Isolement, manque de motivation, cours à distance… les étudiants au Luxembourg et ailleurs ont souffert de la pandémie. Après deux années de chamboulement, ont-ils retrouvé un semblant de vie étudiante?

La santé mentale des jeunes a été particulièrement affectée au cours de la crise sanitaire du Covid. Les causes principales: le manque de contact social et l’incertitude du lendemain. "Selon une petite enquête réalisée auprès de nos membres en mars 2021, il s'est avéré que la santé mentale des étudiants s'est aggravée", pose d'emblée Polina Bashlay, présidente de l'Association des Cercles d’Étudiants Luxembourgeois (ACEL).

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Leandro, étudiant à l'Université de Lorraine à Metz

Leandro, 23 ans, a beaucoup souffert au début de la crise sanitaire. L’étudiant luxembourgeois était en première année de licence en Information et Communication à l’Université de Lorraine à Metz. À la rentrée scolaire en septembre 2021, il démarre sa troisième année avant de jeter l'éponge. Le fait que la pandémie perdure "a joué sur mon arrêt d’études, mais ce n’est pas la seule cause". Leandro ne s'étend pas davantage.

"J’étais trop dans mon monde", se souvient Bogdan. L'étudiant de 23 ans en Master en Enseignement secondaire à l’Université du Luxembourg, a vécu les premiers mois de Covid à Bucarest, où il a étudié jusqu’en 2020. Les étudiants roumains sont eux aussi passés par les difficultés des cours à distance. En plus de la fermeture de son université, il vivait seul et faisait face à des problèmes de santé.

À son arrivée au Luxembourg le 1er septembre 2020, Bogdan a besoin de temps pour réfléchir et décide de prendre une année sabbatique. "Je cherchais un Master qui me correspondait, je voulais d’abord prendre le temps de comprendre la situation actuelle avec la pandémie et me comprendre moi en tant qu’humain".

Aujourd’hui installé au Luxembourg, Bogdan tire un constat tout à fait différent des conséquences de la crise sanitaire sur sa santé mentale: "La pandémie m’a rendu beaucoup plus créatif avec moi-même, je devais sans cesse trouver des activités marrantes. Je suis sorti de ma zone de confort".

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Bogdan, étudiant à l'Université du Luxembourg

Roberta, 22 ans, étudiante dans le même Master à l'Université du Luxembourg, a mis du temps à s’habituer au nouveau contexte: "Avec le temps, je m’y suis faite. Le début m’a beaucoup déprimée." À la suite du passage des cours en distanciel, Roberta peine à s’adapter. "Ce qui était très fatigant c’était de ne pas pouvoir aller à l’école, au bout d’un moment je décrochais, je n’avais plus envie de suivre les cours en ligne, j’étais fatiguée, dans mon lit." Néanmoins, Roberta a su s'habituer, elle admet qu’elle est forte et qu’elle "s’en est bien sortie comparée à d’autres".

Un discours que rejoint Polina Bashlay de l'ACEL: "Après presque deux ans de pandémie, les étudiants se sont habitués et adaptés à la situation. Bien sûr, la normalité est encore loin, mais nous en tirons le meilleur parti."

Ksenia, étudiante de 22 ans en troisième année de licence en Information et Communication à l’Université de Lorraine à Metz, a mal vécu les premiers temps de la crise. À l’époque, elle est étudiante à Montpellier et se retrouve confinée dans son studio avec son copain.

"On était seuls, il y avait très peu de lumière dans notre appartement et on n’osait pas sortir. Il y avait beaucoup de dénonciations dans notre voisinage." Ils se retrouvent donc isolés, leur famille résidant au Luxembourg et Ksenia se souvient de cette période comme étant particulièrement "déprimanteet effrayante".

COURS PERTURBÉS, TROUVER UN PATRON,...

Les étudiants ont été confrontés à de nombreux obstacles tels que des problèmes de connexion Internet pour suivre les cours, l'isolement social, la démotivation.

