Les prix records actuels et les taxes successives sur les carburants sonneront-ils le glas du tourisme à la pompe? L'écart des prix avec les pays frontaliers se réduit de jour en jour. Le Luxembourg est de moins en moins attractif, mais l'enjeu reste énorme pour l'État.

Jamais les prix des carburants n'ont atteint de tels sommets au Luxembourg. Ce mercredi le litre de diesel coûte 1,50€ à la pompe. C'est un record, mais aussi une barre symbolique jamais franchie au Grand-Duché.

Fait est que pour le portefeuille des automobilistes, l'écart entre les prix appliqués au Luxembourg et dans les pays limitrophes, continue de diminuer nettement. À un point tel, qu'il est aujourd'hui légitime de se demander s’il est toujours rentable de venir faire son plein au Luxembourg?

-> Le litre de diesel passe à 1,50€, un record!

La différence n'est plus que de 10 centimes entre le litre de diesel vendu dans une station Total de Fénétrange en Moselle (1,607€) et les stations luxembourgeoises, où tous les prix sont tous les mêmes. Plus près, dans la station Esso Express d'Hayange, il est affiché à 1,659€ le litre. Soit 15,9 centimes d'écart. Le site officiel français des prix des carburants indique qu'en moyenne, le diesel est à 1,685€ en France. Le SP95 est affiché à 1,732€.

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Jamais les prix des carburants n'ont été aussi élevés au Luxembourg que ce mercredi 9 février 2022. / © Maurice Fick / RTL

En janvier 2019 (l'année avant la crise sanitaire) le SP95 était 26,5% plus cher en France qu’au Luxembourg, tandis qu’aujourd’hui, la différence n’est plus que de 11,1%. Idem pour le diesel, le carburant le plus vendu, son prix était alors 33% plus cher en France qu'au Luxembourg, tandis qu'aujourd'hui l'écart n'est plus que de 11%!

Aujourd'hui, avec un litre de diesel fixé à 1,50€ au Luxembourg, l'automobiliste n'économise plus que 14,8 centimes par litre par rapport aux dix meilleurs prix trouvés dans les stations de Moselle. Sur un plein de 50 litres, le gain s'élève donc à 7,40 euros. Pour celui qui vient d'un secteur proche de la frontière, cela vaut encore le coup. Mais venir de Metz spécialement pour faire un plein n'est plus rentable.

MÊME CONSTAT AVEC LA BELGIQUE ET L'ALLEMAGNE

En janvier 2019, Le SP95 était 13,1% plus cher en Belgique qu'au Luxembourg. Trois ans plus tard, l'écart n'est plus que de 10,6% entre les deux pays reliés par l'A6.

Le décalage est encore plus net pour le diesel. Le litre de gasoil était de 32% plus cher en Belgique qu'au Luxembourg en janvier 2019. Aujourd'hui, il reste une différence de 11,4%.

Le SP95 était 17,2% plus cher en Allemagne qu’au Luxembourg en janvier 2019, tandis qu’aujourd’hui, la différence n’est plus que de 11,4%.

Même tendance pour le prix du diesel. Il était 15,7% plus cher en Allemagne qu'au Grand-Duché en janvier 2019. Fin janvier 2022, la différence de prix n'était plus que de 11,8%.

UNE VOLONTÉ POLITIQUE

Le Grand-Duché avait annoncé, le 16 décembre 2019, une augmentation du tarif de ses carburants sur deux ans. "Les prix du diesel et de l'essence au Luxembourg se situant bien en dessous de ceux des pays limitrophes, il est essentiel de diminuer progressivement les écarts de prix avec les pays voisins, afin de réduire les exportations de carburant", précisait le communiqué du gouvernement Bettel-Lenert.

Le but de la hausse de la taxe CO2 étant d'atteindre les objectifs du pays en matière de réduction du dioxyde de carbone. Cette politique pourrait aujourd'hui, et par ricochet, porter un coup fatal au tourisme à la pompe.

Un phénomène économique majeur qui représentait 75% des carburants vendus au Luxembourg en 2019. À l'époque, le prix des carburants était, en moyenne, 37% plus avantageux au Luxembourg qu'en France. La comparaison n'est pas aisée, car en France les prix ne sont pas partout les mêmes. Mais sur le prix moyen pratiqué à cette époque, la différence de prix était au minimum de 23 centimes pour un litre de diesel, parfois beaucoup plus.

La différence avec les prix affichés en Belgique était encore plus importante avec un écart moyen de 42 centimes par litre de diesel.

UNE VRAIE MANNE FINANCIÈRE

Malgré la crise sanitaire liée au Covid, le Luxembourg est devenu le champion d'Europe en 2021. Selon le Groupement pétrolier luxembourgeois, le secteur pétrolier génère des revenus fiscaux d'environ 2 milliards d'euros par an qui vont tout droit dans les caisses de l'État. Soit environ 3% du PIB du Luxembourg.

Une manne financière dont profite le pays qui compte près de 240 stations-service, soit une pour 2.700 habitants. En France, c'est une station pour 5.900 habitants.

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Une augmentation du prix du diesel par rapport aux voisins permet "d'atteindre les objectifs climatiques, mais d'avoir moins d'impôt dans les caisses", avait résumé il y a peu, Jean-Jacques Rommes, vice-président du Conseil économique et social, sur les ondes de RTL. Il est temps de clarifier les choses et de "savoir ce que nous voulons". Il avait demandé au gouvernement de "dire une fois très clairement où nous mène ce voyage?"

Henri Pleimling de TotalEnergies, ne craint pas vraiment pour l'attractivité du Luxembourg. Tout simplement parce que les frontaliers "ne viennent pas ici pour faire du tourisme à la pompe, ils viennent ici pour travailler et faire tourner notre économie". Que le prix des carburants monte ou descende, "ils font leur plein" au Luxembourg.

Il note que "si vous vous baladez de l’autre côté de la frontière, vous remarquerez qu’il n’y a plus aucune station-service côté allemand, ni belge, et il y en a juste quelques-unes qui survivent du côté français. Donc les gens vont continuer à venir chez nous, même à prix des carburants égaux, car il n’y a tout simplement pas d’alternatives".

LES MÉNAGES TRINQUENT

Face au prix des énergies qui ne cessent de grimper depuis des mois, l'OGBL a demandé ce mercredi une entrevue d'urgence avec Franz Fayot, ministre de l'Économie, et Claude Turmes, ministre de l'Énergie, pour leur présenter son "paquet de mesures pour soulager les ménages".

Aux deux ministres qui viennent de se tourner vers la Commission européenne, pour demander s'ils pouvaient verser une aide exceptionnelle aux entreprises touchées par les hausses rapides des prix de l'électricité et du gaz, l'OGBL rétorque que "ce sont surtout les ménages, les salariés et leurs familles, en particulier à faible revenu, qui souffrent de l'augmentation du gaz, de l'électricité, du fuel domestique, de l'essence et du diesel".

L'Union luxembourgeoise des consommateurs (ULC) avait déjà réclamé fin janvier le plafonnement des prix de l'énergie et des aides financières pour les ménages défavorisés.

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