Au cours des dernières semaines, une vidéo difficile à regarder a circulé sur les réseaux sociaux. Dans un lycée luxembourgeois, un adolescent est tabassé par deux condisciples, pendant qu'un autre tient la caméra. Mais qu'y a-t-il sur la vidéo?

Pour des raisons déontologiques et pour protéger l'identité des adolescents, nous avons décidé de ne pas montrer intégralement la vidéo. Vous ne verrez donc ici que des captures d'écran, dans lesquelles les visages des agresseurs et de la victime ont été floutés.

EST-CE UNE HISTOIRE LUXEMBOURGEOISE?

La réponse est: oui. La vidéo dure 44 secondes et a été diffusée ces dernières semaines sur les réseaux sociaux au Luxembourg. Mais quel est le contexte et où la vidéo a-t-elle été tournée ?

Le fait est que la vidéo a été enregistrée dans un lycée luxembourgeois de l'ouest du pays le 1er juin, lors de la pause de 9h30. La scène se passe dans des toilettes pour garçons de l'établissement. Deux jeunes élèves, l'un de 6e et l'autre de 5e, frappent brutalement un troisième élève de 6e à coups de poing et de pied.

RTL

© Capture d'écran de la vidéo

Une jeune fille traverse brièvement l'image. Une cinquième personne, qu'on ne voit pas, filme tout cela avec un téléphone portable. A la fin de la vidéo, la victime est à nouveau debout. Il n'est pas possible de voir sur les images si elle est grièvement blessée.

"LA VICTIME N'A JAMAIS ETE EN DANGER ..."

... dit le directeur du lycée concerné, que nos collègues de RTL ont contacté. Il se montre choqué par la violence de la vidéo et parle d'une grande chance que l'adolescent tabassé dans la vidéo, n'ait pas été plus grièvement blessé. Il va bien, selon le directeur. Ce dernier a encore précisé que l'un des auteurs était seulement arrivé récemment dans ce lycée, parce qu'il avait été suspendu dans un lycée de Luxembourg-ville pour des motifs disciplinaires et à cause d'autres affaires.

A la question de savoir sur quoi avaient porté les discussions avec les deux "bagarreurs" de 14 et 15 ans lors du conseil de discipline du 14 juin, il a seulement été précisé à nos collègues de RTL que ces deux élèves ne sont plus dans le lycée concerné. Le lycée a aussi prononcé des sanctions contre les deux autres condisciples - la fille qui traverse l'image et le garçon qui filme - pour "non-assistance à personne en danger".

La direction du lycée a été informée de l'existence de la vidéo quelques jours après les faits. Le jour même, la direction a pris toutes les mesures nécessaires : les parents ont été contactés et le parquet a été informé.

"ENQUETE EN COURS ..."

Interrogés, la police et le parquet ont fait savoir qu'une enquête est en cours. Pour cette raison, ils ne peuvent pas fournir plus d'informations pour l'instant.

Le ministre de l'Education, Claude Meisch, a pris une première fois position publiquement sur la vidéo le 18 juin dans l'émission "Background am Gespréich": "Nous thématisons cela en interne. Nous savons que ce phénomène est en train de se développer. Cela nous préoccupe aussi beaucoup."

CONSEQUENCES POUR LES ELEVES

Les deux élèves qui ont porté des coups dans la vidéo, sont passés le 14 juin devant le conseil de discipline. Ils ont tous les deux été suspendus du lycée. Comme les deux adolescents sont encore soumis à l'obligation scolaire, ils ont été transférés dans un autre lycée.

Selon des informations RTL, les mineurs concernés auraient été contactés par la police judiciaire pour faire d'autres déclarations.
Il n'a pas été confirmé à nos collègues de RTL si l'enquête porte exclusivement sur cette vidéo ou si, peut-être, une structure plus organisée de type "bande" ou "gang" est impliquée dans cet incident.

LA BANALISATION DE LA VIOLENCE

Interrogée, la plateforme BEE Secure a dit ne pas avoir été contactée à ce jour via sa helpline à propos de la vidéo, qui n'a pas été non plus signalée à sa Stopline. Par le passé, il y aurait déjà eu fréquemment de telles vidéos, qui relèvent de la notion de cyber-harcèlement.

BEE Secure aurait déjà été contactée par certaines écoles, dans lesquelles des vidéos violentes tournaient. A ce moment-là par exemple, ils pourraient intervenir et parler avec les classes concernées. "Cela ne s'arrête pas à la cour d'école, mais de telles vidéos peuvent faire le tour jusqu'à ce que tout le pays les ait vues", selon Jeff Kaufmann de BEE Secure. Cela rendrait également les choses plus difficiles pour les victimes, car même après la journée d'école, elles peuvent encore être confrontées au harcèlement. "Les conséquences peuvent être considérables." Pour les victimes, il serait important de savoir qu'elles ne sont pas seules et qu'elles peuvent se faire aider.

En ce qui concerne les auteurs, on peut voir qu'avec de telles vidéos, ils voudraient effectivement se mettre en scène dans les médias sociaux. Ils pourraient ainsi se vanter et, au moyen des "likes", quantifier à quel point leur vidéo est bien perçue. C'est pourquoi BEE Secure lance un appel aux témoins de telles scènes: soyez solidaires des victimes !

Selon des médias et des spécialistes étrangers, ce type de violence semble augmenter de plus en plus en cette période. Il y a des comptes spécialisés dans les médias sociaux, qui propagent ces vidéos violentes. Certaines sont aussi mises en scène. Parfois si bien qu'il existe des doutes sur leur authenticité. D'après le directeur du lycée concerné, cela ne semble cependant pas être le cas dans cette vidéo.