La pratique est macabre, mais serait efficace. Pour faire fuir les corbeaux qui se jettent sur les semences de tournesols de son champ à la frontière française, un agriculteur luxembourgeois utilise une ancienne technique qui peut heurter aujourd'hui.

Des poules mortes pendues au bout de poteaux en plein champ! La scène se déroule bien en 2022 dans un vaste champ de Hagen, petite commune située à la frontière franco-luxembourgeoise entre Évrange et Mondorff. Elle peut paraître incongrue de nos jours, mais était fréquente par le passé dans nos campagnes.

En cause, sont les corbeaux. Ils peuvent rendent la vie dure aux agriculteurs ces temps-ci en se ruant sur les graines qui viennent d'être semées. Se pose alors la question de comment les tenir à l'écart des champs?

Une vieille pratique, plutôt macabre, consiste à accrocher des corbeaux morts ou des poules au bout de poteaux pour dissuader les corbeaux de manger les graines de tournesol plantées en terre. C'est précisément l'idée qu'a eu Jean-Pierre Nau, un agriculteur d'Itzig qui cultive un champ du côté de Hagen.

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© Monique Kater

Les corbeaux peuvent faire des ravages et Jean-Pierre Nau en a assez car des pans entiers de parcelles cultivées peuvent être détruits. "Normalement des tournesols sont plantés tous les 20 centimètres, mais là il ne reste plus qu'une tige", montre Jean-Pierre Nau. "Cela ne deviendra plus jamais une plante car les feuilles sont mangées", explique-t-il.

"Maintenant, à cause de la guerre en Ukraine, il n'y a plus d'huile de tournesol au supermarché", relève-t-il. Il précise que comme "les prix (de vente des graines de tournesol) sont bons", il en a planté davantage cette année, mais le problème avec les corbeaux "devient trop important en ce moment". Il a même dû replanter un champ de six hectares tant les ravages étaient importants.

Attraper des oiseaux pour les abattre ensuite n'est plus une pratique tolérée. Mais suspendre des carcasses de volatiles à des poteaux, est tout aussi scandaleux de nos jours. C'est d'ailleurs interdit au Luxembourg et dans l'UE, explique Félix Wildschutz, directeur de l'Inspection vétérinaire.

Les poules suspendues à Hagen, ont été tuées par le renard assure l'agriculteur. Il sait bien que ce n'est pas la meilleure solution. Mais il sait aussi que par ce biais il éveillera l'attention des gens et que le problème qui l'assaille et lui coûte cher, sera peut-être pris plus au sérieux.

Autrefois, les graines étaient traitées avec une substance qui rebutait les corbeaux. Aujourd'hui, c'est devenu tabou, et une solution serait peut-être de recourir à des piégeurs professionnels. Entre le prix des nouvelles semences, et les pertes de rendement liées au retard des cultures, le surcoût pour l'agriculteur s'élève à 1.500 à 2.000 € par hectare. Soit une perte sèche qui se chiffre entre 15.000 et 20.000 euros.