Deux années durant, des gens ont pu investir dans le cannabis médical via Juicy Fields et faire de bons profits. A présent, ces investisseurs ont perdu beaucoup d'argent.

Environ 500 000 utilisateurs ou investisseurs auraient été actifs au sein de l'entreprise d'origine allemande Juicy Fields et se seraient fait beaucoup d'argent. Sur cette plateforme de "e-culture", vous pouviez acheter en ligne des plants de cannabis thérapeutique. Ceux-ci étaient ensuite plantés et récoltés. Puis le cannabis était vendu et les profits retournaient chez l'investisseur. Le système semble lucratif et c'est justement pour cette raison qu'autant de gens ont investi dans Juicy Fields. Parmi ceux-ci, au moins 4.000 Luxembourgeois. Un chiffre qui pourrait être bien plus élevé.

Depuis Juicy Fields a plongé. Il se dit que la page web aurait été piratée. Sur le site de Juicy Fields, il est question d'une grève du personnel. Le fait est que les investisseurs ne peuvent plus se connecter, ne récupèrent plus leur argent et s'interrogent sans trouver de réponses. Il n'y a aucune explication officielle sur ce qui est arrivé à Juicy Fields et sur ce qu'est devenu l'argent des investisseurs.

Sur internet, il est de plus en plus question d'"exit scam" (escroquerie de sortie). Il s'agit d'un type d'escroquerie où un client effectue un paiement auprès d'une entreprise pour recevoir un produit. Mais les responsables de l'entreprise s'éclipsent avec l'argent sans livrer la marchandise ou fournir le service. La méthode est particulièrement connue sur le darkweb, où de l'argent est collecté avant que les opérateurs suppriment simplement le site web.

DE NOMBREUX INVESTISSEURS LUXEMBOURGEOIS GRUGES

Parmi les victimes de l'escroquerie "Juicy Fields" figurent également un certain nombre de Luxembourgeois. Il n'y a pas de chiffre précis, mais 260 victimes ont déjà déposé plainte ou souhaitent le faire. Actuellement, les personnes concernées sont rassemblées afin de faire une sorte d'action collective et de ne pas surcharger la police.

L'une d'entre elles s'appelle Mike. Il est l'un des premiers Luxembourgeois à avoir investi et il a largement diffusé la plateforme au Grand-Duché grâce au marketing. 4.000 Luxembourgeois ont investi dans Juicy Fields à travers lui. A présent, il culpabilise et ne veut pas laisser tomber les victimes. C'est pourquoi il s'engage à trouver les personnes concernées et à rassembler les données. Il est en contact avec la police pour ce qui concerne la plainte.

"TOUT SEMBLAIT SERIEUX", RACONTE MIKE

Mike investit souvent sur internet, mais il ne le fait pas à l'aveuglette, il vérifie attentivement dans quoi et dans qui il investit. Avec quelques collègues, ils vérifient les entreprises au préalable, se rendent sur place pour voir si elles existent vraiment, et aussi si elles sont enregistrées. Mike et ses collègues avaient aussi procédé ainsi pour Juicy Fields. C'est un ami qui lui avait signalé cette plateforme de e-culture. Celui-ci avait également visité l'une des plus grandes plantations du Portugal, rencontré le chef d'entreprise et tout documenté. Pour Mike, c'était sûr: cette entreprise existe et il peut y investir en toute sécurité.

Il s'est d'abord acheté un plant pour 50 euros. Au bout de 108 jours, il a reçu entre 68 et 83 euros, soit un bénéfice compris entre 18 et 33 euros. Ensuite il a acheté d'autres plants et réalisé de nouveaux profits. Son avantage: par la suite, il a seulement investi l'argent gagné grâce à ses plants. Au bout d'un moment, Mike a fait du marketing pour Juicy Fields. Il a diffusé la plate-forme sur les réseaux sociaux et a attiré l'attention des gens sur elle. Ce faisant, Mike a aussi gagné de l'argent. Pour chaque personne investissant dans Juicy Fields à travers lui, il a reçu une provision. Actuellement il aurait encore droit à 70.000 euros grâce à ses investissements dans Juicy Fields. Mais Mike n'en verra probablement jamais la couleur.

"QUELQUES SITUATIONS M'ONT RENDU SCEPTIQUE"

Quand Mike investit dans de tels projets, il le fait à fond et veut toujours bien connaître la société. Par conséquent, il a recherché relativement tôt une personne de contact auprès de l'entreprise. Il a finalement eu un contact direct avec l'informaticien de Juicy Fields. Ainsi, il a toujours obtenu des informations un jour ou deux avant qu'elles soient rendues publiques. C'est également ainsi qu'il a pu apercevoir les coulisses. Il a par exemple remarqué que le responsable de Juicy Fields changeait chaque année. C'est là que Mike a eu ses premiers doutes.

Après cela, le scepticisme a crû. La plateforme d'e-culture a eu des problèmes avec les autorités, plus concrètement avec la BaFin, l'autorité fédérale de supervision financière en Allemagne. Le prix d'un plant est en effet toujours de 50 euros, quel que soit l'endroit d'où vient le plant et l'endroit où il est planté. Cela signifie que Juicy Fields a ignoré ou oublié la TVA. La BaFin a déposé une réclamation et la décision a été prise que les personnes de nationalité allemande ne pouvaient plus s'enregistrer auprès de Juicy Fields. Mais ce n'était pas tout. La BaFin a poursuivi ses investigations et il a été rendu public que rien n'était vraiment clair chez Juicy Fields. Cela a rendu Mike et d'autres utilisateurs de plus en plus sceptiques. Jusque-là, il n'était pas encore évident qu'il allait y avoir de grosses pertes financières.

TOUT S'EST EFFONDRE DU JOUR AU LENDEMAIN

Soudain il n'y a plus eu d'argent, les virements n'étaient plus possibles et personne n'avait plus accès à son compte. L'informaticien qui gérait l'ensemble du site a été licencié. De nombreuses questions ont surgi et sont restées sans réponse. "Maintenant nous devons simplement considérer que nous avons perdu notre argent", dit Mike. Il ne sait pas à qui faire confiance dans l'affaire Juicy Fields. Les newsletters disent une chose, le site web une autre, de plus en plus de gens s'expriment en pensant avoir de nouvelles explications sur l'affaire.

Le fait est qu'au Luxembourg, un certain nombre de personnes sont concernées et qu'elles veulent intenter une action contre Juicy Fields. La police luxembourgeoise a ouvert un dossier. Un groupe a également été créé sur Facebook pour les ressortissants luxembourgeois concernés.

Mike s'est engagé à réunir toutes les victimes sur un document et à transmettre celui-ci à la police. A ce jour, 260 personnes se sont déjà signalées par cette voie. Elles veulent porter plainte. Le préjudice financier est élevé. 101 victimes ont ainsi perdu à elles seules 1,6 million d'euros dans cette affaire.