Alors que le secteur automobile et le secteur de la construction sont toujours confrontés à des pénuries dues à des problèmes d'approvisionnement, le marché du papier voit à son tour surgir des tensions.

Des livres qui ne peuvent plus être imprimés, des prix qui explosent, des producteurs qui ne peuvent plus suivre: il est de plus en plus question d'une pénurie de papier à l'étranger. Mais quelle est la situation actuellement au Luxembourg?

Déclin du papier à cause de la numérisation

Le papier: un matériau que nous utilisons chaque jour sous ses différentes formes et qui se raréfie peu à peu à certains endroits. C'est particulièrement perceptible dans les imprimeries actuellement, explique Roland Dernoeden, directeur général de l'Imprimerie Centrale à la Cloche d’Or. Environ 2 000 tonnes de papier y sont transformées. Des brochures aux livres, en passant par des cartes de visite et des enveloppes, à peu près tout peut être imprimé. Mais la branche était en fort déclin ces dernières années, précise Roland Dernoeden. Une des raisons étant la numérisation qui a contribué à une baisse constante de la demande de papier pendant des années. A présent la demande repart et rapidement.

Roland Dernoeden: "L'économie a été stoppée par la pandémie. Ensuite ça a été mieux et beaucoup de sociétés comme Amazon ou Ikea, ont alors acheté massivement de la ‘pâte à papier’. C'est une matière première du papier. Ils en font des cartons pour pouvoir faire leur business sur internet. Et l'imprimeur est le dernier de la chaîne, qui doit alors endurer cela."

Hausse du prix du papier de 25 à 30%

Cette évolution a pour conséquence que le prix du papier a explosé. Une hausse de 25 à 30% rien que cette année. "Les fournisseurs de papier nous donnent un prix, disons 100 euros, et ensuite nous recevons la facture et il est indiqué 140 euros. Personne ne comprend cela, et nous non plus." C'est avec ces mots que Roland Dernoeden décrit cette situation tendue. Des coûts de transport et des prix énergétiques élevés font que des frais supplémentaires viennent s'ajouter. Une hausse des prix que l'Imprimerie Centrale doit ensuite répercuter à ses clients. Les délais de livraison du papier constituerait un autre problème. Il faudrait attendre les commandes de papier entre huit et douze semaines.

Pas de pénurie de livres en librairie

Dans les librairies en revanche, la situation est encore relativement détendue. Abstraction faite de délais de livraison plus longs pour certains livres, les conséquences de la pénurie de papier ne se feraient pas encore ressentir, selon Paul Ernster de la Librairie Ernster. En vue de Noël, les stocks ont été remplis, car le livre reste un cadeau apprécié. Il ne devrait donc pas y avoir de pénurie pour les livres de format standard. Paul Ernster pourrait toutefois s'imaginer que les prix des livres s'adaptent à la hausse.

"Nous produisons avec une marge négative"

Mais qu'est-ce que cela implique pour les usines à papier? Ces usines qui sont au fond à la source? Pour le découvrir, nous nous sommes rendus à Virton. L'une des plus grandes usines à papier d'Europe se trouve de l'autre côté de la frontière belge. Deux unités de production sont installées sur une superficie de 100 hectares: on y fabrique du papier, mais aussi de la cellulose, c'est-à-dire la matière première utilisée pour faire du papier. La forte demande devrait donc faire le jeu de l'entreprise, mais ce ne serait malheureusement pas le cas, explique Giovanni Lo Presti, directeur général de Burgo Ardennes.

Giovanni Lo Presti: “Bien sûr, la faible offre sur le marché nous permet d'utiliser à 100% nos capacités de production, mais cela ne nous arrange pas. Bien que nous exploitions à plein rendement, nous produisons avec une marge négative. Les prix de l'énergie et des produits chimiques ont tellement augmenté que nous ne sommes plus en mesure de les absorber, même pas en vendant nos produits plus cher."

La Chine et la Corée n'exportent plus de papier

Par ailleurs, Giovanni Lo Presti ne pense pas que la demande de papier a augmenté. Elle serait simplement revenue au même niveau qu'avant la pandémie. Mais certains facteurs contribuent à réduire l'offre. Comme par exemple le fait que de nombreuses usines à papier ont cessé de produire du papier graphique en raison de la pandémie, pour se diriger vers des secteurs plus sûrs.

Giovanni Lo Presti: “Un autre point est que des pays asiatiques tels que la Chine et la Corée n'exportent plus de papier. Les coûts de transport ont explosé : un conteneur depuis la Chine vers l'Europe coûte aujourd'hui entre 13.000 et 15.000 dollars. Plus cher que le papier qu'il contient. Dans le même temps, les prix énergétiques explosent. La Chine a donc décidé d'arrêter toutes les activités énergivores qui n'ont aucune valeur stratégique pour son pays. Et parmi celles-ci, il y a le papier."

C'est seulement quand l'économie mondiale se redressera et que du papier pourra être livré à nouveau de l'étranger qu'il y aura un retour à l'équilibre entre l'offre et la demande, considère Giovanni Lo Presti, qui a plus de 30 ans d'expérience dans l'industrie du papier. Mais cela pourrait encore durer, selon lui. Quant à l'avenir de Burgo Ardennes, il faudrait réfléchir à fabriquer d'autres produits, vu que la demande de papier va diminuer à long terme, d'après Giovanni Lo Presti: "Les produits les plus prometteurs à tous égards actuellement sont certainement les emballages."

Le reportage de nos collègues de RTL en luxembourgeois: