Tandis que trois ministres participent au Sommet de l'OTAN à Madrid où le Luxembourg annoncera son gros effort financier pour la défense, le général Steve Thull, le patron de l'armée, résume les enjeux à venir.

Trois ministres, Xavier Bettel, Premier ministre, François Bausch, ministre de la Défense, et Jean Asselborn, ministre des Affaires étrangères, participent ce mardi et jusqu'à jeudi au Sommet de l'OTAN à Madrid.

Alors que la Russie continue à bombarder l'Ukraine, que la Turquie a levé son veto contre l'adhésion de la Suède et de la Finlande à l'OTAN et que l'Allemagne a annoncé mardi être en train de bâtir la plus grande armée conventionnelle européenne au sein de l'OTAN, ce sommet se déroule à un moment charnière pour la sécurité européenne et transatlantique. Le gouvernement luxembourgeois y annoncera qu'il va faire un gros effort financier de défense qui atteindra 1% de son PIB, soit environ 1 milliard d'euros, à partir de 2028.

Le chef d'État-Major de l'armée, le général Steve Thull, explique les enjeux de ce lourd investissement et ce qu'il changera.

Le Luxembourg s'arme-t-il aujourd'hui en vue de risques potentiels plus grands ?

Il est un adage qui dit: "Si on veut avoir la paix, il faut préparer la guerre". Le plus important est d'avoir une armée qui est capable de répondre aux besoins sécuritaires de demain. Il faut construire aujourd'hui une armée qui, demain, pourra bien répondre à tous les défis. Comme toutes les évolutions auxquelles on assiste dans le monde digital par exemple. Nous sommes en train de tout mettre en place pour répondre "présent".

Pourquoi le Luxembourg fait-il ce très gros effort financier ?

Le but du Luxembourg est d'être un partenaire fiable au sein de l'OTAN. Aujourd'hui l'OTAN demande à tout le monde de faire des efforts pour que les pays investissent jusqu'à 2% de leur PIB dans la défense. Jusqu'à présent le Luxembourg n'a pas été le meilleur des élèves. Et puis il faut veiller que ces investissements dans la défense soient censés. Et je crois bien que, vu les projets annoncés, nous sommes dans le vert.

La création du bataillon belgo-luxembourgeois est une réelle demande de l'OTAN par rapport au Luxembourg et à la Belgique. Une partie de l'argent investi pour arriver à ce 1% servira pour mettre en place ce bataillon. Suivront d'autres projets dont le grand objectif est d'être "do in use", c'est-à-dire d'être aussi bien utiles dans le domaine civil que militaire. Et ça va dans la bonne direction puisque tous nos projets ont toujours été bien accueillis par les partenaires de l'OTAN.

Concrètement, les drones achetés pour l'armée serviront-ils pour le civil ?

Les drones utilisés pour faire de la reconnaissance militaire peuvent également être utilisés dans un autre contexte dans le monde civil. Imaginez des inondations, que des personnes ont disparu et qu'il n'est pas tout de suite possible de voir où elles se trouvent. Avec un drone vous pouvez survoler ces zones et détecter ces personnes.

Dans quels domaines le Luxembourg veut-il apporter sa plus-value ?

Au niveau militaire nous voulons faire un pas en avant. Aujourd'hui nous faisons de la reconnaissance légère, dans le futur nous ferons de la reconnaissance médiane. Aujourd'hui nous avons de petits drones d'observation. Nous venons d'acquérir un drone qui peut être utilisé au niveau d'une brigade et qui peut être utilisé jusqu'à une distance de 100 km. Ces drones seront remplacés à l'avenir puisque les capteurs vont devenir toujours plus performants.

Dans le domaine cyber nous avons mis des choses en place comme la plateforme "Cyber Range" de la Défense luxembourgeoise (qui est hébergée et maintenue par l'agence OTAN de soutien et d'acquisition, NSPA). Mais nous allons encore évoluer dans ce domaine pour devenir encore plus performant et avoir une meilleure sécurité dans nos systèmes.

Autre grand domaine: l'Espace. Nous avons aujourd'hui un satellite de communication et avec LUXEOSys on va avoir un satellite d'observation qui pourra être très utile dans le domaine civil.

L'Armée va avoir besoin d'effectifs supplémentaires ?

L'Armée va grandir. Déjà avec la mise en place du bataillon belgo-luxembourgeois on estime qu'on aura besoin d'une centaine de personnes en plus. Mais également pour mettre en place tous les projet accompagnant le tout grand projet du bataillon belgo-luxembourgeois.

Pour tout ce qu'on veut faire dans le domaine du cyberespace et de l'espace tout court, on aura besoin de spécialistes supplémentaires que nous recruterons dans le civil.

Dans quel laps de temps allez-vous recruter ces cent personnes ?

L'objectif est d'avoir un bataillon opérationnel à l'horizon 2028. Aujourd'hui les soldats restent à l'armée durant trois ans et puis, ils nous quittent. Dans le futur, la nouvelle loi prévoit qu'ils restent quatre ans. Donc si on veut avoir un soldat qui a encore une une "durée de vie" au sein de l'armée de deux ans, il faut seulement le recruter en 2026. On a donc encore un peu de temps.

Et puis la nouvelle loi permettra de recruter des bachelors au niveau de l'officier et des personnes qui ont obtenu leur baccalauréat. Ce qui va agrandir le vivier des personnes que l'armée pourrait intéresser.

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