Trois accidents mortels ont coûté la vie à trois jeunes et blessé au moins quatre autres en cinq jours au Luxembourg. Sans parler des séquelles traumatiques. Interpellé sur ces faits, Paul Hammelmann, président de l'asbl Sécurité routière, réagit.

"C'est terrible ce qui s'est passé", déclare d'emblée Paul Hammelmann. "Mais j'aurais pu vous le prédire" ajoute, réaliste, le président de la Sécurité routière luxembourgeoise. Pour lui comme pour beaucoup de personnes, les décès de trois jeunes personnes dans des accidents de la route ces derniers jours sont des drames.

Dimanche 19 septembre, tôt le matin, une jeune femme de 20 ans, passagère dans une voiture avec 8 autres personnes est décédée à Belval. Deux autres sont gravement blessées. Le soir même à 21h, sur la N24 entre Rippweiler-Barrière et Useldange, une voiture sort violemment de la route. Bilan: un mort âgé de 21 ans, deux blessés graves.

Mercredi 22 septembre, peu après 21h, sur le CR169 entre Pontpierre et Foetz, le conducteur est seul, sa voiture percute un arbre, il meurt à 24 ans. Terribles faits, tragique semaine de début d'automne. Un décompte froid de drames qui ne touche "pas seulement le mort, c'est la famille, les parents, les enfants, les frères et sœurs, c'est terrible!", rappel Paul Hammelmann.

"ATTENTION IL FAIT BEAU!"

Avec la sidération qu'une telle série provoque, viennent aussi les questions. Sur les causes pressenties qui l'expliqueraient, le spécialiste de la sécurité routière, avocat par ailleurs, rappelle le silence entretenu au nom de "la protection des données" autour des circonstances des accidents au Luxembourg: "Je ne me prononce pas sur les accidents en cause".   

Mais il évoque des faits établis de façon générale. Les trois premières causes d'accidentologie au Luxembourg sont: "La vitesse, surtout, l'alcool et la jeunesse". Paul Hammelmann évoque aussi une cause plus circonstancielle et psychologique, qui lui permet malheureusement d'avoir anticipé l'éventualité de tels événements.

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Lieu de l'accident du 22 septembre 2021 sur le CR 169 entre Pontpierre et Foetz. / © Domingos Oliveira

"Le ciel est bleu, la météo est clémente, la visibilité est bonne. On n'imagine pas un drame comme ça, un mort, et bam il y a des morts.", analyse-t-il en ajoutant: "On sait qu'après une période de mauvais temps les gens prennent plus de risques. Les radios, les télés quand le temps est clément devraient dire: 'Attention il fait beau! C'est un jour dangereux!'."

C'est vrai que par réflexe, quand le temps est mauvais, neige, pluie, verglas, les automobilistes adaptent leur conduite. Mais pour l'expert: "Là, on fait très attention, mais c'est largement plus risqué quand on roule très vite lorsqu'il fait beau". La météo actuelle pousse plus à la nonchalance après un été mitigé. "Une euphorie malsaine et dangereuse au volant", commente Paul Hammelmann.

"J'INTRODUIRAIS LA CONDUITE À GAUCHE 2 ou 3 SEMAINES"

"Les jeunes manquent d'expérience, ils ont des machines puissantes entre les mains et il fait beau. Les trois combinés, c'est le drame", prévient le président de la Sécurité Routière, affecté. Pour lui, légiférer sur la puissance des véhicules pour les plus jeunes est compliqué à réaliser.

Paul Hammelmann propose une solution autre: "Comme cri d'appel, par des temps comme ça, moi j'introduirais la conduite à gauche pour deux, trois semaines. Il y aurait des dégâts matériels, mais pas de mort". L'objectif: "déstabiliser" les conducteurs pour déclencher leurs vigilances. "Je provoque un petit peu", tempère Paul Hammelmann, "mais là il y a trop d'accidents".

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Lieu de l'accident du 19 septembre 2021 sur sur la N24 entre Rippweiler-Barrière et Useldange. / © Domingos Oliveira

L'exemple illustre surtout une vérité fondamentale sur la route: chacun est responsable de sa conduite et doit rester vigilant. Beaucoup connaissent le faux sentiment de sécurité donné par les habitudes. On est proche de chez soi, on relâche son attention. "C'est là qu'on ose, alors que c'est à ce moment-là que ça devient dangereux", commente le spécialiste.

Les expériences peuvent nous assagir, même si là aussi il faut rester méfiant selon Paul Hammelmann: "le sentiment d'avoir fait beaucoup de kilomètres c'est de nouveau un sentiment dangereux. On ne se soucie plus de rien. Il faut garder une certaine peur, savoir anticiper sa route et le comportement des autres".

Certains plus jeunes manquent surtout d'expérience de vie: "L'expérience du volant, mais aussi un manque d'expérience des drames qui peuvent arriver, car ils n’en ont pas encore vécu."

"IL FAUDRAIT TITRER: ENCORE UN MORT SUR LA ROUTE, LA VITESSE ENCORE EN CAUSE"

En matière de prévention, Paul Hammelmann regrette que le flou laissé autour des enquêtes ne permette pas toujours de transmettre cette expérience. "On a souvent dit, on l'a même revendiqué. Nous n'aimons pas trop à la Sécurité routière, quand il y a un grave accident, qu'on parle de 'causes inconnues', comme si c'était une fatalité. Alors que ce n'est pas une fatalité!"

Même si, en tant que juriste, il sait que "ce serait un peu préjuger à l'affaire qui va suivre en justice", Paul Hammelmann insiste: "Il faudrait titrer: 'Encore un mort sur la route, la vitesse encore en cause!'." Une façon de marquer les esprits, de contribuer à la prévention. Pour les médias, une occasion de faire plus qu'un macabre décompte.

C’est une piste parmi d'autres dans l'amélioration de l'arsenal pour la sécurité routière. Paul Hammelmann estime que des progrès sont réalisés, notamment grâce aux radars tronçons sur la N11 et bientôt sur l'A13, "c'est une bonne arme". Mais selon lui: "On pourrait éviter tous les accidents, on a la 'vision zéro' après tout".

Porté par le ministre de la Mobilité François Bausch, le plan d'action "vision zéro" vise à atteindre zéro mort et zéro blessé grave sur les routes du Grand-Duché. Interrogé sur le réalisme d'un tel projet Paul Hammelmann répond: "C'est une ambition. Même, peut-être, seulement une utopie. Mais il faut se donner des visions comme celle-ci. Ce sont des morts non naturelles. Un mort sur la route et même un blessé grave, c'est indigne de notre société civilisée".

La réalisation d'une telle "utopie" passe par les efforts de chacun. "C'est le comportement de nous tous, l'acceptation de certaines contraintes, les radars par exemple, qui en fera la réussite", conclut Paul Hammelmann. À la peine intime éprouvée par les familles des victimes on ne peut que répondre par la responsabilisation de chacun, pour soi et pour les autres. Alors ce week-end: Attention, il va faire beau!