La récente publication d'une vidéo montrant une bagarre dans un lycée serait-elle en train de devenir un nouveau phénomène de violence juvénile dans notre société ?

Judith Reicherzer est responsable du projet médias au lycée Aline Mayrisch, sa mission est de sensibiliser les élèves aux dangers des réseaux sociaux. Elle déclare avoir été effrayée par cette brutalité après avoir reçu la vidéo sur son portable mais elle n'est pas choquée de voir que de telles images proviennent d'un établissement du pays: "il s'agit d'un phénomène plus large, certaines écoles sont d'ailleurs plus concernées que d'autres, mais je pense que chaque école a au moins un cas similaire, lorsque l'on regarde de plus près. C'est un phénomène très répandu de nos jours, pas seulement au Luxembourg, mais dans toute l'Europe".

Les bagarres dans la cour de l'école ont toujours existé. La nouveauté est la présence d'un "cameraman" et que l'enregistrement se retrouve dans des groupes de discussions sur les réseaux sociaux. La plateforme TikTok par exemple, où les jeunes sont entre eux, est utilisée comme outil de propagande, pour se faire sa propre réputation, ou tout simplement pour se vanter de ses "mérites".

Le ministère de l'Éducation au Luxembourg est déjà sur le dossier depuis quelques temps. Pour Alex Folscheid, Premier conseiller au ministère, "il est difficile de juger juridiquement ce genre de situation. Nous sommes choqués, évidemment, par la brutalité, mais nous ne pouvons pas faire le travail de la police et de la justice".

Il ne s'agit pas seulement d'un problème de violence à l'école, mais surtout d'une mauvaise manipulation des médias sociaux. Les pédagogues sont inquiets de l'utilisation de ces vidéos violentes par les jeunes. Il faut absolument miser sur la prévention et donc en parler aux principaux concernés: "le sujet est thématisé dans les écoles sans pour autant lui donner plus d'importance que nécessaire, car c'est peut-être le but que les auteurs des vidéos veulent atteindre: que l'on parle d'eux. Nous souhaitons aborder le sujet avec les élèves qui sont directement concernés", explique Alex Folscheid.

Parler d'un problème sans pour autant donner de mauvaises idées aux enfants, tel est le défi des pédagogues sur le terrain, car l'envie de reproduire ce genre de vidéos pourrait ainsi être provoquée. Judith Reicherzer évite donc tout simplement de montrer ces vidéos aux classes lorsque la thématique des dangers des réseaux comme WhatsApp, TikTok ou Signal est abordée. La pédagogue spécialisée dans les médias est également d'avis que le rôle des parents est très important, même si ce genre de plateforme n'attire pas forcément les adultes, ils devraient s'y intéresser un minimum afin d'en comprendre le fonctionnement, et de jeter un œil à la présence et aux interactions de leurs enfants sur ces réseaux.