Lors du procès de l'ex-policier luxembourgeois, qui a abattu un automobiliste en avril 2018 alors qu'il était en service, un enquêteur de l'IGP, l'Inspection générale de la police, a été entendu jeudi.

Cette semaine s'est ouvert le procès du policier qui avait abattu un automobiliste à Bonnevoie, en avril 2018. Lors de l'audience de jeudi, plus que des faits eux-mêmes, il a été question d'éventuels dysfonctionnements dans la police.

"Il était 'Law and Order'" (La loi et l'ordre, ndlr), a dit l'enquêteur de l'IGP à propos de l'accusé. S'il y avait une bagarre avec dix personnes, ce n'est pas lui qui aurait appelé des renforts: il y serait allé directement, a t-il expliqué.

C'est pour cette raison que bon nombre de ses collègues du commissariat de Bonnevoie ne voulaient pas travailler avec lui. Ce qui aurait aussi dérangé, c'est que l'accusé jouait constamment avec son arme. Il aurait été comme un enfant qui a gagné une arme à la foire, aurait déclaré un agent. C'étaient des faits qui étaient connus de beaucoup de monde, mais personne n'a rien entrepris pour le signaler à un supérieur, selon l'enquêteur.

LE COMPORTEMENT DU POLICIER INTERROGE

L'accusé, à l'époque âgé de 22 ans et avec huit mois seulement de service à son actif, aurait dit tout de suite après les faits, c'est-à-dire après que l'automobiliste ait perdu la vie, suite à son geste: "Putain, j'espère que je récupèrerai bientôt mon arme, sinon je ne peux plus plomber personne". Bavardage stupide entre collègues ou manque d'empathie? "Si on regarde bien, on voit que ce n'était pas qu'une blague stupide", souligne l'enquêteur. En outre, il est aussi reproché au prévenu d'avoir une fois pointé son arme sur un toxicomane au commissariat, quand celui-ci ne regardait pas.

Son comportement le 18 avril 2018 est également remis en question. La voiture s'est dirigée vers lui et le conducteur n'a pas réagi à son injonction de s'arrêter. "On ne tire pas sur une voiture", a dit l'enquêteur de l'IGP. Cela n'apporterait rien, car d'autres personnes pourraient être dans le véhicule et la voiture ne s'arrêterait pas ainsi non plus.

La juge a ensuite demandé à quel point la course-poursuite était opportune. L'enquêteur a alors souligné qu'il n'y a toujours pas de note de service à ce sujet au sein de la police, seulement une brochure datant de 2008. Ce manque de cadre a d'ailleurs été fortement critiquée lors d'un procès à Diekirch. Celui-ci tournait autour d'une autre course-poursuite, remontant également à avril 2018, mais à Lausdorn, dans le nord du Luxembourg. Un policier avait perdu la vie et une policière avait été très grièvement blessée.

Reste à savoir si l'accusé de Bonnevoie a agi ce jour-là en état de légitime défense, lorsqu'il a pointé son arme sur le conducteur et a appuyé sur la détente. Aurait-il eu la possibilité de s'écarter de la voiture?

Cette journée au tribunal a davantage montré des dysfonctionnements au sein de la police en général, que permis de se rapprocher d'une réponse à cette question. "Tous ces incidents auraient dû être interrompus plus tôt", a noté l'enquêteur de l'IGP.

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