Les ventes ne cessent de chuter dans les stations-service du Grand-Duché. En particulier depuis le 1er septembre, date de la mise en place d'une remise carburant côté français.

Du jamais vu! Voir des prix à la pompe plus intéressants en France qu'au Luxembourg. Il aura fallu une guerre, suivie d'une crise de l'énergie, mais les faits sont désormais tangibles et les pertes commencent à inquiéter tout le secteur. D'autant plus que cette remise de 30 centimes, en place en France depuis le 1er septembre et pour deux mois, s'inscrit dans une série noire entamée par le Covid et ses conséquences.

"C’est clairement au niveau de la frontière française qu’on ressent l’impact des réductions mises en place par le gouvernement français, nous a confié Romain Hoffmann, président du Groupement pétrolier luxembourgeois. Nous n’avons pas encore de chiffres officiels mais la diminution des ventes va certainement au-delà des 10% depuis quinze jours.

DES BAISSES DE 45% PAR ENDROITS

Le personnel et les gérants se posent beaucoup de questions. Après le Covid, la fermeture des frontières, et enfin les mesures de soutien, d’abord en Allemagne puis en France, voilà plusieurs mois que le secteur est en souffrance avec des baisses de ventes qu’on estime entre 20 à 30% sur cette période."

"L'impact est très malheureux et ça va encore durer, affirme de son côté Paul Kaiser, administrateur délégué de Petro-Center S.A. Les interventions d'État en Belgique et en Allemagne à peine terminées, nous avons à subir la même chose côté français. Les baisses peuvent atteindre 40 à 45% à certains endroits.

Mais j’ai eu des retours sur ce qui se passe dans certaines stations françaises qui peuvent nous donner de l’espoir. Il peut y avoir de grandes files et donc beaucoup d’attente et il arrive que finalement les pompes soient vides. Ainsi les clients français vont peut-être revenir prendre de l’essence chez nous, surtout qu’ils viennent toujours pour le reste, cigarettes, alcool, etc."

"CERTAINS MEMBRES DU GOUVERNEMENT NE VEULENT PAS SUBVENTIONNER UNE ÉNERGIE FOSSILE"

Par ailleurs, les sociétés qui vendent du carburant au Luxembourg sont la cible de certains mouvements politiques, comme celui des Pirates qui affirme que la marge brute des produits pétroliers augmente de manière disproportionnée dans le pays.

Claude Turmes, le ministre de l’Énergie, a dû réagir sur les propos des Pirates pour rejeter ces accusations, poursuit Romain Hoffmann. Malgré tout, on a l’impression qu’on nous abandonne un peu. On ne se remplit pas les poches, on est tributaires des prix mondiaux, notre marge est réduite. Il y a des paramètres qui font encore diminuer nos marges brutes comme les commissions bancaires. On est impactés négativement sur plusieurs fronts.

La tonalité est la même chez Paul Kaiser: "Nos marges ne sont pas très confortables. On a essayé de motiver nos dirigeants à continuer les interventions au-delà du mois d’août, ça n’a pas fonctionné. Je pense qu’ils devraient mettre en balance les pertes d’accises avec le coût d’une intervention. Mais les raisons sont politiques, certains membres du gouvernement ne veulent pas subventionner une énergie fossile."

Au-delà d'une inquiétude justifiée, l'administrateur délégué de Petro-Center S.A reste malgré tout confiant, Paul Kaiser est même "assez optimiste quant à un retour à la normale dans un futur proche."