité de ces communes disent en avoir été satisfaites.

Un point qui reste néanmoins à améliorer, et pas des moindres, est la démocratisation de cette gestion de crise: "il serait utile d'avoir davantage de consultations citoyennes" lors des futures crises.

SANTÉ: LE LUXEMBOURG RESTE TROP DÉPENDANT DES ÉTRANGERS

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Des soignants à l'unité U20 du CHL, un service Covid, en 2020. / © RTL

Francesca Colombo, cheffe de division, Santé, Direction de l’emploi, du travail et des affaires sociales de l’OCDE, évoque ensuite les conséquences concrètes de la gestion de crise.

"Si on regarde le taux de surmortalité (lié au covid), le Luxembourg a un des taux les plus bas de l'OCDE" remarque-t-elle. Autrement dit, le Luxembourg a su éviter que le coronavirus fasse des ravages chez les personnes les plus fragiles.

Néanmoins, chez les personnes âgées, les plus de 90 ans et ceux qui sont en retraite, on trouve des taux plus élevés que dans la moyenne de  l'OCDE, donc il reste des efforts à faire avec ce public.

L'experte note aussi qu'"1 résident sur 3 affirme que sa santé mentale s'est détériorée durant la pandémie".

Elle félicite ensuite le Luxembourg pour sa "remarquable gestion du dépistage covid", "l'intensification des capacités hospitalières" et "sa campagne vaccinale menée avec succès."

La pandémie, par contre, a relevé "des faiblesses structurelles du système de santé." En particulier la question des ressources humaines et de la dépendance du Luxembourg aux professionnels de soins venus de l'étranger, ainsi que la faible densité de médecins.

Enfin, sur la question de l'emploi, le Luxembourg reçoit aussi une bonne note. La baisse du nombre d'heures travaillées a été beaucoup moins forte que dans d'autres pays de l'OCDE, comme la France et la Belgique. "Cela s'explique par des mesures politiques, une forte proportion de télétravail, et grâce à des mécanismes de chômage partiel qui ont permis de garder l'emploi de 2 employés sur 3, dans la construction, l'hébergement, la restauration..."

Elle note aussi que "Les congés maladie payés ont remplacé 100% des revenus des personnes infectées par le Covid". Seul bémol, "Les catégories qui ont moins bénéficié de ces mesures de soutien sont "les jeunes travailleurs et les travailleurs indépendants."

GESTION DE CRISE "RÉUSSIE" DANS L'ÉDUCATION ET POUR LES ENTREPRISES

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© Archives RTL

Bonne note, toujours, au niveau du système scolaire: "Le Luxembourg a une gestion de crise réussie dans l'éducation, la continuité pédagogique a été assurée en période de fermeture" remarque Paulo Santiago, chargé de la mise en œuvre des politiques éducatives à l’OCDE.

Il a compté "Très peu de nombres de jours où les écoles étaient complément fermées en 2020 et 2021".

Ces efforts ont permis aux élèves de ne pas subir de déscolarisation trop grave, mais il constate néanmoins des difficultés au niveau de l'apprentissage de la langue allemande, ainsi qu'une charge de travail supplémentaire pour les parents et les enseignements. Le Luxembourg devra aussi continuer à ouvrir de nouveaux établissements scolaires pour répondre à la demande grandissante, et endiguer l'accroissement des inégalités scolaires.

Et au niveau du soutien aux entreprises, l'OCDE remarque que le Luxembourg a fourni un effort financier important, mais cependant "l'augmentation de la dette globale a été plus faible que dans le reste des pays de l'OCDE." Le fait que le Luxembourg ait aidé en priorité les entreprises viables et rentables, plutôt que celles qui étaient déjà menacées de faillite avant la crise, a également été salué.

XAVIER BETTEL: "IL ÉTAIT DUR DE RESTREINDRE LES LIBERTÉS INDIVIDUELLES"

En conclusion, la gestion de la crise par le Luxembourg pourra incontestablement servir d'exemple, note Elsa Pilichowski, notamment au niveau de la "nécessité d'un leadership et d'un pilotage fort de l'État central". Mais une fois encore, elle avertit: "Avoir voulu préserver le travail du Parlement est essentiel, mais cela ne suffit pas pour assurer la continuité du travail démocratique. Les pouvoirs publics doivent s'atteler à mieux impliquer les citoyens de façon significative."

"C'était très important pour nous d'avoir un regard extérieur sur ce qui se fait, c'est un exercice extrêmement utile pour nos équipes" confirme Paulette Lenert. Xavier Bettel ajoute: "Cela nous permet d'apprendre, pour qu'à la prochaine crise, on soit plus fort. La politique est là pour donner des réponses aux gens, et très souvent, oui, je l'avoue, nous n'avions pas de réponses à donner. " Tout comme "Il était dur de restreindre les libertés individuelles, cela ne devrait pas devenir la normalité. Car l'état de crise n'est pas un instrument démocratique, c'est un instrument d'exception."

Malheureusement, tous s'accordent à dire qu'il risque fort de réapparaître à la faveur des prochaines crises.