Marie, 25 ans et étudiante en deuxième année à l’EFP à Bruxelles, a fait face à des difficultés propres à son orientation scolaire. En septembre 2020, après s’être démenée pour trouver une alternance en pâtisserie, elle arrive enfin à Bruxelles et démarre son apprentissage. Au début de la pandémie, elle résidait à Lyon, ville où elle a effectué son Master 1 en droit avant de décider de se réorienter.

En pleine crise sanitaire, elle cherche donc un patron à Lyon, mais elle est vite confrontée à des obstacles: "Il était difficile de se déplacer en France, il fallait à chaque fois avoir une attestation sur l’honneur. En plus, j’étais seule avec moi-même, le contexte était bizarre".

Malgré tout, Marie confie ne pas considérer avoir été particulièrement affectée par la situation: "J’appréciais quand même ma tranquillité".

Roberta se souvient qu’au début de la crise du Covid "les changements au niveau des cours étaient déstabilisants. On était confrontés à un nouveau mode d’enseignement." Ainsi, les professeurs ont dû improviser et certains n’ont jamais vraiment réussi à s’adapter.

CETTE VIE ÉTUDIANTE QUI PEINE À REDÉMARRER

Ces deux dernières années, les étudiants ont dû sacrifier leur vie étudiante. Être étudiant, c’est étudier mais c’est aussi la vie sur le campus, les sorties, les soirées, toutes ces choses qui n’ont pas été possibles pendant plusieurs mois.

Marie est arrivée en pleine période de restrictions en Belgique. "Pour découvrir la ville, rencontrer des gens, c’était compliqué. Les bars étaient fermés. Ça a commencé à me peser. J’avais envie de voir autre chose."

Récemment arrivé au Luxembourg, Bogdan a eu du mal à se créer un réseau d’amis. Il avoue que la pandémie a affecté ses activités le week-end, même si avec le temps, il a su faire des rencontres grâce à son service civique.

Quant à Roberta, elle explique avoir eu plus de travail à faire seule et elle a commencé à être démotivée: "J’avais une masse de travail à faire et je ne sortais pas." S’y ajoutait l’incertitude constante: "On ne savait jamais à quoi s’attendre".

Elle admet qu’aujourd’hui encore, la situation reste compliquée à vivre. Le fait de porter le masque en cours, de devoir garder leurs distances entre étudiants, tout cela continue à l’affecter.

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Roberta, étudiante à l'Université du Luxembourg

Pour Ksenia, étudiante à Metz, "la vie étudiante, on ne l’a jamais retrouvée". Même constat pour Polina Bashlay qui estime que "la vie quotidienne des étudiants, qui consiste à aller à l'université pendant la journée et à sortir le soir avec des amis pour faire la fête, n'est pas toujours possible."

DES RÉSULTATS SCOLAIRES AFFECTÉS?

De même que les injustices sociales se sont creusées pendant la crise du Covid, certains étudiants ont plus souffert que d’autres ces deux dernières années. Ce bilan transparaît aussi sur les résultats scolaires.

Leandro explique que le passage des cours en distanciel a eu un impact sur sa réussite scolaire: "sur place on a plus de motivation, on voit les profs, nos amis, et il y a une certaine ambiance. Vu que j’étais isolé, seul, ça a pesé sur mon moral et le moral a pesé sur mes notes."

Pour Bogdan et Ksenia, les conséquences de la pandémie n’ont pas impacté leurs résultats scolaires. Même constat pour Roberta qui se souvient: "J’ai su m’adapter, je n’ai pas baissé les bras".

Polina Bashlay espère qu'en 2022 "la pandémie se calmera et que tout le monde pourra, autant que possible, revenir à la normale. La grande tâche que l'ACEL s'est donnée pour cette année est de poursuivre la gestion de crise et de soutenir les étudiants."