Une date changeante, des fêtes clandestines, un hymne national controversé,... l'histoire de la Fête nationale luxembourgeoise est émaillée d'anecdotes surprenantes.

LA DATE QUI A CHANGÉ... TRÈS SOUVENT

Le 23 juin est depuis 60 ans cette année, la date officielle de la Fête nationale luxembourgeoise. Un arrêté grand-ducal du 23 décembre 1961 a fixé le jour de la fête-anniversaire au 23 juin.

Depuis 1919 et jusque-là, la Fête nationale -que les Luxembourgeois appellent communément "Groussherzogsgebuertsdag" ou "Nationalfeierdag", était fêtée le 23 janvier. Tout simplement parce que la souveraine d'alors, la très aimée grande-duchesse Charlotte, était née le 23 janvier 1919. La date a été reculée au 23 juin pour des raisons météorologiques.

Mais le jour anniversaire du souverain est férié au Luxembourg depuis 1947.

Le jour de la Fête nationale n'a cessé de changer au cours des deux derniers siècles. Depuis 1816 (Guillaume Ier est devenu grand-duc de Luxembourg en 1815), Les Luxembourgeois ont dû "s'acclimater" à neuf changements de date!

DEUX FÊTES NATIONALES LA MÊME ANNÉE !

En 1840, sous le règne de Guillaume II, deux fêtes nationales ont été célébrées la même année!

Comme le roi des Pays-Bas était né le 6 décembre 1792, la Fête nationale avait logiquement lieu le 6 décembre.

Mais en raison de l'avènement de Guillaume II (1840-1849), une première fête nationale a été célébrée le 24 août.

UN HYMNE "SURPRENANT" POUR CE GOUVERNEMENT

"Ons Heemecht" (Notre patrie), l'hymne national luxembourgeois, n'est pas un chant guerrier, contrairement à la Marseillaise française par exemple, mais c'est un vibrant appel à la paix. C'est un chant qui "décrit le pays et ses différents paysages" (il y est fait référence à la Moselle, l'Alzette, les rochers, les champs, etc.), résume Michel Pauly, Professeur émérite en histoire transnationale luxembourgeoise à L'Université du Luxembourg et auteur de "Histoire du Luxembourg".

Bien que le texte date, il a été écrit en 1859 par Michel Lentz et mis en musique par Jean-Antoine Zinnen, "Ons Heemecht" est officiellement l'hymne national depuis 1993. Une loi a alors fixé que la première et la dernière strophes constituaient l'hymne national luxembourgeois.

Mais, fait remarquer l'historien, "la dernière strophe est une prière à Dieu. Et c'est très étonnant que le gouvernement qui a décidé la séparation de l'Église et de l'État n'ait pas aboli la dernière strophe comme hymne national". La voici:

"Ô Toi aux cieux qui nuit et jour
Diriges les nations du monde;
Écarte du pays de Luxembourg
L'oppression étrangère".

DES FÊTES "CLANDESTINES"

Ces trois dernières années, la fête nationale n'a pas été célébrée comme à l'habitude. En cause en 2021 et 2020, le Covid-19 et les mesures sanitaires qui y sont liées. Mais en 2019 déjà, les travaux liés au tram avaient empêché que la parade militaire ne se déroule sur l'avenue de la Liberté. Les festivités avaient alors été déplacé sur l'avenue J.-F. Kennedy au Kirchberg.

Mais il est arrivé à d'autres reprises que les Luxembourgeois soient privés de leur fête nationale, notamment durant la Seconde Guerre mondiale lorsque le pays était sous domination de l'occupant nazi et que sa souveraine, la grande-duchesse Charlotte se trouvait en exil (de mai 1940 à septembre 1944).

Sauf qu'en cette période noire de l'histoire luxembourgeoise, "elle a été célébrée clandestinement. Les gens sont allés à la cathédrale, ils ont prié et chanté, sans le dire officiellement", raconte Michel Pauly. Les Luxembourgeois ont alors "fleuri leurs fenêtres, ou les tombes, avec des fleurs en bleu-blanc-rouge pour montrer le 23 janvier qu'ils avaient bien conscience que c'était l'anniversaire de la Grande-Duchesse.

UNE SALVE DE 21 COUPS DE CANON 

Ce 23 juin 2022 après la cérémonie cérémonie à la Philharmonie Luxembourg, 21 coups de canon seront tirés en l'honneur du Grand-Duc au Fetschenhaff (au Cents) à 11h00 normalement. Les coups résonnent dans la capitale souvent au moment où le couple grand-ducal quitte la Philharmonie pour se rendre sur l'avenue de la Liberté où a ensuite lieu la prise d'armes.

Il n'y a pas si longtemps, c'étaient 101 coups de canon qui étaient tirés au Fetschenhaff par l'Armée luxembourgeoise peu avant la célébration du Te Deum.

Suite à l'adoption, en juin 2011, d'une règlementation interne de la Maison de Luxembourg-Nassau, le gouvernement et le Palais grand-ducal ont décidé que seuls 21 coups de canon seraient tirés dorénavant pour tout type de tir d'honneur (Fête nationale, visite d'État, naissance d'un prince ou d'une princesse). La Maison de Luxembourg-Nassau a ainsi introduit l'égalité entre hommes et femmes appelés à monter sur le trône. Avant 2011, la naissance d'un prince était salué par 101 coups de canon et celle d'une princesse par 21 coups de canon au Luxembourg.

La tradition des tirs de canon, toujours vivante en France (investiture d'Emmanuel Macron le 7 mai 2022), en Grande-Bretagne (70 ans de règne d'Elisabeth II), aux États-Unis (investiture de Joe Biden), mais aussi en Italie, Turquie, Russie, etc, est un symbole d'honneur pour rendre hommage à un État ou un souverain.

En France son origine remonte au 14e siècle, lorsque les navires tiraient des coups de canon en mer pour signifier aux autorités d'un port étranger leurs intentions non belliqueuses en vidant leurs canons.

À lire également: 

Une date "climatique": La Fête nationale célébrée un 23 juin depuis... 60 ans

Feu d'artifice, concerts, cérémonie: Tout le programme de la Fête nationale en un un clin d'œil 

Circulation, déviations, parkings: Comment célébrer la Fête nationale sans stresser sur la route

L'histoire du Grand-Duché en 2 minutes: Comment le Luxembourg a évolué au fil du temps