Informaticien, data scientist, électricien ou couvreur. Certains métiers sont très recherchés au Luxembourg. Un vrai casse-tête pour les recruteurs, y compris ceux de l'État, qui sont aujourd'hui prêts à faire des concessions.

Dans le recrutement, les temps changent. Alors qu'il n'y a pas si longtemps c'est systématiquement l'employeur qui avait les cartes en main, désormais la concurrence est rude pour trouver et ensuite séduire des profils qualifiés, dans de nombreux domaines au Luxembourg. De sorte qu' "en ce moment, on est plus dans une négociation à l'avantage du demandeur d'emploi", constate Clément Strassel, recruteur chez C-Clerc, société d'audit financier.

Dans notre branche "c'est plus que la catastrophe ! Plus personne ne veut travailler sur les toits", se désole Patricia Pick, des Toitures Pick installées à Bissen, qui cherche activement six personnes pour embauche immédiate: des charpentiers, couvreurs, zingueurs et étanchéistes. "Il y a un très grand manque de personnel dans le métier qui n'est plus valorisé comme il le devrait".

Sandy Wenzel, gérante d'un magasin d'optique à Schifflange "cherche depuis six mois un opticien diplômé pour compléter son équipe. Des apprentis ont fait des demandes, mais il nous faut quelqu'un qui puisse aider tout de suite". Et pour répondre à une vraie demande de sa clientèle, cet opticien devra "en plus, parler le luxembourgeois".

CHERCHE ÉLECTRICIEN QUALIFIÉ "DEPUIS UN AN"

"Ça fait plus d'un an qu'on cherche un électricien qualifié en bâtiment qui sait gérer un chantier de A à Z", explique Tina Jadin. Elle s'occupe, entre autres tâches, du recrutement chez Profabel, une entreprise d'électricité installée à Bascharage. Des candidats il y en a sur le marché: "En ce moment on trouve des électriciens, mais pas qualifiés... il y a un trou quelque part" que Tina Jadin ne s'explique pas vraiment.

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Sara Da Costa, recruteuse aux CFL: "La nouvelle génération vise plus de flexibilité, le bien-être au travail et un bon équilibre entre vie privée et vie professionnelle". / © Maurice Fick / RTL

Comme le recrutement de personnes qualifiées est "très dur" et qu'il tarde, "on se concentre sur les apprentis, ils sont motivés. L'idée étant qu'ils restent ensuite chez nous". Tina Jadin pense que l'une des solutions pour faire face à la pénurie de main-d'œuvre qualifiée dans son secteur et de se retrousser les manches et de "redonner le goût du métier".

Ce qui est vrai dans l'artisanat, le commerce, la restauration, le secteur de la santé et des soins, etc. l'est actuellement de manière encore plus criante dans des secteurs comme l'audit ou l'informatique par exemple.

"BEAUCOUP DE TÉLÉTRAVAIL AVEC DES SALAIRES SUPÉRIEURS"

"Dans l'IT (technologies de l'information), ils n'ont pas besoin de postuler, on vient les chercher", sait bien Stéphanie Vincent, recruteuse chez EBM Consulting, société de consultance en informatique à Bascharage qui cherche actuellement une vingtaine de personnes. Encore faut-il les séduire en faisant "des propositions à la hauteur du marché qui a beaucoup évolué ces dernières années". Mme Vincent reconnaît que "la partie négociation est plus problématique parce qu'ils ont l'embarras du choix".

Sa collègue Marion Henriet qui recherche des spécialistes sur SAP (Logiciels de gestion de processus métier) à l'étranger, note que le recrutement est plus "tendu" depuis le Covid-19 car "les gens ont plus d'exigences. Ils nous demandent beaucoup de télétravail - minimum la moitié du temps - avec des salaires supérieurs. Sinon ils refusent. Certains demandent même du full télétravail".

Même son de cloche du côté des auditeurs qualifiés, "ils ont le boulevard ouvert devant eux", résume Clément Strassel, recruteur chez C-Clerc. Trouver des juniors et des stagiaires (le secteur de l'audit en recrute beaucoup) "c'est plus facile, beaucoup sortent d'école. Mais nous cherchons vraiment des managers et seniors qualifiés", résume sa collègue Mélissa Thomas. Tous deux constatent qu'il y a "une crise dans le secteur de l'audit, parce qu'on a du mal à trouver ceux qui ont les bonnes compétences, le bon CV et qui sont disponibles".

DES CONCESSIONS SUR LES LANGUES OBLIGATOIRES

Les CFL sont aussi confrontés à une pénurie de personnel et le recrutement semble plus compliqué que prévu, comme l'avait expliqué vendredi Mylène Bianchy, présidente de Syprolux, au micro de RTL.

"Le marché est difficile en ce moment pour trouver le bon candidat car il y a une grande concurrence", confirme Sara Da Costa, recruteuse aux CFL qui proposent une trentaine de jobs actuellement (conducteurs de train, agent d'accompagnement, de train, technicien caténaire, ingénieur en génie civil et électrotechnique, etc.) et autour de 250 par an, dont "une panoplie de métiers inconnus du grand public".

Le ferroviaire étant un secteur spécifique, les CFL jouent la carte du "télétravail d'office -si le poste le permet- et essayent d'attirer les candidats avec ses grands projets. Car nous en avons plein et ça stimule la jeune génération", explique Stéphanie Schiavone, recruteuse aux CFL également. Elle a bien compris que  "l'argent n'est plus le seul critère" de la génération montante. Et les CFL s'adaptent. La maîtrise des trois langues administratives a toujours été un critère d'embauche aux CFL, "mais on est de plus en plus ouvert, il faut qu'on fasse des concessions", reconnaissent ses recruteuses, pour attirer certains profils recherchés.

Une souplesse qui devient possible chez l'État: "On peut donner une dispense pour deux des trois langues administratives pour les postes d'experts comme celui de data scientist par exemple", explique Anne Van den Bulcke, coresponsable de GovJobs qui recrute les futurs fonctionnaires et employés de l'État. Car en ce moment "on a vraiment du mal à trouver des candidats pour les postes spécialisés".

PRÊTS À PASSER D'UN CDI À UN CDD

Data scientist, business analyste, et de manière générale toutes les compétences en gestion, collecte et analyse des données, mais aussi les compétences transversales en gestion de projet sont très recherchés. Et contrairement à l'idée reçue selon laquelle l'État n'aurait aucun mal à trouver, "nous avons les mêmes difficultés que les autres recruteurs", atteste Anne Van den Bulcke. L'État "recrute tout le temps" et propose, en moyenne 300 postes sur GovJobs.

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Stephan Hawlitzky, chef du service d'orientation professionnelle au sein de l'Adem / © Maurice Fick / RTL

"Les jeunes veulent un boulot pour construire leur vie, mais ils veulent aussi avoir un poste ou un job qui leur plaît. Ils veulent avoir la conviction qu'ils ont trouvé un emploi qui les satisfait", constate Stephan Hawlitzky, chef du service d'orientation professionnelle au sein de l'Adem.

Et quand ils se rendent compte que ce n'est pas le cas "ils n'ont pas peur de changer directement". Quitte à "passer d'un CDI à un CDD. Ils prennent plus de risques pour trouver le job qui leur plaît", estime avec le recul le spécialiste de l'évolution de l'offre et de la demande sur le marché de l'emploi.

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