C'est décidé! Comme il n'y a pas eu de "niet définitif", le texte instaurant une obligation vaccinale ciblant les plus de 50 ans et le secteur de la santé "sera déposé". Xavier Bettel l'a annoncé ce mercredi soir au parlement, après un débat de consultation fleuve.

Ce mercredi après-midi les députés devaient se prononcer sur plusieurs questions concrètes posées dans le document de synthèse tout en prenant en compte l'avis des experts sur l'obligation vaccinale, deux documents rendus public il y a tout juste quelques jours. "Un délai très court", a reconnu d'emblée le Premier ministre Xavier Bettel en posant l'urgence: "Nous sommes dans une situation qui ne nous laisse ni des semaines, ni des mois. C'est une course contre le virus!"

Le débat de consultation qui a duré plus de 5h30 à la Chambre ne s'est pas soldé par un vote pour ou contre la vaccination obligatoire. Mais il a permis à chaque parti de se positionner et au Premier ministre de prendre le pouls, pour conclure face aux 60 députés: "Nous sommes d'accord sur le fond". Il note qu'il "n'y a pas de niet définitif".

Surtout de la part du CSV, principal parti d'opposition qui plaide en faveur d'une vaccination obligatoire généralisée dès 18 ans, applicable aux résidents, comme aux frontaliers. Les trois partis de la majorité gouvernementale (DP, LSAP et Déi Gréng) suivent -avec certaines conditions- l'avis des cinq experts.

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Xavier Bettel: "Oui! nous avons besoin d'une vaccination obligatoire. Cette question est tranchée". / © Screenshot: Chamber TV

Ils sont pour une vaccination obligatoire de toutes les personnes de plus de 50 ans et le secteur de la santé et des soins. L'adr, déi Lénk et les Piraten sont contre une vaccination obligatoire, mais pas contre la vaccination volontaire.

La ministre de la Justice, Sam Tanson (Déi Gréng), chargée de tout le volet juridique de la future loi autonome, retient la "large approbation" du parlement pour aller sur la voie d'une obligation vaccinale au Luxembourg. Pour que la future loi tienne, elle doit avoir un but. Le gouvernement "en a deux: Le renforcement du système de santé pour éviter une surcharge des hôpitaux et revenir aux libertés" d'avant crise Covid, a résumé Sam Tanson. Avant de reconnaître que toutes les restrictions ne pourront pas être levées aussitôt l'obligation vaccinale votée.

Xavier Bettel a donc tranché en toute fin de session: "Le texte (de loi) sera déposé. Nous sommes prêt à prendre nos responsabilités. Ce sera un pas vers plus de normalité et une meilleure protection des plus faibles de notre société".

LES EXPERTS "EN SAVENT PLUS QUE NOUS"

Dès l'entame du débat de consultation Xavier Bettel avait donné le ton: "Les cinq experts indépendants sont très clairs et le gouvernement va suivre ces recommandations. Oui! nous avons besoin d'une vaccination obligatoire. Cette question est tranchée. Non pas par des politiciens, mais des experts indépendants. Ils en savent plus que nous dans cette salle".

Restait à entendre les propositions des partis pour trancher toutes les questions plus politiques comme celle d'inclure ou non les frontaliers ou des sanctions à infliger à ceux qui refuseront toujours de se faire vacciner. "Nous avons reçu beaucoup de réponses et je peux vous garantir que tout sera précisément analysé au moment de la rédaction du texte", a assuré le Premier ministre, soulignant la sérénité des débats, tout juste troublés par l'adr.

Son porte-parole, le député Fernand Kartheiser, estime que l'argument de la surcharge des hôpitaux qui pourra être évitée grâce à la vaccination imposée à l'avenir aux plus de 50 ans, est "la résultante d'une politique menée depuis des années par le LSAP!" C'est le parti de Paulette Lenert, ministre de la Santé. Lui lançant directement depuis le pupitre: "Nous ne voulons pas de vaccination obligatoire! Ni de sanction! C'est quoi ce modèle de société que vous nous proposez ?"

"LA DERNIÈRE CARTOUCHE" À NE PAS TIRER TROP VITE

"Des temps anormaux appellent à prendre des chemins anormaux", a expliqué Paulette Lenert qui reconnait qu'après deux ans de pandémie, "nous avons cumulé des connaissances, mais nous marchons toujours dans le noir car nous devons travailler avec beaucoup d'inconnues. Nous ne savons pas vraiment quel sera le taux de vaccination pour atteindre l'immunité collective". Ni quand arriveront les nouveaux vaccins ou médicaments curatifs et ne savons pas quels nouveaux variants surgiront. Fait est "qu'aucun expert ne peut nous donner de garantie, mais nous ne pouvons pas aller vers le printemps sans réagir".

Aux yeux du CSV, une vaccination obligatoire généralisée est "justifiée, légitime et proportionnelle". Elle doit arriver "aussi vite que possible. Idéalement votée en février, en mars au plus tard et ne pas attendre septembre. Ce serait perdre le contrôle sur la prochaine vague", estime Claude Wiseler. Son credo: En logeant toute le monde à la même enseigne, on supprime les discriminations et incertitudes.

Le LSAP et les Verts sont d'accord pour lancer immédiatement les travaux de rédaction du futur texte; mais ne veulent pas aller plus vite que la musique. "La vaccination obligatoire semble être la dernière cartouche pour surmonter la pandémie" et éviter une 5e vague, mais "il ne faut pas prendre de décision finale avant d'avoir toutes les informations", prévient Yves Cruchten (LSAP). En citant l'exemple d'une nécessaire modélisation de l'impact des plus de 50 ans sur le secteur hospitalier ou de l'évaluation du régime 3G au travail "d'ici la mi-février".

PLUS CHER QU'UN PV DE STATIONNEMENT MAIS PAS PLUS DE 500€

La grande majorité des partis écartent la sanction pénale, mais préconisent une amende. Elle devrait être "systématique, entre 200€ et 500€ et répétitive à chaque fois que l'invitation à se faire vacciner n'est pas suivie", pose Claude Wiseler (CSV). Elle devrait être de 250€ au maximum et répétitive pour le LSAP.

Elle devrait "coûter plus cher qu'un mauvais stationnement (24€) mais d'un montant qui ne ruine pas les moins bien rémunérés", glisse Josée Lorsché (Déi Gréng). "Une forte somme ou une plus petite, mais répétitive, ce qui importe est son effet. Soit on se fait vacciner, soit on assume la sanction", tranche Gilles Baum (DP).

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